« L’Union européenne, c’est un îlot de vertu dans un monde de brutes » estime Pierre Servent
Invité de l’émission « On va plus loin », le spécialiste des questions de défense et de stratégie, Pierre Servent, vient parler du « désordre international » actuel qui secoue notre planète et du rôle de « stabilité » que représente l’Union européenne.   

« L’Union européenne, c’est un îlot de vertu dans un monde de brutes » estime Pierre Servent

Invité de l’émission « On va plus loin », le spécialiste des questions de défense et de stratégie, Pierre Servent, vient parler du « désordre international » actuel qui secoue notre planète et du rôle de « stabilité » que représente l’Union européenne.   
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Dans son nouveau livre, « Cinquante nuances de guerre » (éditions Robert Laffont), Pierre Servent, spécialiste des questions de défense et de stratégie, a voulu analyser le désordre mondial dans lequel nous vivons actuellement.  

Il explique combien l’exemple syrien est symptomatique de la situation : « C’est un concentré d’un certain nombre de tensions du monde. Ce qui est, en fait, assez dramatique avec la Syrie, c’est que vous n’avez pas une guerre de Syrie, vous en avez plusieurs (…) Vous avez au moins cinq ou six guerres, que différents états font, sans compter à l’intérieur une guerre civile extrêmement compliquée (…) C’est effectivement l’archétype de ce monde devenu fou où vous pouvez avoir des alliances entre certains états mais qui peuvent être des alliances momentanées en fonction des agendas ».

Pour Pierre Servent, cette multitude de guerres dans la guerre est la raison pour laquelle le conflit en Syrie s’enlise : « Compte tenu du jusqu’au-boutisme de Bachar El Assad, et de l’aide qu’il a reçu des Iraniens puis des Russes, ça a rendu le conflit extrêmement compliqué. Les Occidentaux n’avaient aucune envie de mener deux combats : un combat contre l’État Islamique et un combat au sein de la guerre civile contre Bachar El Assad. Et puis, nous avons loupé, si je puis dire, le rendez-vous de 2013, avec la fameuse « ligne rouge » où Français, Britanniques et Américains étaient prêts à frapper. Et là, c’est un tournant qui aurait pu se passer.  Parce que, non seulement la coalition à trois devait frapper des objectifs liés à l’arme chimique (…) mais, ce qu’on peut révéler aujourd’hui, c’est qu’il y avait des frappes secrètes qui étaient prévues en même temps pour frapper, non pas Daech (…) qui n’était pas présent sur le théâtre [des opérations], mais Al Qaïda qui (…)  était très actif et polluait la rébellion modérée. A ce moment-là, il y aurait pu avoir un double effet sur la rébellion jihadiste et sur le régime lui-même (…) Barack Obama a avalé sa promesse

Mais, si Pierre Servent parle de « désordre international », il reste optimiste, malgré tout, notamment sur le fait qu’il y a dans le monde « une envie de France et d’Europe » : « Il y a de l’europessimisme (…) mais mon analyse, c’est de dire que nous sommes rentrés dans un monde, depuis le début du XXIe siècle, d’une grande complexité, extrêmement fracturé, avec une sorte de retour à ce que j’appelle le « tribalisme » (…) l’envie de se replier sur sa tribu (…) Avec la montée de nouveaux empires, russe, ottoman, chinois etc., c’est une fracturation du monde. Par rapport à cela, l’un des derniers pôles d’unité [et] de stabilité, malgré les difficultés, c’est l’Union européenne  (…) C’est un îlot de vertu dans un monde de brutes et la France a un rôle très important au sein de cette Union européenne (…) Et si, nous, Français et Européens (…) ne [nous] ressaisi[ssons] pas (….) nous serons balayés par cette espèce d’élan de barbarie, qui a démarré au début de ce siècle. »  

 

 

Vous pouvez voir et revoir l’entretien de Pierre Servent, en intégralité :

 

OVPL : interview de Pierre Servent , spécialiste des questions de défense et de stratégie (en inégralité)
08:17

Partager cet article

Dans la même thématique

« L’Union européenne, c’est un îlot de vertu dans un monde de brutes » estime Pierre Servent
4min

Politique

« On surmonte nos rancœurs » : Agnès Evren (LR) défend un mariage de raison entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel pour battre la gauche à Paris

À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.

Le

« L’Union européenne, c’est un îlot de vertu dans un monde de brutes » estime Pierre Servent
5min

Politique

Municipales à Montpellier : sécurité, gestion des déchets, transports… Que retenir du débat d’entre deux tours ?

A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.  

Le

FRA – LR RETAILLEAU – ELECTION MUNICIPALES 2026
8min

Politique

Municipales : en lâchant Christian Estrosi à Nice, Bruno Retailleau enflamme toute la droite, avec 2027 en ligne de mire

À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.

Le

Paris : Sarah Knafo – Meeting au Dome de Paris
6min

Politique

Municipales : le retrait calculé de Sarah Knafo recompose le jeu à Paris

Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.

Le