A droite comme à gauche, les élections primaires n'ont pas donné les résultats escomptés par les partis qui les ont organisées et le maintien de...
Les primaires victimes de l’élection présidentielle ?
A droite comme à gauche, les élections primaires n'ont pas donné les résultats escomptés par les partis qui les ont organisées et le maintien de...
Par Dominique CHABROL
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Publié le
A droite comme à gauche, les élections primaires n'ont pas donné les résultats escomptés par les partis qui les ont organisées et le maintien de ce système inspiré du modèle américain est loin d'être assuré au terme d'une campagne chaotique.
Quel avenir pour les primaires en France ? De l'avis de François Hollande: aucun. "De cet épisode, je tire une conclusion: il ne doit plus y avoir de primaires dans les partis de gouvernement", affirme-t-il dans son récent entretien au Point.
En petit comité, le chef de l'Etat est catégorique : "La primaire en soi est destructrice. Je pense qu'il n'y aura plus jamais de primaire dans les partis de gouvernement, c'est terminé".
François Fillon serre la main de son concurrent malheureux à la primaire de la droite et du centre, Alain Juppé, à Paris le 27 novembre 2016
AFP/Archives
Analyse lucide ou ressentiment contre un système qui devait lui permettre de se relégitimer pour l'élection présidentielle et qui a au contraire contribué à son élimination de la course à l'Elysée ?
Trois des quatre candidats qui ont joué les premiers rôles dans la campagne - Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon - ne sont pas passés par la case primaire.
Présenté comme un "nouvel espace démocratique", le système des primaires a d'abord eu des effets positifs sur le débat électoral.
Le vainqueur de la primaire de la droite, François Fillon (d), et le maire de Bordeaux Alain Juppé, arrivé deuxième du scrutin, au siège de la Haute autorité de la primaire, à Paris, le 27 novembre 2016
AFP
"Les deux primaires ont été les moments de la campagne où on a vraiment eu l’émergence de propositions et de vrais débats d'idées", selon Adelaïde Zulfikarpasic, directrice de BVA Opinion.
C'est aussi la période - novembre, décembre, janvier - où les Français interrogés par les instituts de sondage se sont dits le plus intéressés par la campagne, avec une forte mobilisation des électeurs, à droite mais aussi à gauche, et des débats télévisés très suivis.
- Retour en arrière ? -
A l'opposé, en prolongeant la campagne de plusieurs mois, les primaires ont renforcé la lassitude des électeurs. "L'effet le plus négatif, c'est l'allongement de la campagne. On rajoute deux mois à une campagne déjà considérée comme un peu longue par les électeurs", estime Daniel Boy, directeur de recherches au CEVIPOF (Sciences Po).
Benoît Hamon le 18 avril 2017 à Toulouse
AFP
Les difficultés rencontrées à droite et à gauche avec les primaires n'ont pas été de même nature.
A gauche, le socialiste Benoît Hamon, qui l'a emporté avec un programme très à gauche, n'a pas su rassembler les sympathisants de son propre parti et s'est effondré en quelques semaine à moins de 10% d'intentions de vote. Le processus a par ailleurs pâti de la décision de candidats à la primaire organisée par le PS - Manuel Valls, François de Rugy... - de ne pas respecter leur engagement à soutenir le vainqueur.
A droite, où la primaire était organisée pour la première fois et a débouché sur l'élimination de Nicolas Sarkozy puis d'Alain Juppé, les affaires judiciaires et la mise en examen de François Fillon notamment pour détournement de fonds publics ont ensuite fortement perturbé la campagne.
"Ce n'est pas un défaut de la primaire. La difficulté, c'est qu'on ne peut pas recommencer une primaire, si le candidat n'est plus considéré comme adapté par certains, on ne peut pas le remplacer", constate Daniel Boy.
Le vainqueur de la primaire de la droite, François Fillon (d), et le maire de Bordeaux Alain Juppé, arrivé deuxième du scrutin, au siège de la Haute autorité de la primaire, à Paris, le 27 novembre 2016
AFP
Si le candidat de la droite parvient à se hisser au second tour dimanche, son parcours aura été infiniment plus compliqué que sa victoire triomphale à la primaire ne le laissait envisager.
Et les deux principaux partis de gouvernement, le Parti socialiste et Les Républicains, sortent encore plus fragilisés de l'épisode.
"Dans la balance entre positif et négatif, les leçons à tirer ne sont pas forcément en faveur de la répétition de ce type de choix", juge Adelaïde Zulfikarpasic, pour qui "les primaires ne sont pas suffisamment installées dans la vie démocratique française pour empêcher tout retour en arrière".
Pour Daniel Boy en revanche, "il est très difficile de revenir sur quelque chose qui dans sa nature est démocratique. Par contre, les partis peuvent mieux l'organiser, l'éloigner davantage de l'élection pour qu'il n'y ait pas ce sentiment d'une campagne électorale interminable".
À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.
A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.
À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.
Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.