L’Assemblée approuve largement le projet de loi antiterroriste
L'Assemblée nationale a largement voté mardi le projet de loi antiterroriste, qui doit prendre le relais de l'état d'urgence au...

L’Assemblée approuve largement le projet de loi antiterroriste

L'Assemblée nationale a largement voté mardi le projet de loi antiterroriste, qui doit prendre le relais de l'état d'urgence au...
Public Sénat

Par Fabrice RANDOUX

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

L'Assemblée nationale a largement voté mardi le projet de loi antiterroriste, qui doit prendre le relais de l'état d'urgence au 1er novembre, en dépit des vives oppositions des Républicains et du FN d'un côté, et de la gauche de la gauche de l'autre.

Deux jours après l'attaque de Marseille et trois après la découverte de bonbonnes de gaz à Paris, le texte "renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme" a été approuvé en première lecture par 415 voix contre 127. Il y a eu 19 abstentions.

La majorité, les "Constructifs" de LR et de l'UDI et la Nouvelle gauche (PS) ont voté pour, hormis quelques abstentionnistes. Insoumis et communistes ont voté contre, comme la grande majorité des LR (84 sur 100), et le FN.

Au centre de ce texte controversé: le renforcement des pouvoirs de l'autorité administrative (préfets, ministre de l'Intérieur) pour assigner quelqu'un (non plus à résidence, mais dans un périmètre au minimum égal à la commune), réaliser des perquisitions, fermer un lieu de culte ou faire des contrôles d'identité près des frontières. Le tout sans feu vert judiciaire, perquisitions exceptées.

Ces mesures sont transposées de l'état d'urgence post-attentats du 13 novembre 2015 -prolongé une sixième fois en juillet-, mais plus limitées et ciblées sur la prévention du terrorisme.

Les députés doivent maintenant trouver un compromis avec les sénateurs, qui avaient légèrement restreint le texte, en vue d'une adoption définitive d'ici la mi-octobre.

"Le texte de l'Assemblée n'est pas très différent du nôtre", reconnaît dans Le Monde le président du Sénat Gérard Larcher, pointant comme "principale divergence" l'obligation pour les personnes soumises à une assignation de remettre leurs identifiants électroniques, sur laquelle "il existe un risque sérieux d'inconstitutionnalité".

Le vote des députés met fin à une semaine de débats, souvent houleux mais n'ayant guère apporté de modifications au fond.

La France ne pouvant "vivre continûment sous un régime d'exception" ayant déjà duré plus longtemps que pendant la guerre d'Algérie, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb avait défendu son texte comme "une réponse durable à une menace devenue durable".

- "Logique de suspicion" -

L'exécutif a été largement soutenu par la majorité, qui avait trouvé en amont "un équilibre" au sein du groupe LREM après "un débat politique" sur un texte potentiellement "clivant", selon plusieurs "marcheurs". L'ex-Premier ministre Manuel Valls, ex-PS apparenté LREM, a plaidé que la loi "correspond à ce qu’il fallait faire". Le MoDem aurait souhaité davantage de contrôle du juge judiciaire sur les assignations.

L'un des amendements notables dans l'hémicycle aura été le maintien d'un contrôle parlementaire sur l'exécution de ces mesures administratives, voulu notamment par Nouvelle gauche pour "respecter cet équilibre entre liberté et sécurité", selon Olivier Dussopt.

Aux Constructifs, ce texte laisse néanmoins "un goût d'inachevé", selon Marine Brenier, qui n'a pas obtenu l’information des maires sur les personnes fichées.

Côté LR, contrairement au Sénat, seule la ligne dure, opposée à "une loi de désarmement", s'est exprimée.

Pour une prolongation de l'état d'urgence un an supplémentaire, Eric Ciotti et Guillaume Larrivé ont présenté "une contre-proposition de loi" pour le renforcer avec notamment un régime de rétention administrative et des mesures "d'éloignement des étrangers qui menacent l'ordre public". Cinq LR ont néanmoins voté contre, neuf se sont abstenus, comme Philippe Gosselin, qui a déploré "la surenchère" de son camp.

La présidente du FN Marine Le Pen a dénoncé un "sous-état d'urgence" ne s'attaquant pas "à l'idéologie islamiste". Dans la soirée, elle a estimé que M. Collomb "devrait démissionner (et) aurait dû retirer sa loi" après l'attaque de Marseille.

La gauche de la gauche a fustigé "une forme d'état d’urgence permanent", reprenant les critiques de syndicats de magistrats, d'avocats, du Défenseur des droits Jacques Toubon ou d'experts de l'ONU. "C'est un glissement dans une logique de suspicion", a dénoncé le communiste Hubert Wulfranc. Pour Danièle Obono (LFI), "cette loi en appellera d'autres parce que la pente est prise".

Malgré l'empilement de lois ces dernières années, M. Collomb a souligné qu'il y aurait encore "d'autres textes" sur la sécurité.

Regrettant que "les parlementaires (aient) choisi la politique de la peur au détriment de la protection de libertés conquises de haute lutte", l'ONG Human Rights Watch a appelé à un maximum de contrôles pour "prévenir, vérifier et sanctionner toute forme d’abus".

Partager cet article

Dans la même thématique

L’Assemblée approuve largement le projet de loi antiterroriste
3min

Politique

« On est en droit de se poser des questions sur l’état mental de Donald Trump », pour Michel Cymes

Doit-on connaitre l’état de santé de ceux qui nous dirigent ? Doit-on évaluer leur santé mentale ? À l’affiche d’une pièce de théâtre, Michel Cymes interroge sur scène la question du secret médical des présidents élus et des candidats à la fonction suprême. Comment s’assurer de leurs capacités mentales et physiques sans trahir le secret médical ? À quelques mois de la prochaine élection présidentielle, il répond aux questions de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le

L’Assemblée approuve largement le projet de loi antiterroriste
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Municipales 2026 : comment les résultats dessinent déjà la carte des sénatoriales de septembre

Le Sénat sera renouvelé de moitié en septembre prochain, un scrutin intimement lié à celui des municipales en raison de son corps électoral. Les nouveaux équilibres communaux permettent ainsi d’anticiper sur la future composition de la Chambre haute, entre la résistance de la droite, le recul redouté des socialistes et des écologistes, et les ambitions inédites du RN et de LFI. Décryptage.

Le

EDF Reseau de Transport Electricite de Nice
6min

Politique

Marché européen de l’électricité : sortie ou réforme ? Les paradoxes de la normalisation du RN

Alors que les marchés de l’énergie s’affolent, Jordan Bardella a été attaqué par Bruno Retailleau sur sa proposition de sortie du marché européen de l’électricité. Le président du Rassemblement national estime défendre une simple « remise en cause des règles de fixation du prix » sans sortir du marché, illustrant ainsi la stratégie « attrape-tout » du RN, cherchant à la fois à contenter le grand patronat et son électorat populaire.

Le