Le Sénat adopte une résolution pour lutter contre toutes les formes de l’antisémitisme
Le Sénat a adopté une résolution non contraignante sur la lutte contre toutes les formes d’antisémitisme. Lors des débats, plusieurs élus ont rappelé que l’antisémitisme prenait également la forme du révisionnisme et « de tentatives de réhabilitation de l’Etat français du Maréchal Pétain », en faisant référence sans le nommer à Éric Zemmour.

Le Sénat adopte une résolution pour lutter contre toutes les formes de l’antisémitisme

Le Sénat a adopté une résolution non contraignante sur la lutte contre toutes les formes d’antisémitisme. Lors des débats, plusieurs élus ont rappelé que l’antisémitisme prenait également la forme du révisionnisme et « de tentatives de réhabilitation de l’Etat français du Maréchal Pétain », en faisant référence sans le nommer à Éric Zemmour.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

« Hier comme aujourd’hui, un antisémite est un antisémite. Nous ne devons rien céder […] l’objet de cette résolution, c’est d’adopter une définition nouvelle (de l’antisémitisme) à la hauteur de cette exigence. Parce qu’on ne combat bien, que ce qu’on nomme bien », a fait valoir Bruno Retailleau, président du groupe LR du Sénat et co-auteur avec son homologue du groupe centriste, Hervé Marseille, d’une proposition de résolution portant sur la lutte contre toutes les formes d’antisémitisme.

Le texte reprend la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) que la France a signé en 2016 : « L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte ».

« Hier, l’antisémitisme était principalement le fait d’une idéologie, de l’extrême droite. Aujourd’hui, un autre écosystème s’est mis en place dans les territoires perdus de la République, gagnés par l’islamisme. Des territoires où on ne peut plus enseigner à l’école la Shoah […] Dans ces territoires combien de familles ont dû s’exiler la peur au ventre », a mis en avant le président du groupe LR, visant un antisémitisme « qui se cache dans l’ombre de discours prétendument antiracistes ».

Fin 2019, une résolution similaire sur la lutte contre l’antisémitisme telle que définie par l’IHRA avait été adoptée de justesse à l’Assemblée nationale (154 députés ont voté pour, 72 contre). En cause, les exemples qui font suite à cette définition, associent l’antisionisme à une nouvelle forme d’antisémitisme.

« Les critiques de la politique du gouvernement israélien ne peuvent y être assimilées »

Raison pour laquelle, la résolution déposée par Bruno Retailleau et Hervé Marseille prend soin de rappeler que cette définition « ne remet pas en cause la liberté fondamentale de critiquer les politiques menées par l’État d’Israël ».

Si la résolution a été adoptée par les sénateurs, la définition de l’antisémitisme n’a pas pour autant fait consensus. Le sénateur écologiste, Guy Benarroche a souligné qu’Emmanuel Macron lui-même avait indiqué vouloir élargir la notion d’antisémitisme à l’antisionisme. « Si l’on peut considérer qu’il existe dans certaines attaques formulées à l’encontre d’Israël des dérives antisémites, les critiques de la politique du gouvernement israélien ne peuvent y être assimilées […] Nous refuserons toujours cette instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme ».

Le sénateur communiste, Pierre Ouzoulias a quant à lui déploré « l’utilisation politique très partisane » de la définition de l’IHRA, lui préférant la déclaration de Jérusalem de 2020 « plus pertinente puisqu’elle inscrit les antisémitismes d’hier et d’aujourd’hui dans le même processus d’assimilation des juifs aux forces du mal ». Pierre Ouzoulias a également estimé que la définition de l’IHRA « ne mentionne aucunement la nouvelle irruption dans le débat public de thèses négationnistes et de tentatives de réhabilitation de l’Etat français du Maréchal Pétain ».

« Les négationnistes classiques qui font de Pétain le protecteur des juifs français »

Cette référence au polémiste d’extrême droite Éric Zemmour s’est retrouvée dans les prises de parole d’un bout à l’autre de l’hémicycle. « Nous sommes en face d’un antisémitisme protéiforme […] les négationnistes classiques qui font de Pétain le protecteur des juifs français (car) il livrait les juifs étrangers. Comme si livrer des gens à la déportation avait une gradation. C’est absolument insupportable », a appuyé le sénateur LR, Roger Karoutchi

Le sénateur socialiste, Rachid Temal a indiqué « avoir mal à (s)a France » lorsqu’il entend « certains élus de la République courir après un polémiste révisionniste ou refuser de le condamner ».

Le racisme et l’antisémitisme étant déjà pénalement répréhensible, la résolution, sans valeur contraignante, n’en est pas moins un « un instrument utile » a fait valoir Marlène Schiappa. La ministre en charge de la Citoyenneté a rappelé que cette définition de l’antisémitisme allait servir de base « à l’application de la loi et des politiques publiques dans les tâches de prévention, de pédagogie comme de répression ».

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Le Sénat adopte une résolution pour lutter contre toutes les formes de l’antisémitisme
6min

Politique

« Nous n’avons pas le moindre objectif en ce qui concerne les élections », assure le directeur de Périclès, l’organe d’influence de Pierre-Édouard Stérin

Entendu par la commission d'enquête sénatoriale sur le financement privé des politiques publiques, Arnaud Rérolle, le directeur général de Périclès, un organe de financement abondé par le milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin, s’est défendu de toute entreprise politique. S’il assume la volonté de défendre des projets portés par une ligne « de droite, d’inspiration libérale-conservatrice », il assure ne pas chercher à construire « une majorité politique » en vue de 2027.

Le

Paris : parliamentary groups speak to medias after a meeting of the bill to combat antisemitism
2min

Politique

Enquête pour corruption : le Sénat lève l’immunité parlementaire de Francis Szpiner, « afin de permettre son placement en garde à vue »

Le sénateur Les Républicains Francis Szpiner, ancien maire du XVIe arrondissement, est visé depuis octobre 2024 par une enquête du parquet de Paris. L’élu est suspecté d’avoir monnayé les faveurs sexuelles d’une jeune femme contre l’attribution d’un logement social. Des faits contestés par l’intéressé, qui devrait être prochainement placé en garde à vue.

Le

TAHITI SWIMRUN 2024
6min

Politique

« Mettre les Outre-mer au centre du jeu » : les sénateurs appellent à renforcer la stratégie française et européenne dans le bassin pacifique

Après deux volets sur l’océan Indien et l’océan Atlantique, la délégation sénatoriale aux Outre-mer s’est penchée sur l’intégration régionale de la Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna et la Polynésie française, jugée insuffisante. Les sénateurs appellent la France et l’Union européenne à prioriser ces territoires, notamment via un ministère dédié, dans une région clé de la géopolitique mondiale.

Le

Declaration des impots sur le revenu en ligne
4min

Politique

Transparence de la vie publique : record du nombre de contrôles exercés par la Haute autorité en 2025

Dans son rapport annuel, la Haute autorité de la transparence de la vie publique (HATVP) indique avoir réalisé un contrôle de 5 795 déclarations patrimoniales et d’intérêts des responsables publics et a rendu 641 avis sur des projets de mobilité professionnelle entre les secteurs public et privé. 57 dossiers ont été transmis au parquet pour défaut de déclaration. Des chiffres record. La Haute autorité formule également des propositions pour rationaliser ses contrôles.

Le