La disparition du RSI n’entraînera pas de nouvelle catastrophe industrielle, promet la Sécu
"Cela ne pourra pas être pire", se disent les travailleurs indépendants: leur très décrié régime social, le RSI, intégrera...

La disparition du RSI n’entraînera pas de nouvelle catastrophe industrielle, promet la Sécu

"Cela ne pourra pas être pire", se disent les travailleurs indépendants: leur très décrié régime social, le RSI, intégrera...
Public Sénat

Par Aurélie CARABIN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

"Cela ne pourra pas être pire", se disent les travailleurs indépendants: leur très décrié régime social, le RSI, intégrera progressivement le régime général des salariés à compter de janvier, la Sécurité sociale promettant un service amélioré.

Le 1er janvier, la marque RSI, créée en 2006, disparaîtra, laissant place à la caisse nationale déléguée pour la Sécurité sociale des indépendants pour quelque 6,5 millions d'assurés (commerçants, artisans, professions libérales, microentrepreneurs, actifs comme retraités, et leurs familles).

De quoi réjouir Laurène, 30 ans, qui attend avec impatience la mort de ce régime pour enfin se déclarer comme auto-entrepreneur. C'est qu'elle est encore écoeurée par les déboires de son conjoint, développeur inscrit au RSI en plus de son activité salariée.

"On a fréquemment reçu des appels de cotisation injustifiés, de 200, 300 euros, et même de 5.000 euros. A chaque fois il a fallu batailler", relate la jeune femme qui préfère travailler "officieusement" avec son compagnon. Et tant pis si l'organisme ne leur pose plus de problème "depuis trois ans".

Erreurs de calculs, perte de dossiers, retards... Les dysfonctionnements se sont accumulés au RSI après une réforme de 2008, la Cour des comptes fustigeant une "catastrophe industrielle".

Malgré "des améliorations" ces dernières années, "la perte de confiance" imposait une réforme, explique à l'AFP la directrice de la Sécurité sociale Mathilde Lignot-Leloup.

Celle promise par le candidat Macron, inscrite dans le budget de la Sécu pour 2018, répond surtout à un objectif de "simplification" et d'adaptation au monde du travail, où "on alterne beaucoup les périodes de salariat et d'activité indépendante", quand on ne les cumule pas, insiste Mme Lignot-Leloup.

De fait, plus de 80% des créateurs d'entreprise relevaient précédemment du régime général (salariés), selon la Sécu.

L'intégration au régime général, "inédite par son ampleur", s’échelonnera sur deux ans "afin de tenir compte des leçons du passé", expliquent dans un dossier de presse l'Acoss (réseau des Urssaf), l'Assurance maladie et l'Assurance retraite, qui reprendront les missions du RSI au sein d'un "guichet unique", sous la houlette d'un "comité de surveillance".

Au 1er janvier, les 29 caisses régionales du RSI deviendront les "agences de la sécurité sociale pour les indépendants".

- une 'réforme à marche forcée' -

Pour les assurés, rien ne change ou presque. Les règles de calcul des cotisations et prestations sont maintenues. Sans "aucune démarche à accomplir", ils conserveront leur compte internet via l'adresse "sécu-indépendants.fr".

Dès 2018, la gestion du recouvrement des cotisations sera confiée aux seules Urssaf pour mettre un terme aux "erreurs".

En 2019, les salariés passés indépendants resteront gérés par leur caisse primaire d'assurance maladie, comme tous les indépendants en 2020.

De même, l'Assurance retraite sera à terme leur "unique interlocuteur" pour la retraite de base et pour "partie" de leur retraite complémentaire.

"Cela ne pourra pas être pire", estime Pascal Geay, président de l'association Sauvons nos entreprises et fervent détracteur du RSI. "Nous sommes très satisfaits" même si d'autres éléments, comme le mode de calcul des cotisations, restent à revoir, selon lui.

La Sécu a aussi tenu à rassurer les 5.500 salariés du RSI. Il "n'y aura aucun licenciement" ni "aucune mobilité géographique" imposée, des négociations devant s'ouvrir dès janvier 2018 avec les syndicats.

Les personnels sont "inquiets", confirme le vice-président du RSI, Bernard Delran, dénonçant une "réforme à marche forcée".

Pour lui, le "remède" trouvé par les pouvoirs publics risque de s'avérer "pire que le mal", alors que les dysfonctionnements "étaient en voie de disparition".

C'est "un retour en arrière" pour les indépendants, abonde Jacques Gerbault, administrateur national du RSI, qui espère que la mesure sera censurée la semaine prochaine par le Conseil constitutionnel, saisi sur le budget de la sécu.

En outre, "le mécontentement portait" surtout "sur le poids des charges sociales", prévient M. Delran.

Reste à voir si le "coup de pouce" promis par le gouvernement via des baisses de cotisation, notamment pour compenser la hausse de la CSG, satisfaira les professionnels. Et si leurs cotisations ne s'alignent à terme sur ceux des salariés, redoute M. Derlan.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le