L’Assemblée va lancer « un groupe de travail » sur le vote par correspondance, avant peut-être « une grande loi »
Le président LREM Richard Ferrand veut « accélérer » sur le vote par correspondance, après l’abstention record des régionales. Au Sénat, une mission d’information a identifié cinq conditions pour l’instaurer dans de bonnes conditions.

L’Assemblée va lancer « un groupe de travail » sur le vote par correspondance, avant peut-être « une grande loi »

Le président LREM Richard Ferrand veut « accélérer » sur le vote par correspondance, après l’abstention record des régionales. Au Sénat, une mission d’information a identifié cinq conditions pour l’instaurer dans de bonnes conditions.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Après l’abstention record au premier tour des régionales, les choses semblent bouger sur le vote par correspondance. « Il va falloir accélérer le vote par correspondance », a lâché lundi à Ouest France le président LREM de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand.

Dans la foulée de sa déclaration, « la semaine prochaine, Richard Ferrand va lancer des initiatives avec les présidents de groupes », confie un responsable de la majorité présidentielle. Ce dernier évoque « un groupe de travail qui a vocation à lancer une grande loi de modernisation des modalités de vote », qu’on pourrait imaginer arriver à l’automne. Le vote par correspondance, mais aussi le vote électronique, seront au programme de la réflexion. Le second peut passer par des machines à voter, qui ont déjà été expérimentées, ou le vote par Internet. Stanislas Guérini, délégué général de LREM, est totalement favorable à ce dernier mode de vote.

« On a raté une occasion pour tester le vote par correspondance »

Avec la présidentielle qui arrive les 10 et 24 avril – on connaît maintenant la date – il y a urgence. « On a raté une occasion pour tester le vote par correspondance lors des régionales », regrette ce même parlementaire de la majorité. Reste qu’on ne change pas habituellement un mode de scrutin moins d’un an avant l’élection. Mais il s’agit d’une coutume républicaine, pas d’une obligation.

Autre écueil, et de taille, évoqué par Richard Ferrand à Ouest France : « Vaincre le double conservatisme du Sénat et du ministère de l’Intérieur sur ce sujet » du vote par correspondance. Pour ce qui est de Gérald Darmanin, ce dernier défend le vote dans l’isoloir pour la sérénité du vote, et éviter les « pressions communautaires ». Lors des débats au Sénat sur le sujet, il avait rappelé que le vote par correspondance avait existé en France de de 1946 à 1975. Mais il avait été abandonné pour des raisons principalement de fraude, notamment en Corse… « Je suis peut-être un peu vieux jeu, mais j’aime bien l’isoloir », avait expliqué le ministre de l’Intérieur fin 2020 devant la Haute assemblée. En réalité, le vote par correspondance n’a pas tout à fait disparu. Il est encore possible pour les Français établis hors de France.

La majorité sénatoriale a évolué sur le sujet

Pour ce qui est du Sénat, les choses sont un peu plus nuancées. En octobre dernier, lors de l’examen du projet de loi sur l’état d’urgence sanitaire, le rapporteur Philippe Bas avait défendu un amendement pour « autoriser le vote par correspondance papier », avec une série de précautions. Fin décembre, les sénateurs révisent leur position à l’occasion d’une mission d’information sur le vote par correspondance. Bilan des courses : le président de la commission des lois, François-Noël Buffet, avait estimé que « le vote par correspondance ne peut pas être mis en place pour les prochaines régionales » (lire ici).

Si le législateur souhaitait vraiment l’instaurer, les sénateurs avaient identifié cinq conditions : le vote par correspondance ne doit « pas se substituer » à l’urne, mais lui être « complémentaire » ; l’acheminement des plis doit être fait « dans un délai contraint ». Les enveloppes devraient être conservées en toute sécurité. Plutôt en préfecture et « en aucun cas » en mairie ; vérifier bien sûr l’identité de l’électeur ; une refonte du calendrier électoral serait nécessaire, avec au moins deux semaines, plutôt qu’une, entre les deux tours, le temps d’organiser sereinement le vote par correspondance ; enfin, une réorganisation des bureaux de vote, « car l’électeur doit pouvoir voter directement », « même s’il a envoyé l’enveloppe », expliquaient les sénateurs. Son vote à distance ne serait alors pas pris en compte. Il peut ainsi changer d’avis, selon les événements de la fin de campagne.

Au Sénat, le socialiste Eric Kerrouche défend ardemment le vote par correspondance

Interrogé lundi par publicsenat.fr, François-Noël Buffet a souligné sa préférence pour le vote électronique plutôt que le vote par correspondance. Le sénateur LR du Rhône se montre pour l’heure très réservé sur ce dernier.

Au Sénat, le socialiste Eric Kerrouche défend à l’inverse ardemment le vote par correspondance. Il est l’auteur de plusieurs propositions de lois et de nombreux amendement sur le sujet. Du côté du Palais Bourbon, c’est le groupe Modem de Patrick Mignola qui a milité pour la mesure. En vain pour l’heure. Mais il n’est jamais bon d’avoir raison trop tôt.

Partager cet article

Dans la même thématique

High school students and Yellow Vests mobilisation in Paris
10min

Politique

Violences du 17 octobre : au Sénat, l’heure des comptes pour le gouvernement

Au lendemain des violences en marge des manifestations du 17 octobre, plusieurs sénateurs veulent que la Haute Assemblée prenne la main. Une demande de commission d’enquête et un débat au titre de l’article 50-1 sont déjà sur la table. À gauche comme à droite, on réclame des comptes sur les approximations. Mais les diagnostics divergent.

Le

L’Assemblée va lancer « un groupe de travail » sur le vote par correspondance, avant peut-être « une grande loi »
3min

Politique

« Scroller sur son téléphone tue l’empathie, on est anesthésié », Tina Kieffer

Journaliste de renom passée par « Frou Frou » et les rédactions engagées de « Marie Claire » et « DS Magazine », elle a mis l’engagement humanitaire au cœur de sa vie après la rencontre bouleversante d’une petite fille cambodgienne. Une petite fille qui deviendra sa fille adoptive et qui donnera son nom à l’école « Happy Chandara ». L’établissement fête cette année ses 20 ans, il est aujourd’hui un campus et il forme des milliers de filles, petites et grandes, qui participent activement à la reconstruction d’un pays meurtri par le génocide et la dictature des Khmers rouges. Cette semaine, Tina Kieffer est l’invitée de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le

L’Assemblée va lancer « un groupe de travail » sur le vote par correspondance, avant peut-être « une grande loi »
3min

Politique

« Soit je quittais l’Afghanistan, soit j’étais morte » : le récit bouleversant de la fuite de cette para-athlète de son pays

Désormais, Zakia Khudadadi concourt sous les couleurs de la France. Un épilogue heureux pour cette championne de para-taekwondo qui a fui son pays en 2021 lors de la prise de pouvoir des talibans. Un récit émouvant, ainsi qu’un combat personnel mené aussi bien sur les tapis que dans la vie, qu’elle raconte au micro de Caroline Delage dans Sport etc… sur Public Sénat.

Le