Le grand débat, simple parenthèse pour Macron ?
Accusés d'incompétence et d'impuissance, Emmanuel Macron et son gouvernement sont confrontés au risque de voir le bénéfice...

Le grand débat, simple parenthèse pour Macron ?

Accusés d'incompétence et d'impuissance, Emmanuel Macron et son gouvernement sont confrontés au risque de voir le bénéfice...
Public Sénat

Par Laurence BENHAMOU

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Accusés d'incompétence et d'impuissance, Emmanuel Macron et son gouvernement sont confrontés au risque de voir le bénéfice politique du grand débat balayé par les nouvelles scènes de saccages observées samedi à Paris.

"Nous ne sommes pas encore revenus à la situation de décembre. Mais symboliquement samedi, entre les violences et le retour précipité du ski, c'est pour Emmanuel Macron un retour au réel très brutal", analyse Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l'Ifop. "C'est très révélateur. Comme en décembre, l'exécutif subit les événements. Cela montre un défaut d'anticipation et une sous-évaluation du degré de tensions", ajoute-t-il.

"En partant en week-end au ski, Emmanuel Macron a réédite l'erreur de Buenos Aires lors des émeutes du 1er décembre, en donnant à nouveau le sentiment que Paris était livré aux +gilets jaunes+. D'où le succès viral du montage photo où, sur un télésiège avec son épouse -- des images datant en réalité de 2017 -- , il survole les +gilets jaunes+ sur les Champs", renchérit le spécialiste en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet.

"D'autres décisions ces derniers jours montrent un retour à un certain amateurisme et un manque d'anticipation, souligne Jérôme Fourquet. Ainsi, pour répondre à la marche des lycéens sur le climat, Jean-Michel Blanquer organise en urgence des débats sur l'écologie dans les établissements, mal préparés et qui partent en quenouille. Le gouvernement envoie ses deux ministres les plus jeunes dans la manifestation sur le climat, comme pour dire +nous sommes avec vous+. C'est aussi le cas de la déclaration de candidature de Nathalie Loiseau, tombée comme un cheveu sur la soupe pendant son débat avec Marine Le Pen. Sans oublier les photos de Christophe Castaner en boite de nuit."

Tous les analystes estiment que l'effet du grand débat, lancé le 15 janvier pour répondre à la crise des "gilets jaunes", a été largement gommé, preuve qu'il n'a fait que repousser les problèmes.

- "Procès en incompétence" -

"Les images de samedi mettent à mal le début d'apaisement que le grand débat semblait avoir réussi à installer", a résumé Bernard Sananes, président de l'institut Elabe.

"Le grand débat a fait baisser la température. Il a aussi permis à Emmanuel Macron de gagner du temps et reprendre la main et à des centaines de milliers de Français de s'exprimer. La vie politique s'est de nouveau organisée autour de l'agenda présidentiel. Tout cela n'est pas perdu. Mais la parenthèse grand débat se referme", avertit Jérôme Fourquet.

Comment sortir de cette parenthèse ? "Les réponses à apporter comportent un risque de déception, surtout si les préoccupations se cristallisent sur la fiscalité et l'environnement. Les fractures existantes restent. Et la remontée du chef de l'Etat dans les sondages ces dernières semaines n'a pas été spectaculaire. Il n'a fait que retrouver son niveau octobre, déjà très bas", poursuit-il.

"Les images de ce week-end ne profitent ni aux gilets jaunes ni à Emmanuel Macron, mais créent un terrain favorable pour les populistes et le Rassemblement national", conclut M. Moreau-Chevrolet. L'analyste juge contre-productif d'avoir voulu encadrer le grand débat en évinçant certains sujets. Selon lui, "il a manqué un dialogue entre le président de la République et les +gilets jaunes+".

M. Macron a été interpellé à plusieurs reprises par des "gilets jaunes" dans le cadre des ses interventions lors des deux derniers mois mais la plupart ont été tenus écartés des débats marathon du chef de l'Etat.

"Ce week-end donne l'impression non seulement qu'il n'y a pas d'issue politique mais crée aussi des doutes sur la capacité de l'exécutif à maintenir l'ordre public et des critiques sur la gestion policière. C'est un procès en incompétence et en impuissance", tranche-t-il.

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