Laurent Wauquiez, un aspirant à l’Elysée à la personnalité contestée
Laurent Wauquiez, 42 ans, empêtré depuis vendredi dans des déclarations choc enregistrées à son insu, est un surdiplômé qui ne...

Laurent Wauquiez, un aspirant à l’Elysée à la personnalité contestée

Laurent Wauquiez, 42 ans, empêtré depuis vendredi dans des déclarations choc enregistrées à son insu, est un surdiplômé qui ne...
Public Sénat

Par Baptiste PACE, avec Nadège PULJAK

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Laurent Wauquiez, 42 ans, empêtré depuis vendredi dans des déclarations choc enregistrées à son insu, est un surdiplômé qui ne fait pas mystère de son ambition élyséenne, à la personnalité autant appréciée des militants qu'elle peut être honnie parmi ses pairs.

L'affaire du cours de Lyon, ces déclarations au vitriol sur Emmanuel Macron, Gérald Darmanin ou encore Alain Juppé, prononcées devant des étudiants, constitue-t-elle le premier accident de parcours de sa carrière ? Bien qu'âprement critiqué, y compris à droite, le président du parti Les Républicains n'avait guère jusqu'ici connu que des hauts.

Celui dont son entourage rappelle qu'il n'a "jamais perdu une élection" a vécu une ascension rapide et linéaire: député en 2004 à 29 ans, membre des gouvernements Sarkozy-Fillon dès 32 (porte-parolat, Emploi, Europe, Enseignement supérieur), maire du Puy-en-Velay en 2008, réélu au premier tour en 2014, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes en 2015 et, depuis décembre, président de LR élu à 75%.

Mais cet ancien protégé de Jacques Barrot, qui a rompu avec le centrisme de son mentor, récolte davantage d'inimitiés que de satisfecit. "Il est face à un mur d'antipathie qu'il a lui-même savamment construit", juge un cadre LR. "Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi méchant", assure un membre de l'exécutif actuel.

L'homme à la silhouette longiligne (1,91 m), aux cheveux poivre et sel et à la parka rouge - son vêtement de prédilection par temps maussade - doit affronter deux procès convergents. Celui en insincérité, que ses détracteurs instruisent de plus belle depuis cette affaire lyonnaise où on l'entend promettre à son auditoire de leur épargner son habituel "bullshit" ("conneries") réservé aux "plateaux médiatiques".

Au plan politique, un procès en "dérive droitière", voire en connivence avec l'extrême droite, désormais alimenté par une partie de ses anciens camarades de LR qui ont quitté le parti en lui reprochant de ne pas avoir appelé explicitement à voter pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen.

"J'ai la conviction que les valeurs auxquelles les Français sont les plus attachés supposent un programme résolument et sereinement à droite", prône celui qui assure qu'il ne fera "jamais" d'alliance avec le FN.

- "Tête de Turc" -

Quant à son image, "je connais le prix à payer puisque de chouchou des médias, je suis devenu leur tête de Turc", se défend-il dans une interview à Causeur, daté de décembre.

Elu sans grande opposition président de LR, Laurent Wauquiez n'en est pas moins contesté. Par Xavier Bertrand, qui a claqué la porte du parti. Par Valérie Pécresse, qui a créé son propre mouvement, Libres !, associé aux Républicains. Le président des Hauts-de-France et celle de l'Ile-de-France ne l'ont cependant pas défié pour la présidence du parti.

M. Wauquiez revendique le statut de premier opposant à Emmanuel Macron, qu'il attaque sans ménagement tant sur sa supposée méconnaissance de la France profonde (une "haine de la province") que sur sa politique "injuste", notamment envers les retraités et "les classes moyennes", l'un de ses grands chevaux de bataille.

Personne ne doute de ses ambitions élyséennes, même s'il prend soin de n'en parler qu'avec parcimonie. Chaque année, il fait l'ascension du Mont Mézenc (Haute-Loire), à la manière de François Mitterrand gravissant la Roche de Solutré.

La collection de diplômes de celui qui pourfend désormais les "élites" est impressionnante: major de l'ENA en 2001, premier à l'agrégation d'histoire, diplômé de Sciences Po, DEA de droit public, sans compter la connaissance de l'arabe, acquise au Caire quand il travaillait à l'ambassade de France, au début des années 2000. Avec une polémique qui le suit depuis cette expérience égyptienne sur sa supposée proximité avec Soeur Emmanuelle, constamment démentie par une proche de la religieuse.

Même éclectisme côté loisirs: passion pour les arts - transmise par sa mère Eliane Wauquiez-Motte, maire du Chambon-sur-Lignon et ancienne conservatrice du musée d'art moderne de Saint-Etienne - littérature, poésie, musique électronique. Ce marathonien, marié à une administratrice du Sénat, est père de deux enfants.

Partager cet article

Dans la même thématique

Chanteloup-les-Vignes : inter-ministerial meeting on cities
9min

Politique

Elisabeth Borne prend ses distances avec Gabriel Attal : « Non-événement » ou symptôme « des doutes » chez Renaissance avant 2027 ?

En quittant la présidence du Conseil national de Renaissance, Elisabeth Borne marque son « désaccord avec la ligne » de Gabriel Attal et met à mal la future candidature à la présidentielle du patron du parti. Si les proches du secrétaire général minimisent, quelques voix pointent en interne l’excès de « com’ » et « la tendance aux coups médiatiques ». François Patriat, patron des sénateurs Renaissance, prend aussi ses distances : « Déclarer sa candidature aujourd’hui et figer les choses ne me paraît pas être le bon principe ».

Le

Laurent Wauquiez, un aspirant à l’Elysée à la personnalité contestée
7min

Politique

Droits TV du football : la chaîne Ligue 1+ n’est qu’une « solution par défaut », reconnaît Nicolas de Tavernost

Interrogé au Sénat ce mercredi, le patron de la filiale média de la Ligue de football professionnelle (LFP), Nicolas de Tavernost, n’a pas caché les limites de la chaîne Ligue1 +, montée dans l’urgence par la ligue, pour le financement des clubs français. Il a été longuement interrogé sur son départ en fin de saison, perçu par plusieurs sénateurs comme la conséquence des conflits d’intérêts au sommet du football français.

Le

Laurent Wauquiez, un aspirant à l’Elysée à la personnalité contestée
3min

Politique

Banquets du Canon français : « Il n’y a pas de risque de trouble à l’ordre public », assure Laurent Nunez qui reste toutefois « vigilant »

Lors des questions d’actualité au gouvernement du Sénat, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez a été interpellé par le sénateur (PS) du Finistère, Jean-Luc Fichet sur la campagne de haine dont a été victime la maire de Quimper pour avoir refusé d’accueillir dans sa ville un banquet du Canon Français, une organisation financée pour partie par le milliardaire d’extrême droite Pierre Edouard Sterin. « Ce qu’il s’est passé à Quimper est absolument ignoble » a dénoncé le ministre.

Le