La Guyane s’apprête à vivre un blocage moins « total » que prévu
La Guyane se préparait à vivre lundi un blocage moins "total" que prévu, le collectif "Pou La Gwiyann dékolé", qui pilote le mouvement social...

La Guyane s’apprête à vivre un blocage moins « total » que prévu

La Guyane se préparait à vivre lundi un blocage moins "total" que prévu, le collectif "Pou La Gwiyann dékolé", qui pilote le mouvement social...
Public Sénat

Par Joris FIORITI, Marion Briswalter

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La Guyane se préparait à vivre lundi un blocage moins "total" que prévu, le collectif "Pou La Gwiyann dékolé", qui pilote le mouvement social agitant la département depuis bientôt trois semaines, ayant décidé d'assouplir la mesure, très critiquée au sein de la population.

Si tous les véhicules, à l'exception des engins d'urgence, seront bien empêchés de franchir les barrages érigés dans les villes, "on ne peut pas aujourd'hui faire des blocages pour empêcher les piétons, les vélos et les scooters de passer", a reconnu Olivier Goudet, un porte-parole des "500 frères contre la délinquance", interrogé dimanche soir par des journalistes.

Samedi, un membre du collectif avait pourtant annoncé la "fermeture totale jusqu'à nouvel ordre" des barrages à partir de dimanche minuit (05H00 à Paris), même pour les personnes "à pied", "à moto" ou "à vélo".

Alors que les douze coups de minuit sonnaient sur le rond-point Suzini de Cayenne, une partie des accès restait toutefois ouverte et des voitures pouvaient franchir le barrage. "Le chef du rond-point nous a demandé de ne fermer qu'à 04H00 pour permettre aux gens de rentrer chez eux", a déclaré une militante. "Mais pour les retardataires, ensuite, il sera trop tard."

L'annonce du blocage total des barrages, jusqu'alors gérés avec une certaine souplesse, avait provoqué la mobilisation des opposants à la poursuite du mouvement.

"Il n'est pas tolérable de se voir refuser le droit de circuler librement sur le territoire. (...) Une partie de la Guyane a peur de s'exprimer", affirment les signataires d'une pétition en ligne qui a recueilli plus de 1.800 paraphes. Plus de 2.000 internautes faisaient partie dimanche d'un groupe Facebook intitulé "Stop aux barrages en Guyane".

La ministre des Outre-mer Ericka Bareigts a demandé dimanche au collectif de "lever les derniers barrages".

"Les enfants doivent pouvoir retourner à l'école dans un environnement apaisé. (...) L’économie guyanaise ne peut être ainsi fragilisée plus longtemps", a-t-elle déclaré lors d'une déclaration depuis Paris retransmise sur Guyane première.

- 'Otage' -

La Guyane connaît depuis plus de deux semaines un mouvement social marqué par des revendications sécuritaires, sanitaires et éducatives. Une "grève générale illimitée" a été décrétée le 25 mars, paralysant l'activité économique. Le blocage du port de Cayenne provoque des pénuries, notamment de produits frais.

La Fédération du bâtiment et des travaux publics en Guyane, qui s'est dite "prise en otage", a demandé à l'Etat d'"assurer sa mission de service public" en permettant la libre circulation sur le territoire.

Des membres du collectif des
Des membres du collectif des "500 frères" réunis devant la préfecture de Cayenne, le 7 avril 2017 en Guyane
AFP

"En continuant, on enlise davantage la Guyane", a regretté Franck Louison, un cadre pour la Guyane de la Fédération des très petites entreprises (FTPE), qui s'est retirée du collectif vendredi.

Le Conseil des ministres a validé mercredi une aide d'urgence de plus d'un milliard d'euros à destination de ce département d'outre-mer sinistré. "Pou La Gwiyann dékolé" réclame 2,1 milliards supplémentaires.

Alors qu'Ericka Bareigts a fait savoir que l'exécutif actuel n'irait pas au-delà, car "il s'agirait d'un engagement sans valeur qui raisonnablement ne pourrait lier le prochain gouvernement", le collectif a organisé dimanche soir un "meeting d'explication" à Cayenne, auquel ont assisté des centaines de personnes, a constaté l'AFP.

"Des gens m’appellent et me disent : +Je n’ai plus de gaz+. C’est pas grave ! On fera la cuisine au charbon", a plaisanté sur scène Monique Guard, une militante féministe membre du collectif. "Le combat va être encore long", a-t-elle assuré.

"On voit qu’il y a moins de monde ce soir et que les gens commencent à s’essouffler. 90% de mes amis m’ont lâché. Mais j’y crois", a remarqué Jean-Charles, plombier, présent dans le public.

Des heurts étaient survenus vendredi devant la préfecture de Guyane, où des centaines de personnes s'étaient rassemblées. Plusieurs policiers avaient été frappés et le numéro 2 de la police en Guyane envoyé à l'hôpital. Des gaz lacrymogènes avaient été utilisés pour extraire l'officier, selon la préfecture.

"J'invite chacune et chacun à refuser que ce mouvement se transforme en une escalade de violences", a lancé la ministre des Outre-mer. La préfecture a annoncé samedi avoir saisi le procureur de la République.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris Caf Nationale inauguration
8min

Politique

Politique familiale, allocations, crèches : que proposent les candidats à la présidentielle ?

Alors qu’Edouard Philippe met sur la table la création d’une allocation familiale unique de 350 euros, Gabriel Attal se penche sur les familles monoparentales, quand Bruno Retailleau propose un revenu familial de 240 euros par mois dès le premier enfant, et Marine Le Pen la préférence nationale pour les familles françaises candidate à un HLM. L’écologiste Marine Tondelier propose elle un congé d’allaitement choisi et indemnisé. Revue de détails.

Le

Paris : Socialist Party Primary Debate Ahead of France’s 2027 Presidential Election
6min

Politique

Le vote du premier tour de la primaire du PS perturbé par une cyberattaque

Alors que quelque 140 000 électeurs sont invités à exprimer leur préférence pour le premier tour de la primaire organisée à gauche, les opérations de vote sont perturbées depuis l’ouverture du scrutin ce vendredi matin. Les organisateurs font état d’une cyberattaque visant à saturer la plateforme de connexion. Les trois partis à l’origine de cette primaire, dont le Parti socialiste et Place publique, ont saisi la justice.

Le

Paris: Marine Le Pen presentation contre budget
5min

Politique

Préférence nationale : la proposition du RN de taxer l’embauche de travailleurs étrangers inquiète les entrepreneurs

Dans le contre-budget du RN présenté cette semaine par Marine Le Pen et Jordan Bardella, figure une mesure passée relativement inaperçue. Elle vise à taxer l’embauche d’un étranger extra-communautaire de 1 000 euros par an. La mesure a suscité un fort rejet de la part des syndicats patronaux qui rappellent au RN le principe de réalité du marché du travail.

Le