Le pacte sur les migrations divise les politiques et affole certains « gilets jaunes »
Le pacte de l'ONU sur les migrations, qui doit être adopté lundi au Maroc, suscite en France une vive opposition de la droite et...

Le pacte sur les migrations divise les politiques et affole certains « gilets jaunes »

Le pacte de l'ONU sur les migrations, qui doit être adopté lundi au Maroc, suscite en France une vive opposition de la droite et...
Public Sénat

Par Claire GALLEN, Anne RENAUT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le pacte de l'ONU sur les migrations, qui doit être adopté lundi au Maroc, suscite en France une vive opposition de la droite et de l'extrême droite, et affole certains "gilets jaunes", sur fond de nombreuses "fake news".

En pleine crise des "gilets jaunes", Marine Le Pen n'avait pas beaucoup de journalistes lundi à sa conférence de presse consacrée à ce pacte, dont la signature ou l'abandon n'est pas la première revendication du mouvement.

La présidente du Rassemblement national (RN) a d'ailleurs déploré un "silence quasi absolu" sur ce texte, qui est pourtant à ses yeux "une nouvelle étape dans la submersion (migratoire) organisée de notre pays".

Ce "pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières" recense des principes et des droits déjà existants (défense des droits de l'Homme, des enfants) et formule 23 objectifs pour aider les pays à faire face aux migrations, en facilitant l'information, l'intégration des migrants, l'échange d'expertises.

Mais Mme Le Pen considère que ce texte équivaut à un "pillage imposé des pays d'accueil", alors que le député LR Éric Ciotti craint une "institutionnalisation du communautarisme". Le président des sénateurs LR Bruno Retailleau dénonce, lui, "une approche de petits pas" qui ouvre "la voie aux normes juridiques de demain".

- "Non contraignant" -

Pourtant, le pacte est "juridiquement non contraignant" et réaffirme même le "droit souverain des États" à définir leur politique migratoire.

"Ca ressemble un peu à la convention de Paris (la COP21) en matière de climat. C'est un texte qui cadre et dit que les États se fixent des objectifs", dit Serge Slama, professeur de droit à l'université de Grenoble-Alpes.

"Il n'y a pas d'invention de nouveaux droits", assure également Solène Bedaux, chargée de plaidoyer au Secours catholique-Caritas.

Soumis à approbation lors d'un sommet à Marrakech, le pacte avait été adopté à New York en juillet par tous les pays membres de l'ONU, à l'exception notable des États-Unis. Mais depuis, les retraits ou reports de décision s'accumulent, jetant une ombre sur le sommet.

"Ce texte ne contient aucune obligation. C'est de l'affabulation totale. Quant on voit l'état d'énervement dans lequel certain peuvent se mettre après s'être fait laver le cerveau par des âneries qui circulent sur les réseaux sociaux. Celles et ceux qui surfent sur ces peurs sont des apprentis sorciers. Je pense a Marine Le Pen qui colporte des mensonges et des contre vérités incroyables sur le sujet", a déclaré à Ouest France le secrétaire d'État Jean-Baptiste Lemoyne, qui représentera la France à Marrakech.

A gauche, où les partis sont très discrets, l'eurodéputée PS Christine Revault d'Allonnes juge "dangereux et inquiétant" que des pays renoncent à ce texte, d'autant plus qu'il "ne remet pas en cause (leur) souveraineté".

- Fantasmes -

Il agite pourtant les réseaux sociaux où ce sujet a pris une grandes ampleur sur certaines pages de soutien aux "gilets jaunes" et fait l'objet de fantasmes.

Sur la page Facebook de l'Acte IV des "gilets jaunes", une militante réclame le départ d'Emmanuel Macron "sinon on est tous morts (...) allez voir le pacte de Marrakech sur YouTube, ce pacte signe notre fin !"

Deux représentants de ce mouvement, Maxime Nicole (dit Fly Ryder) et Eric Drouet évoquent dans un échange vidéo l'arrivée de 480 millions migrants, un chiffre qui ne figure pas dans le texte de l'ONU.

Face à ces rumeurs qui relèvent parfois de théories du complot, Jean-Christophe Dumont, chef du département Migrations internationales à l'OCDE, assure qu'il n'y a "pas d'objectif caché" ni de "gouvernance mondiale des migrations".

Et "ce sur quoi les pays les plus avancés ont le plus insisté" lors de la négociation, "c'est la question sur les retours" pour que "les pays d'origine reconnaissent leur obligation de reprendre leurs propres ressortissants", note-t-il.

Le texte n'est pas non plus au centre des revendications des "gilets jaunes" qui portent sur le pouvoir d'achat.

Mais Marine Le Pen, affirme que sur les barrages ils "sont conscients qu'on ne peut pas accueillir des centaines de milliers de personnes supplémentaires, sans que cela ait une influence sur l'équilibre (des) budgets sociaux et (des) territoires".

Elle contestera à nouveau le pacte à Bruxelles samedi, à côté de l'ancien stratège de Donald Trump, Steve Bannon. Et peut-être aussi... des "gilets jaunes".

bur-cg-are-mm/jk/it

Partager cet article

Dans la même thématique

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le

L’Assemblée nationale valide la suspension de la réforme des retraites
4min

Politique

Travail le 1er mai : après son rejet à l’Assemblée, le texte file en commission mixte paritaire où députés et sénateurs devront s’accorder

Les députes macronistes ont fait rejeter vendredi à l’Assemblée une proposition de loi sénatoriale qu’ils soutenaient visant à autoriser les salariés des boulangeries et fleuristes à travailler le 1er mai. Une manière de s’éviter des débats tendus face à une gauche vent debout contre la mesure. Les députés de la majorité espèrent s’accorder avec les sénateurs en commission mixte paritaire dans les prochains jours.

Le