L’universalité des allocations familiales s’invite au grand débat: Buzyn intéressée
Faut-il priver d'allocations familiales les ménages les plus aisés et donner davantage aux plus modestes? La question, surgie...

L’universalité des allocations familiales s’invite au grand débat: Buzyn intéressée

Faut-il priver d'allocations familiales les ménages les plus aisés et donner davantage aux plus modestes? La question, surgie...
Public Sénat

Par Arnaud BOUVIER

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Faut-il priver d'allocations familiales les ménages les plus aisés et donner davantage aux plus modestes? La question, surgie dimanche lors d'un débat dans les Yvelines, a suscité une réaction mesurée d'Agnès Buzyn.

A titre "personnel", la ministre de la Santé et des Solidarités a dit "comprendre" qu'on puisse s'interroger mais le gouvernement n'a pas l'intention de rouvrir ce sujet ultra-sensible.

Ce sont des citoyens anonymes qui ont abordé eux-mêmes cette question lors d'une déclinaison du grand débat national organisée à Trappes (Yvelines), en présence d'une petite centaine de personnes, dont la ministre.

Après plus d'une heure de travail en ateliers autour de thématiques telles que la fiscalité, la transition écologique ou la démocratie, l'une des rapportrices des tables rondes a déploré au micro que les familles avec un seul enfant, même modestes, n'aient pas droit aux allocations familiales, et souligné qu'à l'inverse, "les riches n'en ont pas besoin".

"C'est pas juste. Il faut redistribuer cet argent pour les gens dans le besoin", a estimé cette femme, résumant la position sur laquelle s'était entendu son groupe de travail.

Après avoir longuement écouté les suggestions des participants sur la prise en compte du vote blanc, les Ehpad ou la réduction du délai d'accès à certaines spécialités médicales, Mme Buzyn est revenue sur l'universalité des allocations familiales.

"Je ne sais pas trancher, je vous le dis, j'ai besoin d'avoir des citoyens devant moi qui disent +allez on prend le risque collectivement de faire de la redistribution+ ou +on garde un système très universaliste+", a-t-elle déclaré au micro.

"S'il y avait un référendum, ça serait pas mal comme question !", a-t-elle lancé.

La ministre a rappelé que le système avait déjà été réformé pendant le quinquennat de François Hollande: les ménages les plus aisés ont vu leurs allocations familiales non pas supprimées mais réduites.

"Un couple avec deux enfants qui gagne 8.000 euros par mois, donc aisé, très aisé, il touche 43 euros d'allocations familiales", avec deux enfants, a souligné la ministre. "Ca n'a pas de sens!" s'est-elle exclamée, précisant que 400 millions d'euros étaient ainsi distribués chaque année aux plus favorisés.

"Je comprends qu'on puisse continuer à s'interroger sur l'utilité de gagner quelques dizaines d'euros lorsque les revenus sont très importants", a ensuite assuré la ministre à l'AFP, soulignant qu'elle-même, mère de trois enfants, avait été dans ce cas.

- "Je n'en ai pas besoin" -

Cependant, indépendamment de son "opinion personnelle", cette question n'est "pas en débat" au sein du gouvernement, a-t-elle affirmé.

En mars dernier, une vive polémique avait éclaté: le député LREM Guillaume Chiche s'était attiré une volée de bois vert pour avoir proposé de remplacer le quotient familial - qui réduit l'impôt sur le revenu des familles - par des allocations versées à toutes les familles dès le premier enfant.

L'hypothèse avait été rapidement écartée par le gouvernement. Mais l'épisode avait illustré la difficulté de réformer la politique familiale, sujet qui déjà s'était révélé ultra-sensible pour la précédente majorité.

Au micro dimanche, Mme Buzyn a assuré que, dès son arrivée au ministère, elle avait voulu s'attaquer à ce chantier mais s'était heurtée aux objections de nombreux députés, notamment dans les rangs des Républicains. Pour eux, une telle réforme risquait de mettre à mal le consentement à l'impôt.

Ces élus "ne veulent absolument pas qu'on revienne sur cette idée que tout le monde doit récupérer une petite partie de ce qu'il a cotisé", a résumé la ministre.

"De toute façon les revenus les plus aisés bénéficient déjà du quotient familial (...) et quelque part cela compense ces quelques dizaines d'euros versés à certaines familles", a-t-elle précisé à l'AFP.

Dans l'assistance, un homme réclame le micro: "Je fais partie de ces gens qui ont la chance de bien gagner leur vie. Ces 43 euros, je trouve ça ridicule, je n'en ai pas besoin et j'aimerais beaucoup que ça soit redistribué à d'autres".

"Je ne suis pas d'accord!" s'exclament d'autres personnes, conduisant la ministre à sourire: "ce qui remonte du terrain n'est pas uniforme".

Partager cet article

Dans la même thématique

L’universalité des allocations familiales s’invite au grand débat: Buzyn intéressée
5min

Politique

Départ de David Lisnard des Républicains : « La droite est rattrapée par le syndrome d’autodestruction », déplore Agnès Evren

Quatre jours après le second tour des élections municipales, la droite se projette vers la présidentielle 2027. Les adhérents des Républicains seront appelés à choisir en avril pour le mode de désignation de leur candidat à ce scrutin. Un vote qualifié de « truqué » par le maire de Cannes David Lisnard, qui a claqué la porte du parti. « Je le regrette profondément, parce qu'il fait partie des talents de notre famille politique », réagit ce jeudi 26 mars Agnès Evren, sénatrice LR de Paris, au micro de Public Sénat.

Le

Illustration of the posters for the 2026 municipal elections
6min

Politique

Personnalisation, vote utile en faveur de la gauche ?… Au lendemain des municipales, quel bilan tirer du nouveau mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille ?

Pour la première fois cette année, les électeurs de Paris, Lyon et Marseille ont voté directement pour leur maire, en plus des maires d'arrondissement. Une personnalisation du scrutin qui n’a pas eu les effets escomptés à droite pour Rachida Dati et Jean-Michel Aulas. A l’inverse, l’ampleur des victoires de la gauche à Paris et Marseille semble avoir été accentuée. Explications.

Le

Paris: Questions au gouvernement Assemblee nationale
10min

Politique

« Atmosphère de putsch » au PS, où les opposants d’Olivier Faure cherchent à le mettre en minorité

Rien ne va plus au PS, où l’après municipales se transforme en règlement de compte. Le bureau national du PS en a été le cadre, avec un renversement d’alliance sur un texte. « Il y a une crise ouverte de direction du PS, car la majorité a changé et elle n’est plus celle du premier secrétaire », soutient l’ex-sénateur David Assouline. « Ça veut dire quoi mis en minorité ? » rétorque le porte-parole du PS, Arthur Delaporte, qui rappelle que le premier secrétaire est élu « jusqu’en 2028 ».

Le