Les opposants à Strasbourg relancent la bataille du siège du Parlement européen

Les opposants à Strasbourg relancent la bataille du siège du Parlement européen

L'interminable bataille du siège du Parlement européen, réparti entre Bruxelles et Strasbourg, est relancée par des attaques de...
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Par Céline LE PRIOUX, Marie JULIEN

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L'interminable bataille du siège du Parlement européen, réparti entre Bruxelles et Strasbourg, est relancée par des attaques de dirigeants européens, dont Angela Merkel, contre la capitale de l'Alsace, et pousse des élus français à monter au créneau.

Pour la première fois dans l'histoire de la construction européenne, un dirigeant allemand a lâché la France sur Strasbourg: "Je pense que le Parlement européen doit concentrer son travail sur un seul site", a déclaré récemment la chancelière Merkel, au cours d'une réunion du Parti populaire européen (PPE, droite, parti majoritaire au Parlement européen) à Munich (sud de l'Allemagne).

"Je sais quels problèmes je cause, à la France et au Luxembourg (qui accueille des services administratifs du Parlement, ndlr), mais je pense qu'à la longue, cela ne renforce pas sa capacité d'action", a-t-elle expliqué. Un plaidoyer repris par son collègue autrichien, Sebastian Kurz, également conservateur, lors de la même réunion.

"De telles prises de positions demandent une réponse forte de la France, proportionnelle aux attaques qu’elle subit", a rétorqué l'eurodéputée alsacienne Anne Sander (PPE), dans un courrier adressé mercredi à Emmanuel Macron.

Mme Sander appelle le président français à faire une "déclaration sans concession pour réaffirmer l’attachement de la France au siège du Parlement européen et son opposition totale à toute renégociation des traités".

"Une déclaration ferme et sans équivoque" de l'Elysée, c'est aussi ce que juge "indispensable" le président socialiste de l'Eurométropole de Strasbourg, Robert Herrmann, "stupéfait" de cette "déclaration brutale" de la chancelière allemande.

"Fragiliser Strasbourg, c’est fragiliser l’édifice européen!", a tweeté de son côté Fabienne Keller, sénatrice LR et ancien maire de Strasbourg.

Favorable à un siège unique du Parlement, mais à Strasbourg, l'actuel maire socialiste de la ville, Roland Ries, préfère parler, lui, d'une "maladresse de communication" de Mme Merkel et demande de rester "serein et confiant".

"Il y a certes une campagne des Européennes qui s'annonce, mais toute cette agitation et surtout l'instrumentalisation de la question du siège dans le débat par de potentiels candidats ne peuvent qu’affaiblir la position de Strasbourg", a-t-il regretté dans un communiqué.

- Serpent de mer -

L'Elysée n'a pas encore réagi, mais la ministre française des Affaires européennes Nathalie Loiseau a affirmé que "la chancelière n'a jamais abordé ce sujet avec le président de la République lors de leurs nombreuses conversations".

"Notre position est bien connue: le statut de capitale parlementaire de Strasbourg est essentiel", a rappelé Mme Loiseau dans une déclaration à l'AFP, soulignant que "le statut de capitale européenne de Strasbourg est intangible et non négociable".

Nourrie par un retard de six heures lundi -- dû à une panne électrique -- du TGV de Bruxelles qui amenait des députés et des fonctionnaires européens en Alsace, la bataille du siège est un serpent de mer.

Selon les traités européens, l'institution a son siège à Strasbourg, où se tiennent douze sessions plénières de trois jours et demi par an. Mais le reste du temps, les eurodéputés travaillent à Bruxelles où sont organisées des mini-sessions et où se réunissent les commissions spécialisées.

Les partisans du siège unique à Bruxelles dénoncent inlassablement le coût financier et écologique de cette transhumance d'environ 2.500 personnes, et le fait que l'immense complexe strasbourgeois est utilisé quatre jours par mois seulement.

Emmené par l'eurodéputée suédoise Anna Maria Corazza Bildt (PPE), qui juge "très positive" la déclaration d'Angela Merkel, le mouvement "Single Seat" ("Siège unique") affirme que 76% des eurodéputés sont contre ces allers/retours Bruxelles-Strasbourg qui coûteraient 180 millions d'euros par an et émettraient 19.000 tonnes de CO2.

Mais une modification du siège du Parlement nécessiterait une modification des traités et donc l'unanimité des 28 Etats membres.

Au nom du respect des traités, la Cour de justice de l'UE à Luxembourg avait d'ailleurs retoqué fin 2012 une initiative des "anti-Strasbourg" pour réduire le nombre de sessions dans la capitale alsacienne.

Interrogé par l'AFP, le chef du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber, plaide aussi pour "avoir un seul site sur le long terme". "Mais cela doit être au Parlement lui même de décider" et non aux gouvernements.

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