Législatives : douche froide pour le FN
Le Front national, qui ne récolte que 13,2% des voix au premier tour des législatives, devrait faire élire entre 3 et 10 députés. L’espoir de créer un groupe parlementaire s’éloigne.

Législatives : douche froide pour le FN

Le Front national, qui ne récolte que 13,2% des voix au premier tour des législatives, devrait faire élire entre 3 et 10 députés. L’espoir de créer un groupe parlementaire s’éloigne.
Public Sénat

Par Alexandre Poussart et Quentin Calmet

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Après le second tour de la présidentielle et forte de ses 10,6 millions de voix, Marine Le Pen espérait créer la première formation d’opposition à la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron. Le Front national n’a finalement récolté que 13,2% des voix lors du premier tour des élections législatives, balayé par le succès de la République en Marche (32,2%), et derrière Les Républicains (21,5%), première force d’opposition.

Entre le premier tour de l’élection présidentielle (7,7 millions de voix) et celui des législatives (3 million des voix), le Front National a perdu plus de 4 millions de voix. L’objectif de former un groupe parlementaire (au moins 15 députés) s’éloigne et les projections promettent entre 3 et 10 députés frontistes à l’issue du second tour.

Même si le parti de Marine Le Pen qualifie 122 candidats au second tour, contre 61 en 2012, ils sont peu nombreux à pouvoir l’emporter.

Contrairement à Marine Le Pen qui obtient 46% des voix à Hénin-Beaumont, les ténors du Front National ont peu de chances d’entrer à l’Assemblée nationale : Gilbert Collard (32,3% des voix), Louis Alliot (30,8% des voix) et Florian Philippot (23,8%) se retrouvent dans des situations compliquées.

Le FN victime de l’abstention

L’abstention historique (50%) a rendu impossible les triangulaires (second tour avec 3 candidats), qui avaient permis à Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard d’entrer à l’Assemblée nationale en 2012.

Un mode de scrutin non représentatif ?

Dimanche, depuis son QG d’Hénin-Beaumont, Marine Le Pen a estimé que “ce taux d'abstention catastrophique doit poser la question du mode de scrutin qui écarte des millions de nos compatriotes des urnes d'abord, et d'une représentation digne de ce nom.”

Pour l’historien Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite, ce scrutin majoritaire à 2 tours pose problème : “3 millions d’électeurs ne peuvent pas être représentés par 3 députés. Les partis politiques traditionnels ont souvent repoussé l’introduction d’une dose de proportionnelle dans le scrutin, en soulignant le danger d’un groupe frontiste à l’Assemblée. Mais si une trentaine de députés FN sont élus un jour, cela ne va pas révolutionner le travail parlementaire.”

Un parti sans alliés

Dimanche soir, Nicolas Dupont-Aignan n’a donné aucune consigne de vote pour le second tour des élections législatives, alors qu’il avait rallié Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. L’échec de l’alliance entre le FN et le parti Debout La France après l’élection présidentielle interroge la capacité du Front National à rassembler d’autres forces politiques.

Des querelles internes sur la sortie de l’euro  

“Ce score aux législatives est aussi à mettre en regard avec la performance décevante de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, même si elle a récolté plus de 10 millions de voix, et son débat raté de l’entre-deux-tours”, analyse Jean-Yves Camus.

Ce débat et le résultat de la présidentielle avaient provoqué des divisions au sein du parti, et de vives critiques de la ligne politique, inspirée par Florian Philippot, axée sur la sortie de l’euro. “Certains cadres du parti estiment que la marque de fabrique du Front national par rapport aux autres partis est la question identitaire, à dissocier de la sortie de l’euro”, explique Jean-Yves Camus. Ces querelles internes ont résonné pendant la campagne des législatives.

Nicolas Bay, le secrétaire général du parti, défait dès le premier tour des législatives en Seine-Maritime, a sonné la charge contre Florian Philippot dès ce lundi et dénoncé "les voix discordantes au sein du parti" : "Les prochains mois pourront être consacrés à élaborer une stratégie pour être plus rassembleurs, à s'interroger sur notre programme et notre organisation. L'euro fait effectivement partie des sujets très dissuasifs pour une partie de notre électorat.”

Florian Philippot a répondu du tac au tac, ce lundi sur Europe 1 : "Moi je suis arrivé en tête dans ma circonscription, je ne me sens visé en rien. Chacun a sa part de responsabilité, y compris ceux qui ont dirigé la campagne de cette législative". Ambiance...

Partager cet article

Dans la même thématique

Législatives : douche froide pour le FN
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le

Législatives : douche froide pour le FN
3min

Politique

« Il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » juge la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly

En ce début d’année, un million de Français ont choisi de ranger leurs verres pour relever le défi du « dry january » ou « janvier sobre ». Une pause bienvenue dans un pays où l’alcool est omniprésent dans la vie sociale et reste responsable de milliers de morts chaque année. Souvent taboue et parfois accentuée par la pression sociale, l’addiction à l’alcool constitue un enjeu de santé publique majeur. Comment réduire les risques ? l’addictologue Delphine Moisan et la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly sont les invitées de l’émission Et la santé ça va ? pour en débattre.

Le

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le