Les humoristes politiques brouillent les codes
Les humoristes politiques brouillent les codes des journaux radio et émissions politiques à l'heure de la présidentielle en pratiquant, selon...

Les humoristes politiques brouillent les codes

Les humoristes politiques brouillent les codes des journaux radio et émissions politiques à l'heure de la présidentielle en pratiquant, selon...
Public Sénat

Par Laurence THOMANN

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Les humoristes politiques brouillent les codes des journaux radio et émissions politiques à l'heure de la présidentielle en pratiquant, selon les experts, un "journalisme engagé" qui leur vaut aussi des critiques.

Quand Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek (France Inter et Paris première), tous deux journalistes de formation, manient l'humour dans un journal ou une émission politique, il y a un "brouillage parfait des codes", fait valoir Isabelle Veyrat-Masson, chercheuse au CNRS. "Et ça c'est nouveau", dit-elle.

Ils complètent la parole journalistique, selon elle, et signent "l'apparition d'un nouveau journalisme", traitant de questions sérieuses de politique ou de société "sur un ton et un vocabulaire nouveaux".

L'humour "éclaire les faits de façon aussi pertinente que les éditocrates et il fait fonction de lubrifiant social dans les situations les plus délicates", écrit Charline Vanhoenacker dans son livre "Bonjour la France".

L'humoriste Nicole Ferroni à Paris, le 11 janvier 2017
L'humoriste Nicole Ferroni à Paris, le 11 janvier 2017
AFP

Les candidats à l'élection présidentielle n'apprécient pas toujours. En octobre, à l'issue d'une intervention de Charline Vanhoenacker dans l'Emission politique sur France 2, François Fillon (LR) avait déclaré "n'être pas totalement convaincu que ce soit particulièrement approprié de conclure une émission politique de cette manière".

Les chroniques de l'humoriste Nicole Ferroni, sur France Inter sont "de vrais éditos", juge Isabelle Veyrat-Masson, pour qui "ce n'est que le ton et le vocabulaire qui les distingue".

- 'collabo de la rigolade' -

Ce "nouveau journalisme" fait son apparition alors que le paysage de l'humour politique a totalement changé, explique Christian Delporte, historien de la presse.

"+Les Guignols de l'info+, c'est fini, Guy Bedos est trop vieux, il n'y a plus de chansonnier comme Jean Amadou", dit-il à l'AFP.

Mais, pour cet historien, l'humoriste-journaliste c'est une tradition bien française. "On la retrouve dans la presse écrite avec Plantu" et ses dessins en première page du très sérieux quotidien Le Monde, poursuit-t-il.

Le dessinateur emblématique du Figaro, Jacques Faizant (1918-2006), "a eu le premier ce statut de caricaturiste éditorialiste" et se considérait d'ailleurs lui-même davantage comme un journaliste que comme un caricaturiste, souligne Christian Delporte.

"J'ai coutume de dire que les humoristes politiques sont des journalistes de complément", dit à l'AFP l'humoriste Didier Porte, sur Europe 1 depuis la rentrée.

L'humoriste Alex Vizorek à Paris, le 9 janvier 2017
L'humoriste Alex Vizorek à Paris, le 9 janvier 2017
AFP

Il souligne cependant les limites de son métier: "Nous sommes des francs-tireurs, on peut ouvrir un peu la voie de temps en temps, mais aucun humoriste n'a jamais fait tomber un politique". "Médiapart a fait tomber (Jérôme)Cahuzac".

L'humoriste Alex Vizorek, lui, se souvient d'avoir chargé Vincent Peillon, auteur de romans policiers, sur France Inter. "Mais qui a tué le parti socialiste ? J'essayais de trouver le coupable...". "L'idée est de surprendre les gens". Et de les faire rire aussi.

"C'est plus complexe avec l'extrême-droite", selon lui, "on court le risque d'être perçu en collabo de la rigolade".

Partager cet article

Dans la même thématique

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Les humoristes politiques brouillent les codes
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le