La campagne en chemin de croix de Fillon, englué dans un scandale
Trois semaines après les révélations sur des emplois présumés fictifs visant sa femme, François Fillon veut aller jusqu'au bout...

La campagne en chemin de croix de Fillon, englué dans un scandale

Trois semaines après les révélations sur des emplois présumés fictifs visant sa femme, François Fillon veut aller jusqu'au bout...
Public Sénat

Par Déborah CLAUDE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Trois semaines après les révélations sur des emplois présumés fictifs visant sa femme, François Fillon veut aller jusqu'au bout quoi qu'il arrive, malgré une campagne qui prend l'allure d'un chemin de croix.

Adoubé triomphalement lors de la primaire de la droite fin novembre, qui a réuni plus de 4 millions de votants, François Fillon se trouve en difficulté.

La justice a affirmé jeudi qu'elle ne s'acheminait pas "en l'état" vers un classement sans suite de l'affaire visant deux de ses enfants et sa femme Penelope. Celle-ci est soupçonnée d'avoir été rémunérée comme sa collaboratrice parlementaire sans avoir réellement travaillé et d'avoir occupé également un emploi fictif à la Revue des Deux Mondes.

Le candidat de la droite a beau tenter aujourd'hui d'évacuer l'affaire en affirmant s'en remettre "au seul jugement des urnes", faute selon lui de légitimité du Parquet national financier qui s'est saisi de l'affaire, sa campagne n'en finit pas de se heurter au scandale.

Articles de presse, questions gênantes, happenings avec casseroles qui s'invitent à l'entrée de ses meetings ou de ses déplacements font son quotidien.

Une campagne "largement parasitée", selon les mots de son porte-parole Thierry Solère.

Difficile de recentrer l'attention sur son programme.

"Dès qu'on aborde le nom du candidat de la droite, non seulement des gens manifestent leur hostilité, mais en plus leur ironie. Les gens éclatent de rire, les gens n'écoutent plus rien, on ne peut plus parler, et ça ce n'est pas bon pour la démocratie", a même regretté Jean-Luc Mélenchon à l'extrême gauche.

Quand à François Hollande il a prôné l'air de rien "l'exemplarité" au sommet de l'Etat.

- 'Je suis votre chef' -

Confronté à une fronde des parlementaires, dont certains remontent désespérés du terrain, François Fillon est allé voir Nicolas Sarkozy, celui-là même dont il avait mis en cause la probité au début de la campagne de la primaire de la droite.

Il a remis sur la table une proposition choc de l'ancien président, sur la majorité pénale à 16 ans, conduisant la gauche à lui reprocher de vouloir faire "diversion".

Un soutien à Emmanuel Macron voit chez Fillon "une logique à la Jim Jones (gourou de la secte du Temple du Peuple qui avait abouti à plus de 900 suicides collectifs en 1978, ndlr)", sur le mode +Je suis votre chef, suivez-moi et je vais m'immoler par le feu+".

Malgré l'échec d'une quinzaine d'élus à forcer la droite à changer de candidat, emmenés par le sarkozyste Georges Fenech, "certains députés comptent maintenant sur la justice pour faire le sale boulot", glisse une source parlementaire LR.

Les coups viennent aussi du centre.

Dans les starting blocks, prêt à se lancer dans une quatrième candidature à la présidentielle, François Bayrou ne cesse de lui taper dessus, lui demandant même carrément de se retirer.

Il a accusé François Fillon d'être "sous l'influence des puissances d'argent", en allusion à Axa, qui a fait partie des clients de sa société de conseil (2F). L'ex-PDG d'Axa Henri de Castries est par ailleurs un proche du candidat et a officialisé son soutien mi-janvier.

Le président du MoDem, allié malheureux d'Alain Juppé pour la primaire, indiquera d'ici à la fin de semaine prochaine s'il est ou non candidat.

Mais, souligne Emmanuel Rivière, directeur général France de Kantar Public (Sofres), toutes ces difficultés ne signifient pas pour autant qu'il faille déjà enterrer les chances du député de Paris d'entrer à l'Elysée.

"Ce n'est pas parce que Fillon a employé ses proches dans des conditions qui ne donnent pas satisfaction que pour autant on va aller voter FN ou à gauche quand on est un électeur de droite un peu âgé, donc assez allergique au FN et par ailleurs à François Bayrou", souligne-t-il.

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le