Le Sénat demande des zones franches médicales pour attirer les médecins
Les sénateurs ont adopté ce 9 novembre un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2022, qui doit favoriser l’installation des médecins dans les déserts médicaux. Le dispositif prévoit une incitation fiscale, sur le modèle des zones franches urbaines.

Le Sénat demande des zones franches médicales pour attirer les médecins

Les sénateurs ont adopté ce 9 novembre un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2022, qui doit favoriser l’installation des médecins dans les déserts médicaux. Le dispositif prévoit une incitation fiscale, sur le modèle des zones franches urbaines.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Il n’y a pas un projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) qui échappe à un débat sur le problème tenace de la désertification médicale. Comme chaque année, le Sénat s’est penché sur la délicate question de l’accès aux soins dans ce qu’il est coutume d’appeler les « zones sous-denses ». Ce 9 novembre, il a amendé le PLFSS pour 2022 en retenant un mécanisme proposé par la sénatrice Chantal Deseyne et ses collègues du groupe LR.

Le dispositif est incitatif. Il s’agirait de mettre en place des « zones franches médicales », sur le modèle des zones franches urbaines créées en 1996. A l’intérieur de celles-ci, les médecins généralistes et spécialistes pourraient bénéficier d’exonérations de cotisations sociales. Le périmètre de ces zones franches serait défini par les agences régionales de santé, en concertation avec les élus locaux. « On fait tous le même constat. Les déserts médicaux, ce n’est plus uniquement les départements ruraux, c’est tout le territoire. On tâche, au travers de cet amendement, de proposer des solutions pour parer à ces déserts médicaux », a justifié la sénatrice Chantal Deseyne.

Des amendements similaires ont également été défendus par Daniel Chasseing (Les Indépendants) ou Olivier Henno (Union centriste). La rapporteure générale de la commission des affaires sociales, la centriste Élisabeth Doineau, n’a pas apporté son soutien à ces différentes propositions, susceptibles de générer des « effets pervers » dans une situation générale de pénurie de soignants. « On crée une sorte de concurrence encore plus déloyale, quand on a des zones qui sont plus aidées que d’autres », s’est-elle inquiétée.

Le gouvernement estime que les dispositifs d’aide actuels sont suffisants

La commission des affaires sociales a cependant d’autres idées. Elle prévoit par exemple, dans la suite du projet de loi, de conditionner à partir de 2022 tout nouveau conventionnement d’un médecin à six mois d’activité dans les zones sous-dotées en médecins. L’amendement fait d’une certaine façon écho à une disposition ajoutée dans une loi en 2019, à l’initiative du Sénat, qui imposait aux internes en dernière année de médecine de réaliser un stage de six mois dans les déserts médicaux. Or, le décret d’application manque toujours à l’appel, selon Corinne Imbert (LR), rapporteure de la branche maladie de la Sécurité sociale. « Si vous aviez pris le décret d’application, cette mesure serait en application depuis huit jours ! » a-t-elle fait remarquer au gouvernement.

Comme la commission, le ministre des Comptes publics Olivier Dussopt s’est montré défavorable au mécanisme de zones franches pour l’installation des médecins. « Nous considérons que les zonages existants avec des possibilités d’exonération sont suffisants », a-t-il rappelé. Le ministre a souligné que les incitations avaient été renforcées en 2019, avec la prise en charge de l’ensemble des cotisations sociales des jeunes médecins dans les zones sous-denses, pendant les deux premières années.

Interpellé par Laurence Cohen (communiste) sur le faible nombre de médecins nouvellement formés chaque année, le ministre a indiqué que la fin du numerus clausus et la réforme du premier cycle des études de santé ne produiront leurs effets dans les cabinets que dans quelques années. « En 2021, nous passons la barre des 10 000 étudiants en deuxième année de médecine pour la première fois, c’est 2 500 de plus qu’en 2017. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Le Sénat demande des zones franches médicales pour attirer les médecins
2min

Politique

Municipales 2026 : « On ne peut pas critiquer la vie politique si on n’y participe pas », estime Albane Gély, primo-votante

Les élections municipales qui auront lieues le 15 et 22 mars prochains seront pour certains la première occasion de voter. Invitée dans l’émission Dialogue Citoyen, Albane, étudiante en droit et philosophie, témoigne de l’importance pour elle de voter, une exception chez les 18-25 ans qui n’étaient que 30% à s’être déplacés lors des dernières élections municipales. Une élection organisée juste avant la période de confinement.

Le

Le Sénat demande des zones franches médicales pour attirer les médecins
3min

Politique

Alain Duhamel : « Les Français sont dans un état de défiance que je trouve totalement disproportionné »

Il a connu Pompidou, interviewé Valéry Giscard d’Estaing, mis sur le grill François Mitterrand et, pour ainsi dire, vu naître politiquement tous les autres présidents de la Cinquième République. Voilà cinquante ans qu’Alain Duhamel ausculte la politique française avec une tempérance devenue sa marque de fabrique. La retraite ? Impensable pour l’éditorialiste qui publie Les Politiques, portraits et croquis (éditions de l’Observatoire) dans lequel sont scrutées 63 personnalités politiques avec beaucoup de franchise. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde un regard, il revient sur les souvenirs marquants de sa carrière et analyse le climat politique des dernières années.

Le

6min

Politique

Royaume-Uni : Keir Starmer face à « la défiance » de son propre camp, après de nouvelles révélations entre Jeffrey Epstein et l’ancien ambassadeur britannique à Washington

Le Premier ministre essuie les conséquences de sa décision de nommer Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington en 2024, alors que ses liens avec Jeffrey Epstein étaient déjà connus. Après la publication de nouveaux fichiers sur le financier américain, la pression s’accentue contre Keir Starmer, déjà fragilisé depuis le début de son mandat.

Le

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?
8min

Politique

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?

Le ministère de l’Intérieur a déclenché les foudres des Insoumis en classant ce mouvement pour la première fois à l’extrême gauche, dans une circulaire adressée aux préfets en vue de la catégorisation des candidats et des listes. Ce n’est pas la première fois que la place Beauvau est critiquée pour ses choix.

Le