Le Sénat vote le texte sur les féminicides, en l’absence des élus de gauche
A priori consensuelle, la proposition de loi LR contre les violences au sein de la famille a été adoptée à main levée dans la...

Le Sénat vote le texte sur les féminicides, en l’absence des élus de gauche

A priori consensuelle, la proposition de loi LR contre les violences au sein de la famille a été adoptée à main levée dans la...
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

A priori consensuelle, la proposition de loi LR contre les violences au sein de la famille a été adoptée à main levée dans la nuit de mercredi à jeudi par le Sénat à majorité de droite, en l'absence des élus de gauche qui avaient quitté l'hémicycle pour protester contre un rejet systématique de leurs amendements.

Cent vingt-neuf féminicides depuis le début de l'année: ce chiffre a été martelé mercredi sur tous les bancs, unanimes sur la nécessité de lutter contre les violences faites aux femmes.

La proposition de loi du député Aurélien Pradié prévoit notamment la mise en place du bracelet antirapprochement, des ordonnances de protection plus efficaces, facilite le relogement des victimes de violences conjugales et entend aussi donner un nouveau souffle au téléphone "grave danger".

Elle avait été adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale, en première lecture, avec le soutien du gouvernement.

Symbole fort, le Sénat a entamé son examen en présence, dans l'hémicycle, de son président Gérard Larcher.

Mais l'atmosphère s'est sérieusement dégradée en fin de soirée. Les sénateurs des groupes PS et CRCE à majorité communiste ont quitté l'hémicycle pour protester contre les nombreux recours au scrutin public qui ont permis à la majorité sénatoriale de droite de rejeter systématiquement leurs amendements.

"On a fait beaucoup de propositions (...) Nous sommes dans un désarroi total", a lancé Marie-Pierre de la Gontrie (PS). "Vous assumerez la responsabilité de ce travail parlementaire bâclé, qui avait pourtant si bien commencé à l'Assemblée".

"Ce sont les absents qui rejettent les amendements", "on n'est pas là pour faire le décor", a ensuite expliqué Laurence Rossignol (PS) à l'AFP, dénonçant les "petites cuisines" entre Les Républicains et le gouvernement.

La suite du texte a ensuite été examinée au pas de charge.

Lors de la discussion générale, le PS avait interpellé la garde des Sceaux Nicole Belloubet sur le calendrier de l'examen de ce texte, alors que sont attendues pour le 25 novembre les conclusions du Grenelle sur les violences conjugales.

La ministre a souligné que la proposition de loi méritait d'être adoptée "dans les meilleurs délais", quand bien même les conclusions du Grenelle pourraient nécessiter "un autre texte législatif".

La ministre a réaffirmé sa détermination "à lutter contre ces actes qui, en meurtrissant chaque jour des femmes, heurtent la société toute entière".

Cette proposition de loi "apporte des réponses concrètes" aux femmes victimes de violences conjugales, a déclaré la rapporteure Marie Mercier (LR), tout en soulignant que "la violence est à combattre dès le plus jeune âge, par l'éducation, par l'accompagnement à la parentalité".

"Trop longtemps la société a nié la réalité des violences au sein de la famille", a rappelé le président du groupe Indépendants Claude Malhuret, pour qui "la peur, la honte et la culpabilité doivent définitivement changer de camp".

Parmi les modifications apportées au texte, les sénateurs ont notamment prévu "un dispositif d'évaluation" du bracelet antirapprochement, renommé "dispositif électronique mobile antirapprochement", avant sa pérennisation.

Ce système, que le gouvernement veut mettre en place début 2020, permet de géolocaliser et maintenir à distance les conjoints et ex-conjoints violents par le déclenchement d'un signal, avec un périmètre d'éloignement fixé par un juge.

La présidente de la délégation aux droits des femmes Annick Billon (centriste) a regretté "une fin de séance relativement triste", alors qu'elle avait démarré "dans une espèce d'élan et de grande cohésion".

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Le Sénat vote le texte sur les féminicides, en l’absence des élus de gauche
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le

Le Sénat vote le texte sur les féminicides, en l’absence des élus de gauche
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le