Le changement climatique, cri de ralliement aux élections européennes
Pour la première fois, le changement climatique est devenu un sujet de premier plan pour les partis politiques traditionnels lors d'élections...

Le changement climatique, cri de ralliement aux élections européennes

Pour la première fois, le changement climatique est devenu un sujet de premier plan pour les partis politiques traditionnels lors d'élections...
Public Sénat

Par Lachlan CARMICHAEL

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Pour la première fois, le changement climatique est devenu un sujet de premier plan pour les partis politiques traditionnels lors d'élections européennes, en écho notamment à la vague de mobilisation chez les jeunes.

Vendredi, en plein scrutin européen, ces derniers sont appelés à descendre dans les rues pour une nouvelle "grève mondiale pour le climat", la deuxième du genre après celle du 15 mars qui avait mobilisé des centaines de milliers d'étudiants et de lycéens dans le monde.

La jeune Greta Thunberg est devenue l'un des visages emblématiques des manifestations. Des milliers d'adolescents et jeunes adultes ont suivi son appel à sécher les cours une fois par semaine.

La Suédoise de 16 ans, invitée à Bruxelles, avait averti les représentants de la classe politique européenne qu'ils resteraient dans l'histoire comme "les plus grands méchants de tous les temps" s'ils n'agissent pas.

Le consensus grandissant en faveur d'une réaction urgente face au dérèglement climatique nourrit les espoirs de coopération entre partis politiques. Mais certains craignent que cette dynamique soit entravée par les formations populistes, si elles devaient enregistrer une forte progression dans l'hémicycle européen.

Une chapelle située dans une baie à Sitio Pariahan, aux Philippines, le 11 janvier 2019
Une chapelle située dans une baie à Sitio Pariahan, aux Philippines, le 11 janvier 2019
AFP/Archives

Un baromètre publié en avril par le Parlement européen montrait que si l'économie, la croissance, la lutte contre le chômage des jeunes et l'immigration restent les principaux sujets de préoccupations des Européens, le changement climatique et la protection de l'environnement gagnent en importance.

Les citoyens d'une dizaine de pays (Suède, Pays-Bas, Danemark, Finlande, Belgique, Luxembourg, Allemagne, France, Malte) y sont plus particulièrement attachés. D'autres sont encore loin d'y voir une priorité: la Bulgarie et la Roumanie - les deux pays les plus pauvres de l'UE - les Etats baltes, la Pologne ou la République tchèque.

- "Dynamique historique" -

"Comparé à 2014, c'est vraiment devenu l'un des enjeux majeurs", affirme à l'AFP Dara Murphy, directeur de campagne du Parti populaire européen (PPE), principale force politique au sein du Parlement sortant. Son parti de centre-droit a ajouté le changement climatique à son programme au cours des deux dernières années.

Pour l'analyste Stella Schaller, du think tank spécialisé Adelphi, le débat a vraiment pris un tournant "dans les quatre à six derniers mois", sur fond de sécheresses, incendies et inondations et leurs dures conséquences pour les agriculteurs, d'avertissements des scientifiques, de manifestations populaires et de large couverture médiatique.

Des enfants jouent sur un morceau de glace près du village eskimau de Yupik, en Alaska (Etats-Unis), le 19 avril 2019
Des enfants jouent sur un morceau de glace près du village eskimau de Yupik, en Alaska (Etats-Unis), le 19 avril 2019
AFP/Archives

Udo Bullmann, chef de file des socio-démocrates au Parlement européen, veut profiter d'une "dynamique historique".

Lui aussi assure que son groupe a révisé son agenda ces deux dernières années pour s'attaquer au défi climatique, tout en s'assurant que les plus pauvres et les chômeurs ne seront pas pénalisés par la transition énergétique et en évitant une agitation sociale, à l'image du mouvement des "gilets jaunes" en France.

L'UE s'est engagée dans le cadre de l'accord de Paris sur le climat de décembre 2015 à réduire ses émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40% d'ici 2030 (par rapport à 1990). Mais selon des scientifiques et des organisations non-gouvernementales, cette ambition est insuffisante pour atteindre l'objectif de limiter à moins de 2°C la hausse globale des températures par rapport à l'ère pré-industrielle.

- Fronde anti-climat -

Ces derniers mois encore, des groupes d'experts ont alerté sur les menaces pour l'humanité que représentent le changement climatique et la destruction de la nature. Mais face à ces mouvements, certains réagissent avec tout autant de passion.

A l'image d'autres groupes d'extrême droite, le parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) a décidé pour cette campagne européenne de surfer sur la fronde anti-climat.

Un homme porte une caricature de Donald Trump disant
Un homme porte une caricature de Donald Trump disant "Réchauffement global? Je n'y crois pas", le 30 novembre 2018 à Buenos Aires. Le climatoscepticisme du président américain est un modèle pour les certaines Européens
AFP/Archives

Climatosceptique, pro-diesel et pro-charbon, il cherche à séduire ceux qui pensent que la lutte contre le changement climatique fait grimper les prix de l'énergie, détruit des emplois et nuit à l'industrie.

L'analyste Stella Schaller craint ainsi que "des groupes libéraux et conservateurs diluent des propositions" pour courtiser les nationalistes.

Mais le PPE "ne fera jamais affaire avec la droite extrême" sur le climat ou d'autres thèmes, insiste Dara Murphy.

Quant aux Verts, ils espèrent profiter du mouvement pro-climat. L'un de ses chefs de file aux européennes, Bas Eickhout, reste prudent sur les espoirs de coopération transpartisane au sein de l'hémicycle renouvelé sur des sujets comme le prix du carbone, la fin des aides aux transports aériens ou l'allocation de fonds liés à des questions environnementales.

A la question de savoir si les partis politiques ont vraiment opéré un changement de fond sur le climat ou essaient simplement de gagner des voix, il répond que "le jury est toujours en train de délibérer".

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

Le changement climatique, cri de ralliement aux élections européennes
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le