Les ordonnances: procédure classique mais mal vue des parlementaires
La procédure des ordonnances, à laquelle le gouvernement va recourir pour réformer le code du travail, est assez courante et...

Les ordonnances: procédure classique mais mal vue des parlementaires

La procédure des ordonnances, à laquelle le gouvernement va recourir pour réformer le code du travail, est assez courante et...
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

La procédure des ordonnances, à laquelle le gouvernement va recourir pour réformer le code du travail, est assez courante et permet à l'exécutif d'éviter de longs débats, mais reste mal vue des parlementaires dont le rôle en est amoindri.

- L'article 38 -

Le recours aux ordonnances est prévu par l'article 38 de la Constitution de 1958.

Le Parlement vote d'abord une loi d'habilitation, qui précise sur quels sujets et pendant quelle période le gouvernement peut prendre des ordonnances.

Celles-ci sont adoptées en Conseil des ministres, après avis (consultatif) du Conseil d'Etat, et signées par le président de la République.

En 1986, durant la première cohabitation, François Mitterrand avait refusé de signer les ordonnances de son Premier ministre Jacques Chirac, prévoyant la privatisation de 65 groupes industriels. Ce dernier l'avait alors accusé de "s'opposer à la volonté des Français".

- Ratification par le Parlement -

Une ordonnance entre en vigueur dès sa publication au Journal officiel, mais elle doit être ensuite ratifiée par le Parlement, faute de quoi la loi devient caduque.

Le Parlement est donc obligatoirement consulté au début et à la fin de la procédure, mais est de fait écarté des débats sur le contenu de la loi ce que nombre de députés déplorent.

- Promesse de campagne -

L'usage des ordonnances pour cette réforme est une promesse de campagne d'Emmanuel Macron, qui a évolué sur le sujet puisqu'il déclarait encore le 25 novembre 2016: "Je ne crois pas une seule seconde aux cent jours et à la réforme par ordonnances".

Mais en avril 2017, il justifiait ce recours pour modifier "dès l'été" plusieurs points du droit du travail, y voyant le moyen "d'accélérer les débats", de "simplifier le droit du travail et décentraliser la négociation". Le Conseil des ministres doit donc adopter mercredi la loi d'habilitation à légiférer par ordonnances sur le code du travail.

- De nombreux précédents -

La plupart des gouvernements de la Ve République ont eu recours aux ordonnances, à commencer par le général de Gaulle et son Premier ministre Michel Debré en 1960 pour maintenir l'ordre en Algérie.

En 1982, Pierre Mauroy (PS) s'en est servi pour instituer les 39 heures, la 5e semaine de congés payés et la retraite à 60 ans, puis l'année d'après pour entériner le plan signant le tournant de la rigueur.

En août 1993, durant la deuxième cohabitation, Edouard Balladur a utilisé cette procédure pour réformer les retraites.

Alain Juppé (RPR) l'a utilisée en 1996 pour sa réforme très contestée de la Sécurité sociale, tout comme Dominique de Villepin pour son "plan d'urgence" pour l'emploi en 2005.

Plus récemment, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont tous deux recouru aux ordonnances.

"Entre 2004 et 2013 (10 années), 357 ordonnances ont été publiées sur le fondement de l'article 38, soit 2,3 fois plus que le nombre d'ordonnances publiées entre 1984 et 2003 (20 années)", note un rapport du Sénat.

Nombre d'ordonnances servent aussi à transposer des directives européennes.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Press conference of the new Year of Jordan Bardella
9min

Politique

Jordan Bardella n’exclut pas des listes « d’union » au second tour des municipales : « Un piège » pour nuire à la droite, mettent en garde les LR

Alors que le président du RN n’exclut pas de « tendre la main » au second tour des municipales, pour faire barrage « à l’extrême gauche », plusieurs LR s’opposent clairement à tout rapprochement avec le parti d’extrême droite. Mais la ligne n’est pas unanime et certains, comme le sénateur LR Etienne Blanc, ne seraient « pas choqués une seconde » par « un désistement de la liste la moins bien placée », y compris en faveur du RN, pour « faire barrage à la gauche ».

Le

Paris : Session of questions to the government at the Senate
7min

Politique

Programmation pluriannuelle de l’énergie : le choix d’un décret par Sébastien Lecornu, passe mal au Sénat

Dans une interview donnée à la presse quotidienne régionale ce week-end, Sébastien Lecornu a tranché sur la forme que prendra la nouvelle feuille de route énergétique de la France. Alors qu’un texte d’origine sénatorial n’a toujours pas terminé son parcours législatif, le Premier ministre annonce la publication d’un décret d’ici la fin de la semaine.

Le

Boulogne: David Lisnard reunion publique
4min

Politique

Mariage sous OQTF : «  Il est indispensable de faire adopter une modification législative », alerte David Lisnard

A un peu plus d’un mois des élections municipales, le président de l’Association des maires de France a adressé un courrier au Premier ministre pour évoquer les « injonctions contradictoires » en matière de mariage pour les personnes sous OQTF. Contraints par le droit de célébrer les mariages, certains maires s’opposant à l’union d’un étranger sur le sol français se retrouvent piégés dans un imbroglio juridique, estime David Lisnard.

Le

Justice Department Jeffrey Epstein
4min

Politique

Affaire Epstein : pourquoi le Parquet national financier a-t-il ouvert une enquête visant Jack Lang et sa fille Caroline ?

Mentionné dans l'affaire Epstein, Jack Lang a démissionné de la présidence de l’Institut du Monde Arabe, le samedi 7 février. En parallèle, le Parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant l’ancien ministre de la Culture et de sa fille Caroline Lang dans une société offshore fondée par le pédocriminel Jeffrey Epstein.

Le