Les régionales prouvent que « la gauche n’est pas morte et doit continuer à travailler en vue de 2022 »
Au PS, on pense que la dynamique des écologistes « s’est tassée », après le premier tour des régionales où le PS se retrouve première force de gauche. Une lecture qu’on rejette chez les écologistes, où on pointe l’effet « prime aux sortants très forte ». C’est le rapport de force à gauche, en vue de la présidentielle, qui est aussi en jeu.

Les régionales prouvent que « la gauche n’est pas morte et doit continuer à travailler en vue de 2022 »

Au PS, on pense que la dynamique des écologistes « s’est tassée », après le premier tour des régionales où le PS se retrouve première force de gauche. Une lecture qu’on rejette chez les écologistes, où on pointe l’effet « prime aux sortants très forte ». C’est le rapport de force à gauche, en vue de la présidentielle, qui est aussi en jeu.
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On le sait, le premier tour des régionales s’est traduit par une prime aux sortants. Le PS en a profité en Nouvelle Aquitaine, en Occitanie ou en Bourgogne-Franche-Comté, où il est arrivé en tête. Mieux : le parti à la rose est arrivé en tête des forces de gauche, avec 15,8 % au plan national, devant EELV (13,2 %), qui a voulu se compter dans la majorité des régions.

De quoi rebattre les cartes à gauche, diront certains, en vue de la présidentielle de 2022. Après les relatifs bons scores d’EELV aux Européennes, où les écologistes ont largement devancé le PS, puis la percée des municipales, le parti de Julien Bayou pensait petit à petit modifier le rapport de force à gauche. En sa faveur bien sûr. Mais les régionales viennent rappeler que le PS n’a pas dit son dernier mot.

« Dans la grande famille des socialistes et des écologistes, le père de famille, c’est plutôt les socialistes ».

« Dans la grande famille des socialistes et des écologistes, si famille il y a, le père de famille, c’est plutôt les socialistes », sourit ce mardi Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat. Et si « la poussée verte a été réelle » aux municipales, « il y a aussi eu une poussée socialiste », rappelle Patrick Kanner (voir la vidéo). Même s’il ne « faut pas calquer une élection par rapport à une autre », « ces élections peuvent être un des éléments de détermination de celui ou de celle qui sera le mieux placé pour aller au combat de l’élection présidentielle », pense-t-il. Et pour l’ancien ministre de François Hollande, ça ne fait pas de doute, le ou la future candidate doit venir de ses rangs : « Je souhaite que ma famille politique soit représentée à la présidentielle, mais dans une logique d’union. Je pense que les Verts doivent être dans la même réflexion, mais à un moment donné, il faudra se mettre d’accord ».

« C’est la prime aux sortants qui ont fait du bon travail. Dans le cas de Marie-Guite Dufay, en Bourgogne-Franche-Comté, c’est aussi le bilan qui est reconnu », confirme le sénateur PS de Saône-et-Loire Jérôme Durain, président du groupe majoritaire de la région. Qui apporte une nuance : « On ne vote pas pour le poing et la rose, on vote pour un élu qui incarne des valeurs ». Le socialiste croit cependant que les écolos marquent le pas dans leur avancé. « Les écologistes étaient sur la dynamique des européennes et des municipales. Et force est de constater que tout ça a un peu bougé, ça s’est tassé », constate Jérôme Durain. Mais il l’assure, « le PS n’est plus hégémonique, ça fait bien longtemps qu’on a quitté cette disposition d’esprit ». Surtout, le PS ne pourrait plus se permettre de l’être. Le parti « n’a plus la prétention à être le patron de la gauche mais en revanche, on est une force centrale à gauche », continue le sénateur de Saône-et-Loire, qui veut voir ce que chacun peut apporter à l’union. « Il n’y a pas que nous. Il y a les élus communistes, le PRG, d’autres forces politiques. La présidentielle ne passera pas par une formation plutôt qu’une autre. Ce sera une offre politique », pour Jérôme Durain.

« La poussée verte est confirmée. Il y a une vraie adhésion »

Guillaume Gontard, président du groupe écologiste du Sénat, pondère la lecture d’un PS qui regagnerait des parts de marché électoral face aux écolos. Avec « une très faible participation, qui est plus qu’inquiétante », « forcément, il y a une prime aux sortants très forte. Et forcément, là où le PS est aux manettes, il a eu des résultats intéressants. Mais ce sont plutôt les écologistes qui sont arrivés en tête de la gauche, dans les régions de droite, comme en Auvergne-Rhône-Alpes, en Pays-de-la-Loire ou en Ile-de-France », corrige le sénateur de l’Isère. Pour Guillaume Gontard, en réalité, « la poussée verte est confirmée. Il y a une vraie adhésion ». Bref, chacun voit matière à satisfaction.

