Législatives : le Modem pourrait gagner le jackpot
69 candidats Modem sont encore en lice pour le second tour de l’élection présidentielle. Un score inattendu, qui pourrait permettre aux centristes alliés de La République en marche de constituer leur propre groupe à l’Assemblée nationale.

Législatives : le Modem pourrait gagner le jackpot

69 candidats Modem sont encore en lice pour le second tour de l’élection présidentielle. Un score inattendu, qui pourrait permettre aux centristes alliés de La République en marche de constituer leur propre groupe à l’Assemblée nationale.
Public Sénat

Par Alice Bardo

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« Personne ne s’y attendait », confie Marc Fesneau, secrétaire général du Mouvement démocrate (Modem) et candidat dans la première circonscription du Loir-et-Cher. Et pour cause, le parti de François Bayrou, créé en 2007, n’a que deux députés depuis 2012 et n’en avait que trois lors de la précédente législature (2007-2012). Dimanche dernier, 69 des 75 candidats Modem ont franchi l’étape du premier tour.

« On a bénéficié de la dynamique présidentielle », admet Marc Fesneau. Forts de l’alliance conclue entre François Bayrou et Emmanuel Macron avant la présidentielle, les candidats Modem investis par le parti du Président bénéficient, pour faire campagne, du « label » REM. Une aubaine au vu du score des candidats « En marche » au premier tour.

L’affaire n’était pourtant pas gagnée d’avance. Ce n’est qu’à l’issue de négociations serrées que le maire de Pau avait obtenu l’investiture de 75 candidats de ses troupes. Il en réclamait une centaine, le Président avait plutôt tablé sur une trentaine. Le curseur a été placé au centre.

Avec 69 candidats encore en lice, le Modem est quasi assuré de pouvoir constituer un groupe à l’Assemblée (le seuil est de 15 députés). Marc Fesneau parie sur « une cinquantaine » de députés élus. Autant qu’il y a de candidats du Mouvement démocrate en ballottage favorable, précise-t-il. Lui-même devance de 20 points son adversaire frontiste dans la première circonscription du Loir-et-Cher.

« On veut conserver notre identité propre »

Mais pourquoi est-ce si important pour les centristes emmenés par François Bayrou de constituer leur propre groupe alors même qu’ils sont « complètement dans la majorité » présidentielle de l’aveu du secrétaire général du Modem ? Encore ce matin, le ministre de la Justice le confirmait : « Je ne cherche pas à être latéral dans la majorité, je cherche à être central dans la majorité, enfin je veux dire le Modem cherche à être central dans la majorité. »

 « On veut conserver notre identité propre », explique Marc Fesneau. Et peut-être aussi bénéficier des avantages que confère aux partis politiques qui possèdent un groupe au Palais Bourbon. À commencer par les aides publiques : chaque voix collectée par un parti au premier tour des législatives lui rapportera 1,42 € par an, pendant toute la durée de la mandature, à la condition qu’il ait recueilli au moins 1% des suffrages exprimés dans au moins 50 circonscriptions. Au premier tour, le Modem avait obtenu 4,12% des suffrages exprimés, dans 69 circonscriptions. La somme pourrait cependant être diminuée si la règle de la parité n’a pas été respectée dans les candidatures. 

Chaque parti ayant un groupe à l’Assemblée bénéficiera également d’une enveloppe de 37 280 euros par an et par député.

15 millions d'euros en cinq ans ?

Étant donné qu’il a obtenu 932 227 voix au premier tour, le Modem, s’il arrive à constituer un groupe de 50 députés comme son secrétaire général l’ambitionne, pourrait recevoir la somme de 15 millions d’euros en cinq ans. Dans ces conditions, difficile de croire que seule la conservation de son « identité propre » motive le Modem à constituer son propre groupe… Qui plus est pour un parti qui n’a encore jamais eu plus de trois députés  au Palais Bourbon.

D’autant qu’aux avantages financiers s’ajoute la possibilité pour un groupe de demander un scrutin public ou une suspension de séance, celle de bénéficier d’un temps de parole (réparti en fonction de l’effectif du groupe), et, pour le président de groupe, celle de siéger à la Conférence des présidents. Les membres du groupe peuvent également siéger au sein des commissions permanentes. Depuis la révision constitutionnelle de 2008, un groupe à l’Assemblée peut fixer l’ordre du jour d’une séance par mois et proposer, une fois par session ordinaire, la création d’une commission d’enquête. Enfin, des bureaux et salles de réunion sont mis à leur disposition.

Mais comme le souligne Marc Fesneau, rien n’est gagné d’avance : « Tout comme un ballottage défavorable peut se gagner, un ballottage défavorable peut se perdre. Il faut être prudent. » Les candidats Modem ont toutefois l’avantage de n'avoir aucun député REM face à eux, contrairement aux autres partis.

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