Le nucléaire, un dossier délicat pour le nouveau ministre
A peine entré au gouvernement, François de Rugy va devoir s'atteler à la feuille de route énergétique de la France et à la...

Le nucléaire, un dossier délicat pour le nouveau ministre

A peine entré au gouvernement, François de Rugy va devoir s'atteler à la feuille de route énergétique de la France et à la...
Public Sénat

Par Julien MIVIELLE

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A peine entré au gouvernement, François de Rugy va devoir s'atteler à la feuille de route énergétique de la France et à la question délicate du nucléaire, dont il a par le passé prôné une sortie d'ici à 2040.

Le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire, qui vient de succéder à Nicolas Hulot, a renvoyé cette semaine les choix en matière de nucléaire à la publication de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE).

"Nous serons en mesure de la présenter à la fin du mois d'octobre". Elle précisera "la part de chaque énergie, le développement des énergies renouvelables que nous voulons faire", a-t-il souligné.

Cette PPE, dont le gouvernement devait normalement présenter une première version cet été, doit porter sur les années 2019-2023 et 2024-2028.

La question du nucléaire - et des fermetures de réacteurs français - est la plus épineuse du débat, notamment parce qu'elle concernera des milliers de salariés. Seul l'arrêt de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) a été pour l'instant décidé.

Nicolas Hulot avait encore promis fin juin un "échéancier" précis d'ici à la fin de l'année afin "qu'on sache quels réacteurs et le nombre de réacteurs" qui doivent fermer.

S'il ne s'est pas encore exprimé sur le fond à ce stade, François de Rugy a pris des positions très tranchées dans le passé.

Lorsqu'il était candidat à la primaire de la gauche de 2017, il prônait en effet une sortie du nucléaire à l'horizon 2040 et l'objectif de 100% d'électricité d'origine renouvelable en 2050.

Plus récemment, alors président de l'Assemblée nationale, il s'était montré agacé par la volonté du groupe énergétique EDF de ne fermer - après Fessenheim - aucun autre réacteur nucléaire avant 2029. "Ce n'est plus EDF qui fait la politique de l'énergie en France", avait-il lancé en juillet.

- "horizon 2035" ? -

Mais les opposants au nucléaire restent sceptiques sur sa capacité à changer la trajectoire du gouvernement. "Objectivement, aujourd'hui on a peu d'espoir parce que ce n'est pas un homme qui va changer les choses, quelle que soit l'identité de la personne", juge auprès de l'AFP Yannick Rousselet, de l'ONG Greenpeace.

"Ou bien on a la volonté politique de changer de trajectoire ou on ne l'a pas. Aujourd'hui on n'a vu aucun signe politique que le gouvernement veut changer de trajectoire", estime-t-il.

Le président Emmanuel Macron a pour sa part souligné jeudi soir au Luxembourg que sa "priorité, c'est de réduire les émissions de CO2". "Quand je regarde la liste des sources d'énergie, en particulier d'électricité, le nucléaire n'est pas la pire des chose", a-t-il estimé, rappelant qu'il voulait d'abord fermer les centrales à charbon.

La France dépend beaucoup du nucléaire pour produire son électricité: il a représenté 71,6% de la production totale l'an dernier. Mais le pays veut réduire sa dépendance à l'atome et consentir une plus grande place aux énergies renouvelables à l'avenir.

La loi de transition énergétique de 2015 prévoyait que la part du nucléaire dans la production d'électricité soit ramenée à 50% "à l'horizon 2025". Mais Nicolas Hulot avait abandonné cet objectif, jugé irréaliste, sans fixer de nouvelle date précise mais en évoquant un horizon entre 2030 et 2035.

Interrogé à l'issue d'un séminaire gouvernemental à l'Elysée, le Premier ministre Edouard Philippe a semblé mercredi retenir plutôt cette dernière option en évoquant simplement "l'horizon 2035". Matignon a cependant assuré que "l'arbitrage sur la date précise n'est pas pris à ce jour" et sera tranché dans la PPE.

Signe que la question est sensible, les opposants au nucléaire ont aussitôt réagi à la déclaration d'Edouard Philippe. C'est "un insupportable cadeau à EDF" qui "confirme la mainmise du lobby nucléaire sur le gouvernement dénoncée par Nicolas Hulot", a dénoncé le Réseau Sortir du nucléaire.

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