La réforme controversée du Code du travail à l’épreuve de l’Assemblée
Bataille parlementaire en vue: l'Assemblée s'attaque ce lundi à la réforme du Code du travail par ordonnances, avec l'assurance...

La réforme controversée du Code du travail à l’épreuve de l’Assemblée

Bataille parlementaire en vue: l'Assemblée s'attaque ce lundi à la réforme du Code du travail par ordonnances, avec l'assurance...
Public Sénat

Par Charlotte HILL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Bataille parlementaire en vue: l'Assemblée s'attaque ce lundi à la réforme du Code du travail par ordonnances, avec l'assurance du soutien d'une large majorité, malgré des critiques de plusieurs bords sur la méthode et un rejet de fond principalement des "Insoumis" et communistes.

"Libérer l'énergie des entreprises tout en protégeant les actifs": tel est l'objectif affiché par le gouvernement d'Edouard Philippe. Le texte qui l'habilite à légiférer par ordonnance doit être adopté définitivement dès cette session extraordinaire d'été, alors que la concertation avec les partenaires sociaux va se poursuivre tout l'été.

Plusieurs promesses de campagne d'Emmanuel Macron y figurent, dont les très décriés barèmes des dommages et intérêts prud'homaux pour licenciement abusif, fusion des instances représentatives du personnel ou rôle accru de l'accord d'entreprise sur la branche.

Très concrètement, le projet de loi, fort de neuf articles, donne le cadre des futures ordonnances, mais sans en préciser toutes les modalités. Car parallèlement à son parcours législatif, les discussions vont continuer avec syndicats et patronat, qui "auront la primeur", fin août, des ordonnances elles-mêmes, a assuré la ministre du Travail. Muriel Pénicaud est fragilisée par l'ouverture vendredi d'une information judiciaire pour "favoritisme" dans le dossier Business France.

Les ordonnances doivent être adoptées en Conseil des ministres d'ici le 20 septembre et leur ratification sera ensuite soumise au Parlement, ce qui leur donnera force de loi.

Certaines mesures seront appliquées "immédiatement", selon la ministre, qui a notamment cité la barémisation des indemnités, une disposition abandonnée par le gouvernement Valls en mars 2016 dans le cadre de la loi Travail, ce qui n'avait pas empêché la pire crise sociale sous un gouvernement de gauche.

Si la nouvelle réforme est attendue d'"urgence" par le patronat (Medef, CPME et U2Pa) afin de "redonner confiance" aux entreprises pour investir et embaucher, les organisations syndicales (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC) ont elles mis en avant ses "dangers" pour les salariés.

- Un menu 'sans les plats' -

Pour faire adopter le texte, alors que la réforme inquiète 61% des Français, selon un sondage publié fin juin, le nouveau gouvernement peut compter à l'Assemblée sur sa très large majorité République en marche et MoDem.

En commission, où le projet a été voté sans modification substantielle, les élus REM se sont montrés très peu loquaces, leur chef de file pour ce texte Aurélien Taché, disant faire "confiance à la démocratie sociale" et assurant que l'habilitation pour des ordonnances n'était "pas un blanc seing".

Mais les débats s'annoncent animés à l'Assemblée, avec quelque 400 amendements déposés. "La bataille ne fait que commencer", ont ainsi prévenu jeudi les élus communistes clairement hostiles comme les "Insoumis" à ce que Jean-Luc Mélenchon a qualifié de "coup de force social".

En avant-goût, les députés LFI ont brandi symboliquement mardi un code du travail dans l'hémicycle après la déclaration de politique générale d'Edouard Philippe pour montrer qu'ils défendraient "mètre après mètre" ce "gros livre rouge". Et M. Mélenchon a appelé à des "rassemblements" mercredi, alors que l'examen se poursuivra dans l'hémicycle.

Le groupe "Nouvelle gauche" (ex-PS) entend voter contre, pour ne pas "donner un chèque en blanc". Le texte contient selon ses membres des "lignes rouges" sur le contrat de chantier "plus précaire qu'un CDD" ou les indemnités prud'homales.

Les Républicains ont eux voté pour en commission, jugeant qu'il va "dans le bon sens" mais en promettant d'être "très vigilants sur le contenu des ordonnances".

Tous se rejoignent pour dénoncer la méthode des ordonnances, une façon de "dessaisir le Parlement" aux yeux des élus PCF, qui "ne permet pas une réforme juste" pour "Nouvelle Gauche" et qui porte le risque que le débat se déroule "dans la rue" pour LR. Mais une méthode qui a été à nouveau "légitimée", après les élections, par le large vote de confiance obtenu par le gouvernement, aux yeux du rapporteur Laurent Pietraszewski, député REM du Nord.

Le texte prévoit par ailleurs le report d'un an du prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu au 1er janvier 2019.

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le