Les « gilets jaunes » toujours sans débouché politique
Un an après, les "gilets jaunes" n'ont toujours pas trouvé de débouché politique, en raison de leur refus de la représentation, de leur...

Les « gilets jaunes » toujours sans débouché politique

Un an après, les "gilets jaunes" n'ont toujours pas trouvé de débouché politique, en raison de leur refus de la représentation, de leur...
Public Sénat

Par Anne RENAUT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Un an après, les "gilets jaunes" n'ont toujours pas trouvé de débouché politique, en raison de leur refus de la représentation, de leur difficulté à transformer leurs revendications en propositions, et d'une grande défiance vis-à-vis des "autres", avancent des politologues.

Aux élections européennes en mai, les deux listes issues du mouvement de contestation sociale, "Alliance jaune" conduite par le chanteur Francis Lalanne et "Evolution citoyenne" menée par Christophe Chalençon, n'ont recueilli respectivement que 0,54% et 0,01% des voix.

Quant aux listes qui avaient intégré en leur sein une ou des figures des "gilets jaunes", aucune n'est parvenue à franchir le seuil des 5% qui permet d'envoyer un représentant au Parlement européen.

"Très rapidement on voit que les +gilets jaunes+ ne trouvent pas de débouché politique. Des janvier-février, certains disent qu'il faut s'organiser pour les européennes, ça a été tout de suite le tollé", comme autour d'Ingrid Levavasseur, qui a été injuriée et a renoncé à monter une liste, rappelle le politologue Pascal Perrineau.

Francis Lalanne à Metz, le 4 mai 2019
Francis Lalanne à Metz, le 4 mai 2019
AFP

"Les gilets jaunes refusent la notion même de représentation. Ils sont pris dans une contradiction: ils sont tellement basistes, tellement en faveur d'une démocratie directe, où toute représentation serait une trahison, qu'ils se privent des moyens d'avoir des débouchés politiques", ajoute M. Perrineau, qui va publier en novembre "Le grand écart, chronique d'une démocratie fragmentée" (Plon).

- "Tempérament français" -

"C'est un très vieux tempérament français qui remonte à la Révolution: on considère que toute souveraineté déléguée n'est pas une souveraineté du peuple", note le spécialiste.

Outre l'aspect organisationnel, le mouvement né d'une protestation contre le prix des carburants qui s'est étendue à des revendications sur le pouvoir d'achat, la justice fiscale ou encore la participation politique, a échoué sur le plan idéologique à "porter un programme qui ferait consensus", ajoute Martial Foucault, directeur du Cevipof.

"Transformer une demande sociale née dans la rue en propositions presque partisanes suppose de maîtriser un certain nombre de codes politiques. Et les +gilets jaunes+ n'ont pas trouvé les personnes pour les accompagner dans cette démarche", explique-t-il.

Ils ont pourtant socialisé sur les ronds-points et pourraient "faire de la politique autrement" que par les urnes, à l'instar des marches pour le climat des jeunes ou de Nuit debout, mais "ça demande beaucoup de maturité et de temps", souligne le politologue.

A défaut d'inventer leur espace, les "gilets jaunes" s'en sont donc "remis à d'autres" partis et c'est le Rassemblement national qui a récupéré électoralement la mise, rappelle M. Perrineau. Sur 100 personnes qui se sentaient proches des "gilets jaunes", 44 ont voté pour le RN aux européennes le 26 mai, selon l'Ifop.

- Confiance "très faible" -

Ingrid Levavasseur, une figure des gilets jaunes le 15 janvier 2019 à Paris lors d'une manifestation
Ingrid Levavasseur, une figure des gilets jaunes le 15 janvier 2019 à Paris lors d'une manifestation
AFP/Archives

Martial Foucault, co-auteur de l'essai "Les Origines du populisme" (Seuil, août 2019), a observé pour sa part que les soutiens des "gilets jaunes" qui ont voté RN avaient un niveau de confiance vis-à-vis des autres "très faible", à l'inverse de ceux qui ont voté LFI.

"Quand on n'a pas confiance envers autrui, comment peut-on avoir confiance dans la capacité d'un Etat à redistribuer ? Parce qu'on va dire +ce n'est pas pour nous, c'est pour les autres+", en l'occurrence les immigrés, explique-t-il.

En outre, la répétition des samedis de manifestations, marquées le plus souvent par des violences, ont généré un "phénomène d'usure" et "un effondrement des effectifs", note M. Perrineau, réduisant d'autant la possibilité d'un débouché politique.

Si certains "gilets jaunes" se présentent aux municipales de mars 2020, "ça restera marginal", selon lui.

Francis Lalanne voudrait présenter des listes mais ne sait pas encore dire où ni combien. Il explique son échec aux européennes par "une propagande des médias présentant les +gilets jaunes+ comme des barbares. Ca a créé une peur" au moment du vote, selon lui.

Le "gilet jaune" Jean-François Barnaba, qui avait rallié la liste des Patriotes de Florian Philippot, ancien bras droit de Marine Le Pen, avance que "l'électorat mécontent a voté utile, contre Macron", soit pour la liste du RN au lieu de la sienne.

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le