Le dossier Delevoye et ses « omissions » transmis à la justice
Le dossier de Jean-Paul Delevoye est désormais dans les mains de la justice: la Haute autorité pour la transparence a saisi mercredi le...

Le dossier Delevoye et ses « omissions » transmis à la justice

Le dossier de Jean-Paul Delevoye est désormais dans les mains de la justice: la Haute autorité pour la transparence a saisi mercredi le...
Public Sénat

Par Anne Pascale REBOUL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Le dossier de Jean-Paul Delevoye est désormais dans les mains de la justice: la Haute autorité pour la transparence a saisi mercredi le procureur pour les "omissions" en "nombre" de l'ex-"Monsieur retraites", deux jours après son départ du gouvernement.

Face à la cascade de révélations de presse sur les activités parallèles de M. Delevoye, accusé de conflit d'intérêts avec le milieu des assurances, le procureur de Paris Rémy Heitz avait lui-même demandé des précisions à la HATVP la semaine dernière.

Le parquet fera connaître jeudi "les suites qu'il entend réserver". "Seule une enquête menée par des services de police judiciaire est de nature à s’assurer du caractère exhaustif de la liste des mandats omis, tout comme de la nature de ces multiples fonctions dirigeantes exercées durant ses fonctions de membre du gouvernement", estime la Haute autorité, dont le collège s'est réuni mercredi.

La HATVP, qui scrute patrimoine et activités des membres du gouvernement et de quelque 15.000 responsables publics, soupçonne M. Delevoye "d’omission substantielle d’une partie de ses intérêts", c'est-à-dire avec une volonté de dissimulation.

Le gouvernement dit croire en la "bonne foi" de l'ex-haut commissaire aux retraites, en plein conflit social sur sa réforme. Il a été remplacé mercredi à cette fonction clé par le député LREM Laurent Pietraswewski.

"Jusqu'à preuve du contraire, ce sont des omissions de bonne foi", a répété mercredi matin l'entourage d'Emmanuel Macron, tout en relevant que sa démission "s'imposait et c'est pour ça que le président de la République l'a acceptée".

La HATVP, instance indépendante créée en 2013 après le scandale Cahuzac, souligne que dans sa déclaration initiale d'intérêts et d'activités remise en novembre, "avec plus de dix jours de retard", M. Delevoye n'indiquait que le cumul avec la présidence du think thank Parallaxe rémunérée et avec la présidence de deux associations, ainsi que la fonction passée de délégué général du groupe de formation IGS.

Et dans une déclaration modificative adressée seulement vendredi dernier, après des échanges avec la Haute autorité, il a ajouté huit mandats, dont la présidence passée du Conseil économique et social (Cese) ou la fonction encore d'actualité d'administrateur de la Fondation SNCF.

- Rémunérations en question -

Jean-Louis Nadal, président de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique
Jean-Louis Nadal, président de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique
AFP/Archives

Ces omissions initiales constituent des "manquements" suffisamment importants pour que la justice soit saisie, considère la HATVP, présidée encore pour quelques heures par l'ancien haut magistrat Jean-Louis Nadal, qui part en retraite.

C'est un nouveau coup dur pour M. Delevoye, lâché mardi par Matignon qui a rappelé qu'il avait été "informé de ses obligations" dès son entrée au gouvernement en septembre.

La HATVP pointe en outre le fait que M. Delevoye ne l'avait "pas informé(e) d’un quelconque cumul d’activités" avec la présidence rémunérée de Parallaxe avant mi-novembre, alors qu'il y était tenu déjà comme haut-fonctionnaire auparavant.

Le parquet de Paris étudie aussi ce cumul de rémunérations, alors que la Constitution prohibe "toute activité professionnelle" parallèle pour les ministres.

"C'était au président de la République en tant que garant de la Constitution de mettre immédiatement un terme à ses fonctions", a attaqué la sénatrice PS Laurence Rossignol sur LCP.

Dans ce dossier hautement sensible pour une macronie proclamant l'exemplarité, se joue aussi la question de l'efficacité des contrôles. Il n'y a eu "aucun dysfonctionnement" du secrétariat général du gouvernement, qui a découvert le cumul début décembre seulement, a défendu mardi Edouard Philippe.

M. Delevoye affirme pour sa part "n’avoir eu de mise en garde de personne".

De son côté, la Haute autorité, à qui certains élus de la majorité demandent des comptes, a mis en garde solennellement mercredi: "Ce serait une régression majeure dans un État de droit que de considérer que les responsables publics seraient irresponsables tant qu’ils n’ont pas été officiellement mis en garde. La très grande majorité s’acquitte par ailleurs avec sérieux de ses obligations".

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Olivier Faure convention municipales 2026
10min

Politique

Municipales : le PS fait du scrutin un « enjeu majeur » dans la bataille du leadership face à LFI

Le Parti socialiste, qui détient plusieurs grandes villes, à commencer par Paris, où « ça va être chaud », présente 2500 listes pour les élections municipales. Uni avec les Ecologistes dans plusieurs communes, le parti fait face aux listes LFI, qui attaquent les socialistes sans hésiter. Au-delà de l’enjeu de conserver ses villes et quelques gains possibles, à Saint-Etienne ou Amiens, le numéro 2 du PS, Pierre Jouvet, espère montrer avec le scrutin « la possibilité de construire l’alternative politique dans le pays ».

Le

Rachida Dati, at the Mutualite, 2026 municipal elections. Paris.
9min

Politique

Municipales 2026 : les LR visent la stabilité, tout en rêvant d’un exploit à Paris

En tenailles entre l’érosion du vote LR dans les grandes villes et le spectre d’une « union des droites » portée par le RN, le parti de Bruno Retaileau mise sur son solide maillage territorial pour résister lors du scrutin des 15 et 22 mars prochains. LR pourrait toutefois créer la surprise à Nantes et Besançon. Surtout, la droite caresse l’espoir d’un basculement historique à Paris avec Rachida Dati.

Le

BORDEAUX : second round of mayoral elections
17min

Politique

Municipales : les enjeux détaillés, parti par parti

Pour les élections municipales, les enjeux sont multiples. Les LR et le PS tentent de conserver leurs nombreuses villes moyennes, pour la droite, ou grandes, pour la gauche et les écolos, avec une élection cruciale à Paris, que vise Rachida Dati. Pour le RN et LFI, qui partent de loin, il s’agit de renforcer l’implantation locale. Le parti d’extrême droite vise Toulon et rêve de gagner Marseille. Horizons essaie de garder ses grands maires. Et pour Renaissance, ce sera à nouveau un scrutin difficile. Le scrutin du 15 et 22 mars devrait réserver quelques surprises.

Le

« Le gouvernement est à l’action », tient à rassurer Sébastien Martin.
4min

Politique

Prix des carburants : « Il n’y a pas de risque de pénurie », déclare Sébastien Martin

En réaction aux bombardements israélo-américains, l’Iran a bloqué le détroit très stratégique d'Ormuz. Plus de 20 % des stocks de pétrole mondiaux y transitent par bateaux, entraînant une flambée du prix des carburants à travers le monde. Invité dans l’émission Bonjour chez vous, le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a tenu à balayer les inquiétudes des particuliers et des professionnels.

Le