« Pour le moment, par rapport à 2015, nous avons quasiment doublé nos scores. Ce qui est un bon signe », ajoute la sénatrice EELV Esther Benbassa, « même si en 2015, nous avons fait un score assez faible ». « Aujourd’hui, on voit qu’on marque un peu le pas par rapport aux municipales », reconnaît la sénatrice de Paris, « mais les scores ne sont pas mauvais ».

« Entrer davantage dans le concret des gens et ne pas être dans une histoire d’ego »

Esther Benbassa insiste sur le « problème préoccupant de l’abstention, surtout des jeunes », qui font partie de l’électorat écolo. « Il faut se poser la question, réenchanter la politique », dit-elle, soulignant que « tout le monde est devenu vert, veut des transports ». « Les politiques doivent aussi entrer davantage dans le concret des gens et ne pas être dans une histoire d’ego », estime la sénatrice EELV. Elle ajoute : « Il faut être uni mais autour d’un programme. Entre personnes, ce n’est pas suffisant ».

Sur ce dernier point, le socialiste Jérôme Durain ne partage pas l’analyse. « Il y a le poids des personnes. Dans ma région, les écologistes ont dit que c’est l’écologie qui pouvait gagner. Nous, on a dit que c’est Marie-Guite Dufay qui pouvait gagner. Une incarnation, ça compte. Cela vaut pour les régionales, ça vaudra aussi pour la suite. Il faudra, à un moment, une fois le travail de fond réalisé, trouver celui ou celle qui porte. Les idées ont besoin d’un véhicule », pense ce proche d’Arnaud Montebourg, qui tente de faire entendre sa différence à gauche.

« Il n’y a pas de candidat qui suscite une adhésion extraordinaire »

Reste que pour l’heure, la gauche se retrouve confrontée, comme la droite, à un problème de leadership. « Il n’y a pas de candidat qui suscite une adhésion extraordinaire », admet un socialiste. A gauche, l’hypothèse Anne Hidalgo ne semble ne pas prendre pour l’heure, pas plus, du côté écolo, que celle d’un Yannick Jadot. Et Jean-Luc Mélenchon, qui déjà déclaré sa candidature pour LFI, devance dans l’immédiat les possibles autres protagonistes. Sans non plus exploser les compteurs.

A gauche, on s’accordera pour l’heure sur un point positif : sur le papier, elle a encore de beaux restes et n’est pas en si mauvaise forme. « Globalement, le bloc social et écologique est majoritaire, autour de 35 % », se réjouissait dimanche soir Patrick Kanner. « Les régionales replacent le bloc de gauche et écologiste, qu’on disait en perte de vitesse. On voit bien que ce n’est pas la réalité. Et c’est même la première force », confirme l’écolo Guillaume Gontard. Jérôme Durain voit aussi un signe d’espoir : « Ça prouve qu’il y a une disposition de l’électorat pour les idées de gauche, que la gauche n’est pas morte et doit continuer à travailler en vue de 2022. C’est un encouragement ».

« Il ne faut pas calquer une élection par rapport à une autre »

Encore faut-il s’entendre. Sinon, c’est l’échec assuré. « Socialiste et écologistes n’ont aucun intérêt à avoir deux candidats en 2022 car ce ne seraient que des candidats de témoignage », met en garde le président du groupe PS. Reste que 1+1 n’est pas toujours égal à 2 en politique. La liste d’union (PS, EELC, LFI) de Karima Delli l’a démontré dans les Hauts-de-France, avec moins de 20 % des voix. « Bien sûr, il faut une dynamique. Ce n’est pas un calcul arithmétique qui nous fera gagner. Il faut un projet, une stratégie d’alliance et une incarnation », résume Patrick Kanner. Le patron des sénateurs PS appelle au final à la prudence et à ne pas surinterpréter le sens des régionales. « Il ne faut pas calquer une élection par rapport à une autre », prévient-il. Dit autrement, « les régionales, ce sont les régionales, et la présidentielle, c’est la présidentielle. Il ne faut pas qu’on confonde ces deux élections, qu’on les superpose », confirme l’écologiste Esther Benbassa. Des bons scores aux régionales ne font pas le printemps à gauche. Certains y verront quand même un petit éclaircissement de l’horizon pour 2022.

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