Le coût de la crise énergétique « peut s’élever à huit milliards d’euros » net pour l’État, selon Bercy
Auditionné au Sénat sur le second projet de loi de finances rectificative pour 2021, le ministre chargé des Comptes publics, Olivier Dussopt, a indiqué que le coût des dispositifs pour faire face à l’envolée des prix de l’énergie sera bien supérieur aux recettes supplémentaires constatées.

Le coût de la crise énergétique « peut s’élever à huit milliards d’euros » net pour l’État, selon Bercy

Auditionné au Sénat sur le second projet de loi de finances rectificative pour 2021, le ministre chargé des Comptes publics, Olivier Dussopt, a indiqué que le coût des dispositifs pour faire face à l’envolée des prix de l’énergie sera bien supérieur aux recettes supplémentaires constatées.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Retour à un exercice habituel pour le gouvernement, ou presque. Si le collectif budgétaire de 2021, examiné en juillet, était lié aux conséquences de la crise sanitaire, le second projet de loi de finances rectificative (PLFR) présenté ce 3 novembre est un exercice classique de « fin de gestion ». Un « ajustement budgétaire », a résumé Olivier Dussopt, auditionné devant la commission des finances du Sénat. Le ministre des Comptes publics souhaite que ce PLFR soit le « dernier » de l’exercice.

Pour les parlementaires actuellement plongés dans l’examen du budget pour l’année 2022, les quelques modifications proposées pour le budget 2021 sont notables. « L’ampleur de ces révisions est inédite, tout au moins dans ces montants », a commenté le vice-président de la commission sénatoriale, Dominique de Legge (LR).

Le projet de loi intègre notamment une partie des aides de l’État en réponse à l’envolée des prix de l’énergie, comme la revalorisation du chèque énergie (600 millions d’euros) et surtout « l’indemnité inflation » de 100 euros versée aux personnes gagnant moins de 2000 euros net. 3,6 milliards, sur les 3,8 milliards que coûtera le dispositif au total, sont inscrits dans ce texte budgétaire de fin d’année. Le bouclier tarifaire sur les prix du gaz et de l’électricité relèvera du projet de loi de finances pour 2022.

Le rapporteur général Jean-François Husson (LR) « préoccupé » sur les prix de l’énergie du premier trimestre 2022

La hausse des recettes fiscales provenant de la vente des carburants, de l’électricité ou du gaz ne constituera pas pour autant une cagnotte pour l’État. Sur la période 2021-2022, « le coût net de cette crise énergétique peut s’élever à huit milliards d’euros », a fait savoir Olivier Dussopt. « Les gains pour l’État s’élèvent à 4 milliards d’euros, mais les dispositifs d’aide que nous mettons en place s’élèvent à plus de 12 milliards d’euros. » Le rapporteur général de la commission des finances, Jean-François Husson, s’est d’ailleurs dit « préoccupé » sur une éventuelle poursuite de l’inflation au premier trimestre 2022. « Bis repetita ou pas ? » s’est-il demandé.

De gros mouvements comptables sont aussi prévus dans le texte, après une reprise économique plus bien forte que prévu au cours de l’été. 8,1 milliards d’euros au sein crédits ouverts au titre de mesures d’urgence ne seront pas consommés au 31 décembre. Une partie doit servir à financer des dossiers encore en instruction. Deux milliards d’euros seront mis de côté pour 2022, « à titre prudentiel », « au cas où nous connaîtrions un ressaut épidémique ou une difficulté particulière », a expliqué le ministre. Au sein de l’enveloppe globale des 100 milliards d’euros du plan de relance, 8 milliards d’euros seront reployés à l’intérieur, les programmes les moins utilisés finançant ceux qui ont le plus de succès.

Les surplus de la croissance pour 2021 iront à la réduction du déficit

Le budget rectificatif intègre aussi de nouvelles rallonges, deux milliards pour France compétence, qui finance la formation professionnelle, ou encore 500 millions d’euros pour le ministère de l’Agriculture, pour compléter les premières indemnisations de l’épisode de gel du printemps.

Malgré ces dépenses supplémentaires, le déficit public s’améliore légèrement par rapport aux dernières prévisions du gouvernement. Il passerait de 8,4 % à 8,1 %. Le gouvernement a également relevé sa prévision de croissance de 6 % à 6,25 %. Plusieurs sénateurs ont souligné que ce niveau restait encore inférieur à la réalité. Le 29 octobre, l’Insee a annoncé que la croissance au troisième trimestre avait atteint 3 %, du jamais vu depuis 1969. Selon l’institut statistique, l’acquis de croissance atteindrait 6,6 % pour l’année.

« Forcément en fin d’année, on arrive avec des bonnes surprises, comme par hasard, un petit peu avant les élections », s’est permis le sénateur centriste Vincent Delahaye. Au moment où le budget rectificatif a été bouclé, le gouvernement ne disposait pas des dernières données de l’Insee, s’est défendu le ministre. Et de promettre : « Toutes les recettes supplémentaires qui seraient générées par une croissance supérieure à 6,25 % permettront de diminuer le déficit public, tel qu’il est affiché aujourd’hui à 8,1 %. » Le ministre n’a pas exclu de s’approcher des 7,9 %. Les socialistes Patrice Joly et Rémi Féraud ont regretté le retour à une « approche classique » financière, et l’absence de propos sur la « justice fiscale ».

A l’image du rapporteur général, plusieurs sénateurs se sont inquiétés du niveau de l’inflation et de sa prise en compte par le gouvernement, comme le communiste Pascal Savoldelli ou Jérôme Basher (LR). « Les hypothèses ont été largement réévaluées », a souligné ce dernier. Pour Olivier Dussopt, cette « bosse d’inflation » sera passagère. « Nous espérons qu’elle s’atténuera au cours de l’année 2022 ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Le coût de la crise énergétique « peut s’élever à huit milliards d’euros » net pour l’État, selon Bercy
3min

Politique

Candidature de Gabriel Attal pour 2027 : « On s’y prépare, il s’y prépare depuis des années », explique Franck Riester

Invité de la matinale de Public Sénat, Franck Riester détaille les raisons de son soutien à Gabriel Attal et considère qu’il est le mieux placé pour être le candidat du bloc central pour l’élection présidentielle de 2027. L’ancien ministre de la Culture estime par ailleurs qu’une candidature commune pour le bloc central pour 2027 pourrait être actée “en début d’année prochaine”.

Le

Le coût de la crise énergétique « peut s’élever à huit milliards d’euros » net pour l’État, selon Bercy
5min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou propose l’entrée de 1 500 à 1800 personnes dans le corps électoral en tant que conjoints de natifs 

Alors que se tiendra le 28 juin, les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement s’appuie sur une proposition de loi du Sénat pour parvenir à un consensus sur l’élargissement du corps électoral aux natifs de l’Archipel. Mais l’exécutif compte aller plus loin en y intégrant également leurs conjoints. Auditionnée mercredi par la commission des lois du Sénat, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou s’est vu opposer une fin de recevoir par les élus. 

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
8min

Politique

Gérald Darmanin recule sur le plaider-coupable : « Un mauvais service rendu aux victimes », dénonce la rapporteure du texte au Sénat

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a, largement, revu à la baisse la portée du dispositif de plaider-coupable, la réforme phare et controversée de son projet de loi sur la justice criminelle, adopté au Sénat le mois dernier. Face à la pression des avocats, le ministre propose désormais d’exclure du dispositif tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes passibles de la cour d’assises. « Certains se servent des victimes contre l’intérêt », dénonce Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat et co-rapporteure du texte.

Le