Capture d’écran 2024-02-09 124242_2

Le jour où le Sénat a aboli la peine de mort (2/3) : comment le discours de Badinter a retourné la haute assemblée

Le 30 septembre 1981, le Sénat adopte l’abolition de la peine de mort en première lecture. La suppression de la peine capitale reste encore aujourd’hui un héritage emblématique de la présidence de François Mitterrand et une victoire majeure pour son ministre de la Justice de l’époque, Robert Badinter. Mais le Sénat, alors à droite, penchait plutôt vers une abolition limitée de la peine de mort. Dans « Il était une loi », l’ancien sénateur Roland du Luart raconte « l’ambiance électrique » qui secouait la haute assemblée.
Public Sénat

Par Aurélien Tillier

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Quand le projet de loi abolissant la peine de mort arrive au Sénat en septembre 1981, après avoir été adopté par l’Assemblée nationale, son destin est incertain. La chambre haute du Parlement, dont la majorité était alors à droite, risquait en effet de le rejeter, entamant ainsi un long processus législatif d’allers-retours avec l’Assemblée nationale, ce qui aurait fait traîner le débat.

Des sénateurs divisés sur la question

Roland du Luart, alors jeune sénateur de la Sarthe, se souvient d’une « ambiance électrique et assez insaisissable ». Tout comme l’opinion publique, fracturée sur la question de la peine de mort, de nombreux sénateurs s’opposaient à ce projet de loi ou souhaitaient, au moins, l’encadrer : « une grande partie de l’assemblée était d’accord sur le fond, mais voulait préserver de l’abolition les crimes sur enfants et les crimes de nature atroce », explique Roland du Luart.

« Le talent oratoire de Robert Badinter a été déterminant »

Le sénateur radical Edgar Faure, ancien chef de gouvernement sous la IVe République, avait déposé un amendement en ce sens. Pour les abolitionnistes, cet amendement était dangereux car le caractère « atroce » de certains crimes, laissé à la discrétion des juges, était très flou et pouvait donc concerner un grand nombre d’affaires. Il revenait donc à conserver la peine de mort dans le Code pénal.
C’était sans compter le « talent oratoire de Robert Badinter », qui a convaincu les sénateurs réticents. Roland du Luart, qui soutenait l’amendement d’Edgar Faure, confie d’ailleurs avoir lui-même été emporté par le verbe du garde des Sceaux, qui fit de la peine de mort un « problème de conscience, et seulement cela », et de son abolition « le début nécessaire d’une nouvelle justice ». « Quand il a parlé, les gens ont posé leur crayon et ont écouté presque religieusement », raconte Roland du Luart. « Au fur et à mesure, ceux qui étaient partisans d’une abolition limitée ont été retournés par son pouvoir de conviction ». L’amendement de Faure fut rejeté et le projet de loi de Robert Badinter adopté : la peine de mort était enfin abolie en France. Regardez l’émission Il était une loi - quand le Sénat écrit l’histoire consacrée à la loi abolissant la peine de mort.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Attal porte parole
9min

Politique

« Ce n’est pas la saison 3 du macronisme, ni un retour à l’UMP » : Gabriel Attal joue la carte des « nouveaux visages » pour marquer sa différence avec Edouard Philippe

Avec un mélange de « nouveaux visages » et de fidèles pour former son équipe, Gabriel Attal entend enclencher une « nouvelle phase » de sa campagne présidentielle. Il continue de marquer sa différence avec Edouard Philippe et compte créer la dynamique cet automne. « Les Français ne supporteraient pas d’élire un Président par défaut », soutient le candidat Renaissance.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau veut « renverser la table » avec une profonde réforme constitutionnelle

S’il est élu président de la République en 2027, Bruno Retailleau veut faire de la réforme constitutionnelle sa première grande réforme. Le président des Républicains entend engager, dès le début de son mandat, une refonte des institutions destinée à renforcer le pouvoir des citoyens, réaffirmer la primauté du droit français et donner davantage de marges de manœuvre au Parlement, notamment sur l’immigration et la sécurité.

Le

Blois: Raphael Glucksmann at summer convention campusPS
10min

Politique

« Si Raphaël Glucksmann veut jouer la finale de la Ligue des champions, il ne peut pas avoir peur des barrages » : tensions autour de l’organisation des débats de la primaire PS

Alors que l’équipe de Raphaël Glucksmann prône l’organisation d’un seul débat, sur le service public, dans le cadre de la primaire PS/Place Publique, les autres candidats en veulent trois. « Les bras m’en tombent. Je ne comprends pas le raisonnement », pointe le sénateur Rémi Cardon, soutien d’Olivier Faure, lui aussi candidat. « Ça ne pose aucun problème à Raphaël Glucksmann qu’il y ait deux ou trois débats », assure pourtant le sénateur Place Publique Bernard Jomier, qui pointe des polémiques « pas à la hauteur », y compris de la part de soutiens socialistes de son candidat…

Le

Bourgoin-Jallieu  demonstation against sexual violence targeting women and children
6min

Politique

Loi intégrale contre les violences sexuelles : « Que le gouvernement aborde l'examen de ce texte avec humilité et en ayant en tête son bilan », enjoint Laurence Rossignol

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé l'inscription de la proposition de loi « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles comme premier texte de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale lors de la reprise de la session ordinaire, début octobre. Ce texte de 69 articles est inspiré des 140 propositions élaborées par une coalition d'associations féministes et de défense des droits des enfants. Le meurtre dramatique de la jeune Lyhanna avait mis la pression sur l'exécutif, poussé par l'opposition de gauche et le bloc central, à aborder les violences sexuelles et sexistes dans une approche systémique.

Le