La bataille pour l’interdiction du glyphosate a démarré à l’Assemblée
Engagement présidentiel, la sortie du glyphosate d'ici 2021 a commencé à provoquer de vifs débats lundi à l'Assemblée, le...

La bataille pour l’interdiction du glyphosate a démarré à l’Assemblée

Engagement présidentiel, la sortie du glyphosate d'ici 2021 a commencé à provoquer de vifs débats lundi à l'Assemblée, le...
Public Sénat

Par Anne Pascale REBOUL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Engagement présidentiel, la sortie du glyphosate d'ici 2021 a commencé à provoquer de vifs débats lundi à l'Assemblée, le ministre Stéphane Travert refusant de l'inscrire dans la loi agriculture et alimentation comme le lui demande une partie de sa majorité et de la gauche.

Après la décision de l'Union européenne en novembre de renouveler la licence de l'herbicide controversé pour cinq ans, Emmanuel Macron avait promis que la substance, principe actif du Roundup de Monsanto, serait interdite en France "au plus tard dans trois ans".

En février, cependant, le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot s'était dit prêt à envisager des "exceptions" pour les agriculteurs qui ne seraient pas "prêts en trois ans" à se passer du glyphosate - une substance jugée cancérogène par l'Organisation mondiale de la santé.

Mais dans le projet de loi du ministre de l'Agriculture Stéphane Travert, examiné en première lecture au Palais Bourbon pour le septième jour d'affilée, point d'article sur le glyphosate. Y figurent en revanche des mesures pour réduire les pesticides (interdiction des remises, rabais et ristournes, encadrement de la publicité...), auxquelles les députés ont donné leur feu vert.

M. Travert ne veut "pas d'interdiction sans solution pour les agriculteurs". L'objectif fixé par le président "nous permet dès maintenant de mobiliser la recherche et l'innovation" pour des alternatives, a-t-il insisté lundi.

Des élus de plusieurs groupes, y compris certains Marcheurs comme Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot, espèrent une "programmation raisonnée de la fin du glyphosate" gravée dans la loi.

Un amendement cosigné par une cinquantaine de députés LREM prévoyant l'échéance du 1er mai 2021, avec des dérogations possibles jusqu'en 2023, pourrait être examiné en fin de soirée.

- "Scandale sanitaire" -

Deux pétitions ayant rassemblé "plus de 400.000 Français nous disent +agissez ensemble+", a lancé M. Orphelin, en référence notamment au texte soutenu par 30 organisations (foodwatch, Greenpeace, Les Amis de la Terre...).

"La loi doit au minimum installer une base légale pour une future interdiction du glyphosate, pour crédibiliser le plan d'action de sortie", a jugé auprès de l'AFP Pascal Canfin, directeur général du WWF.

Delphine Batho, ancienne ministre socialiste de l'Ecologie devenue députée non-inscrite, défend également un amendement pour une sortie du glyphosate en 2021 et prône "l'élimination des pesticides" en raison du "compte à rebours pour la santé humaine" et "la biodiversité".

Communistes et Insoumis sont favorables à un terme au glyphosate. Avec les pesticides, "ils se retrouvent dans les aliments que l'on mange tous les jours", ce qui en fait "un scandale sanitaire majeur", a dénoncé Loïc Prudhomme (LFI). Sébastien Jumel (PCF) a cependant posé comme condition "un accompagnement pour les agriculteurs".

"Nous sommes sur un chemin de crête", a jugé le socialiste Dominique Potier. Le MoDem demande également un "équilibre" sur "ce produit symbole des débats".

La droite est farouchement contre une telle inscription: le patron des députés LR Christian Jacob, ancien syndicaliste agricole, a assuré que "pas un agriculteur ne souhaite utiliser davantage de produits phytosanitaires", et appelé à ne pas "pénaliser (leur) compétitivité".

Le puissant syndicat agricole FNSEA s'adressait en parallèle sur Twitter aux députés: "Nous sommes au travail, faites-nous confiance! Des solutions oui, des interdictions non!".

"La profession s'est engagée à réduire l'usage et l'impact des pesticides avec 40 organisations et 4 ministères, via un +contrat de solutions+", a détaillé la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, qui "espère que les députés s'en tiendront au pragmatisme pour ne pas trop alourdir la barque des agriculteurs".

De son côté, la Confédération paysanne a réitéré sa demande "d’interdiction du glyphosate dans 3 ans".

En début de soirée, M. Travert a rétropédalé sur un sujet lié: il s'agissait de permettre d'interdire ou encadrer l’utilisation des pesticides à proximité des résidences habitées, via un amendement gouvernemental de dernière minute. Le ministre l'a retiré face à une large levée de boucliers de la droite, du centre et du MoDem, qui s'inquiétaient du manque de précisions ou des conséquences pour les agriculteurs. "Il faut avancer car il y a une demande forte de la société", a cependant déclaré le ministre.

Partager cet article

Dans la même thématique

Rally at Place de la Republique for the release of activists from the Global Sumud Flotilla
7min

Politique

Garde à vue de Rima Hassan : comment fonctionne l’immunité parlementaire des eurodéputés ?

L’eurodéputée Rima Hassan a été placée en garde à vue jeudi. Ressortie libre dans la soirée, elle, sera jugée le 7 juillet prochain devant le tribunal correctionnel pour « apologie de terrorisme », en raison d’un post publié le 26 mars 2026 sur son compte X. La procédure a entraîné de nombreuses questions au regard de l’immunité parlementaire qui protège les députés européens.

Le

Session of questions to the government at the Senate
3min

Politique

Un nouveau projet de loi contre le séparatisme pour renforcer l’arsenal de 2021

Le gouvernement prépare un nouveau texte législatif visant à renforcer la lutte contre le séparatisme, dans la continuité de la loi adoptée en 2021. Présenté fin avril en Conseil des ministres, ce projet entend combler certaines limites identifiées par l’exécutif, notamment en matière de contrôle des structures et de protection des mineurs.

Le

Paris: Gerard Larcher elu President du Senat
9min

Politique

Sénatoriales : le groupe PS s’attend à une stabilité ou à un léger recul

Après les municipales, le PS espère conserver sa place de second groupe de la Haute assemblée, à l’issue des sénatoriales de septembre. « Je parie sur la stabilité », affirme Patrick Kanner, patron des sénateurs socialistes. Le sénateur du Nord n’exclut cependant pas le scénario du pire, qui serait « une perte sensible » de « 5 sièges ». Le groupe compte aujourd’hui 65 membres.

Le