La démission du maire de Sevran : symbole du malaise des élus de banlieue
Stéphane Gatignon jette l’écharpe. Un acte fort pour dénoncer l’incurie des services publics en banlieue. Un « ras-le-bol » compris et partagé par les élus de tout bord.

La démission du maire de Sevran : symbole du malaise des élus de banlieue

Stéphane Gatignon jette l’écharpe. Un acte fort pour dénoncer l’incurie des services publics en banlieue. Un « ras-le-bol » compris et partagé par les élus de tout bord.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

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Baisse des APL, suppression des contrats aidés, restriction des budgets de fonctionnement. La coupe est pleine pour le maire écologiste de Sevran (Seine-Saint-Denis) qui a annoncé sa démission dans une interview au journal Le Monde, mardi. Stéphane Gatignon avait pourtant soutenu Emmanuel Macron pour la présidentielle de 2017. « Je comprends son ras-le-bol », compatit le sénateur LR de la Seine-Saint-Denis, Philippe Dallier, qui espère que « cette démission » sera « un signal d’alarme » en direction du gouvernement. « On a le sentiment depuis un certain temps que la politique de la ville, les banlieues sont des non-sujets », témoigne en écho le sénateur.

« C’est vrai que les banlieues ont été abandonnées depuis longtemps », concède aussi le président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian, qui estime toutefois que démissionner n’est pas une solution. De son côté, le vice-président (PS) de l’Association des maires de France constate que « beaucoup de maires sont aujourd’hui dans cette spirale de découragement face aux contraintes financières » et pointe le retour de la « tutelle » de l’État notamment en matière budgétaire.  

« On attend les décisions du gouvernement qui ne viennent pas en matière de dotations aux collectivités locales », déplore Philippe Dallier qui met en garde le gouvernement : « Il y a le feu aux banlieues, alors certes ça n’a pas explosé comme en 2005 mais la situation se dégrade petit à petit ». En octobre déjà les élus organisaient les premiers états généraux de la politique de la ville et avaient lancé l’appel de Grigny qui listait « les 10 mesures préalables d’urgence concrètes avant le budget 2018 ».

Les discussions entre le ministère de la Cohésion des territoires et les élus locaux ne sont pas au beau fixe et la charge de Stéphane Gatignon en témoigne : « Mézard semblait plus intéressé par son chien que par ce que disaient les maires de banlieue », confie-t-il aux journalistes du Monde au sujet de sa dernière rencontre avec le ministre dans le cadre de la mission pour les banlieues menée par Jean-Louis Borloo. L’ancien ministre de la ville doit présenter des propositions à Emmanuel Macron d’ici deux semaines en ce qui concerne un dossier auquel son nom reste attaché : l’ANRU. Un rapport très attendu.  

L’avenir de la rénovation urbaine et le logement social font l’objet de vives inquiétudes dans les rangs des élus concernés. Face à l’annonce d’Emmanuel Macron sur le doublement du budget l’ANRU – qui s’élèvera à 10 milliards d’euros - les élus s’étonnent des faibles crédits alloués dans la loi de finances 2018. Dans une lettre ouverte au Président de la République publiée ce mercredi, des élus de Seine-Saint-Denis de tout bord alertent l'exécutif. « L’instauration d’une Réduction de Loyer de Solidarité » consécutive à la baisse des APL va « siphonner » les caisses des bailleurs sociaux dont certains ont déjà pris des mesures d’économie sur l’entretien des immeubles et « revoient à la baisse » leur programme de travaux. En outre, la loi PACTE (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) qui sera présentée le 2 mai en Conseil des ministres devrait revenir sur le « 1 % au logement » des entreprises de 20 à 50 salariés et entraîner une perte de 300 millions d’euros dans les caisses de l’ANRU.  

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