La droite s’en va au Front
N’y aurait-il pas comme un sentiment de déjà-vu ? Comme en 2002, avec la candidature de Jean-Marie Le Pen, sa fille semble assurée d'être au second tour de l'élection présidentielle. Si aujourd’hui, 32% des Français ont déjà voté pour le FN ou l’envisagent, il semblerait que ce soit l’ensemble de l’échiquier politique qui penche à droite. Mais à quoi doit-on ce mouvement dextrogyre ? Du huis-clos, le FN se tourne t-il vers le ralliement et l’ouverture ? La France se radicalise t-elle ? Quelles sont les stratégies adoptées par le Front National pour rassembler ?

La droite s’en va au Front

N’y aurait-il pas comme un sentiment de déjà-vu ? Comme en 2002, avec la candidature de Jean-Marie Le Pen, sa fille semble assurée d'être au second tour de l'élection présidentielle. Si aujourd’hui, 32% des Français ont déjà voté pour le FN ou l’envisagent, il semblerait que ce soit l’ensemble de l’échiquier politique qui penche à droite. Mais à quoi doit-on ce mouvement dextrogyre ? Du huis-clos, le FN se tourne t-il vers le ralliement et l’ouverture ? La France se radicalise t-elle ? Quelles sont les stratégies adoptées par le Front National pour rassembler ?
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Une mutation dextrogyre

Depuis quelque temps, le clivage gauche-droite semble dépassé et suranné. Le leitmotiv de dépassement des partis traditionnels pour être le parti du peuple en lutte contre l’establishment se fait de plus en plus insistant. Ainsi la doxa qui a le vent en poupe en France et dans le monde semble être celle du nationalisme et de l’identité comme en témoigne Bruno Gollnisch, député européen membre du Front National : « Il est bien évident que quand nous avons des ralliements venant par exemple d’une gauche patriotique ils sont plutôt « tendance Chevènement » comme notre vice-président Florian Philippot. Eux sont plutôt sensibles à l’aspect politique, à la défense de la souveraineté et de l’identité française. Mais je crois qu’il y a aussi des gens qui viennent effectivement de milieu conservateur dans le bon sens, c’est-à-dire qu’ils sont attachés à la défense de valeurs traditionnelles, qu’ils considèrent que la famille par exemple est la cellule de base de la société et qui considèrent que l’UMP ou les Républicains n’ont pas rempli leur mandat et n’ont rien conservé de ce qu’il fallait conserver ».

Pour autant, malgré le processus de normalisation, le FN demeure la « bête noire sulfureuse » à laquelle un certain nombre de gens de droite refuse encore de s’associer. C’est ce qu’explique Eugénie Bastié, journaliste et essayiste au Figaro et co-fondatrice de la revue d’Ecologie Limite : « Il y a une indéniable proximité idéologique entre la droite des Républicains et le Front National. Il y a l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre le discours de Laurent Wauquiez et le discours du Front National aujourd’hui […] Ce qui est hallucinant dans le paysage politique français c’est justement qu’il y ait toujours cette espèce de cordon sanitaire absolument hermétique entre le Front National et les autres partis alors que les proximités idéologiques sont là dans les discours ».

Le  rassemblement Bleu marine : pâle copie policée du Front National ?

Eugénie Bastié perçoit distinctement cette droitisation. « Par cet effet, nous dit-elle, le FN s’est retrouvé plus au centre du jeu ». Si d’après elle, nombreux sont ceux qui considèrent la droite comme un mouvement hétérogène, sorte d’ « auberge espagnole », le FN et les mouvements qui l’entourent reste le groupe de pensée le plus homogène idéologiquement. Ainsi, le parti s’inscrit, nous explique t-elle, sur « la ligne de Patrick Buisson qui conçoit l’identité et le social avec une critique de double mondialisme qu’est l’islam mondialisé et la mondialisation économique ».  Le Front National agit donc par ricochet sur les autres courants dont la forme reste néanmoins davantage polie et purifiée. Ainsi, il semble qu’au-delà des diverses appellations, il n’y ait pas de réelles divergences ni de fractures idéologiques marquées.
Néanmoins, Jean-Claude Monod, docteur en philosophie et professeur à l’ENS, critique vivement cette apparente cohésion : «  il y a des gens plutôt catholiques et conservateurs, des gens plutôt souverainistes […] On voit que tout cela ne règne pas dans une absolue harmonie et bonne entente. Je pense que sans doute, il y a une certaine compréhension du national qui rassemble […] Le fond reste, je crois, relativement constant et la constellation idéologique également ». Pour lui, cette pléiade idéologique commune s’inscrit dans une stratégie : « On les tient dans une espèce de sas qui permet de dire qu’il y a plus large que le FN et plus grand que le FN […] et en même temps, on peut se désolidariser d’eux en disant que ce n’est pas le vrai FN ». 

La Droite hors les murs ?

Est-ce à dire que la droite devrait se rapprocher du Front National au risque de se trouver engloutie toute entière en un seul et même conglomérat ? Pour Eugénie Bastié ralliement au Front National rime avec capitulation de la droite : « La droite classique sait que si elle tend la main au Front National elle disparait. […] Le parti du Front National est beaucoup trop grand donc la droite classique sait que si elle fait céder cette digue elle disparaît ». Ainsi, il ne serait plus question d’alliance mais de dépassement et de remplacement.

Le 6 mai nous dira si Marine Le Pen peut triompher non plus avec mais par procuration de la  droite.

 

Retrouvez l’émission Un Monde en Docs consacrée à droite et au Front National le samedi 18 mars à 22 heures et le dimanche 19 mars à 9 heures.

 

 

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