Les Français, démobilisés à l'issue d'une longue séquence électorale, ont boudé les urnes pour le second tour des législatives, marqué par une...
Législatives: les Français boudent les urnes
Les Français, démobilisés à l'issue d'une longue séquence électorale, ont boudé les urnes pour le second tour des législatives, marqué par une...
Par Sylvie GROULT
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Les Français, démobilisés à l'issue d'une longue séquence électorale, ont boudé les urnes pour le second tour des législatives, marqué par une abstention historiquement élevée qui ternit la victoire de la République en Marche d'Emmanuel Macron.
Plus haute encore qu'au premier tour le 11 juin (51,29%), l'abstention a atteint dimanche 56,83%, selon des résultats presque définitifs, soit 12 points de plus qu'au second tour de 2012, déjà un record à 44,60%.
Catherine Barbaroux, présidente par intérim du mouvement d'Emmanuel Macron, a tiré la leçon de cette faible mobilisation. "Nous accueillons cette victoire avec beaucoup de lucidité, de responsabilité et d'humilité", a-t-elle reconnu, alors que la REM a remporté à l'Assemblée nationale une majorité absolue moins large qu'attendue.
"La faible participation qui se traduit aussi par la moindre mobilisation de nos électeurs, témoigne du travail qui nous attend aux côtés de nos élus, du Premier ministre et du gouvernement pour mobiliser, rassembler et réconcilier", a déclaré Catherine Barbaroux.
- Démobilisation et lassitude -
Pour le chef de file des sénateurs Les Républicains, Bruno Retailleau, ce haut niveau d'abstention "est une mauvaise nouvelle pour la démocratie comme pour la nouvelle majorité présidentielle. Ce soir, Emmanuel Macron est un colosse aux pieds d'argile".
Abstention record aux législatives
AFP
La participation est traditionnellement plus faible aux législatives qu'à la présidentielle. Mais cette année, un désintérêt croissant des électeurs vis-à-vis de la politique, cumulé à une vague pro-Macron annoncée par les instituts de sondage, auront donné à ce second tour le niveau d'abstention le plus élevé depuis 1958, lors des premières législatives de la Ve République.
A l'issue d'une séquence particulièrement longue, qui a vu se succéder les élections primaires de la droite fin 2016, de la gauche en janvier, avant la présidentielle des 23 avril et 7 mai, puis les législatives, la démobilisation des électeurs a atteint ce dimanche un niveau record.
"Une fois de plus la présidentielle écrase les législatives", note Yves-Marie Cann, de l'institut Elabe. "Il n'y a pas de suspense. Il n'y a plus l'enjeu de savoir si la République en marche aura la majorité."
Même parmi les électeurs qui avaient choisi de se déplacer, le sentiment que les jeux étaient déjà faits était fort.
"Je vais voter même si c'est fait d'avance, c'est seulement par acquit de conscience. Je me sens quand même obligée de me déplacer car c'est un devoir selon moi", témoignait Laurence Michel, une enseignante de 54 ans, dans un bureau de vote de Lyon.
Outre les facteurs propres à tout second tour, la forte poussée du mouvement d'Emmanuel Macron dès le premier tour a pu démobiliser encore davantage les électeurs des candidats éliminés dimanche dernier.
- Pas de "chèque en blanc" -
"A travers l'abstention, les électeurs disent qu'ils sont distants vis-à-vis de l'élection, se disent 'oui, on est favorable aujourd'hui au renouvellement, mais on a pas forcément compris le projet de renouvellement d'Emmanuel Macron'", analyse Jean-Daniel Lévy, de l'institut Harris intaractive.
Les Français, estime-t-il, ont pu en s'abstenant laisser au chef de l'Etat le bénéfice du doute, d'autant que l'affaiblissement des forces politiques traditionnelles ne les incite guère à la mobilisation.
"Ils se disent 'dans ce contexte, on va lui laisser la possibilité de pouvoir mener à bien son projet et on va voir comment on va réagir par la suite'". "Ce n'est pas un blanc-seing complet", souligne-t-il. "Mais il n'y a pas de front du refus. Les Français ne se résignent pas complètement mais n'ont pas trouvé d'acteur politique susceptible de créer en engouement suffisant".
Pour Yves-Marie Cann, cette abstention inégalée devra inciter le camp des gagnants à la modestie, malgré la majorité qui donnera au chef de l'Etat les outils pour mener sa politique, à commencer les ordonnances controversées réformant le Code du travail.
"C'est une victoire massive qui s'inscrit dans un contexte de démobilisation tout aussi massive", relève-t-il. "Cela oblige le camp des vainqueurs à faire preuve de beaucoup d'humilité. L'erreur politique majeure serait de trop fortement crier victoire et de considérer que les Français lui ont laissé un chèque en blanc."
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