Les socialistes veulent expérimenter un revenu de base dans 18 départements
Les parlementaires socialistes vont déposer une proposition de lois pour permettre aux départements d’expérimenter pendant trois ans un projet de revenu de base, fusion d’aides sociales existantes. Le texte sera débattu en mars en Sénat.

Les socialistes veulent expérimenter un revenu de base dans 18 départements

Les parlementaires socialistes vont déposer une proposition de lois pour permettre aux départements d’expérimenter pendant trois ans un projet de revenu de base, fusion d’aides sociales existantes. Le texte sera débattu en mars en Sénat.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Cela faisait des mois que plusieurs conseils départementaux, où la majorité est socialiste, planchaient sur la question du « revenu de base », un projet de fusion de plusieurs allocations existantes. Partis de cette initiative des élus locaux, les parlementaires socialistes ont présenté hier à l’Assemblée nationale une proposition de loi pour donner la possibilité aux départements, qui le souhaitent, d’expérimenter sur trois ans ce dispositif, en vertu de leur compétence sociale.

Le texte sera examiné par les députés le 17 janvier 2019, dans le cadre d’une niche parlementaire, un espace – rappelons-le – réservé dans chaque session, qui permet à chaque groupe politique de proposer des textes. Au Sénat la proposition de loi sera débattue le 6 mars.

Actuellement, 18 départements (et non plus 19) se sont portés volontaires pour mettre en œuvre temporairement cette idée. L’expérimentation sera très localisée, chaque département ciblera des bassins en particulier, à la manière du dispositif « territoires zéro chômage de longue durée ». À l’échelle de la France, l’expérimentation portera au total sur un échantillon de 60.000 personnes.

Un revenu versé dès l’âge de 18 ans

Dans ses grands principes, le versement du revenu de base sera automatique (sachant qu’à l’heure actuelle le taux de non-recours avoisine les 35%) : il ne sera plus nécessaire d’en faire la demande pour en bénéficier. Les Français pourront y prétendre dès l’âge de 18 ans, là où le versement du RSA n’intervient qu’à partir du 25e anniversaire (à l’exception de certains jeunes actifs et des parents isolés).

Le projet de loi prévoit deux scénarios, dont le choix sera laissé aux départements : une fusion entre le RSA et la prime d’activité, et un second scénario incluant les aides au logement (APL). Dans le premier cas, l’aide forfaitaire sera au minimum de 550 euros. Le plancher est fixé à 740 euros, dans le second cas. Le montant versé sera en tout cas dégressif, en fonction des revenus d’activité, pour être incitatif. Les promoteurs du projet défendent l’idée de ne pas perdre d’argent en cas de montée en puissance des revenus tirés du travail. Le seuil à partir duquel le versement du revenu de base s’arrêterait est estimé à 1500 euros.

Un revenu présenté comme « inconditionnel »

Contrairement au projet de « revenu universel d’activité » présenté par Emmanuel Macron le 13 septembre dans le cadre du plan pauvreté, le revenu de base imaginé par les parlementaires et présidents de départementaux socialistes ne sera pas conditionné à l’obligation de retrouver une activité. Dans son discours, le président de la République avait notamment précisé qu’il serait interdit de refuser plus de deux offres d’emploi « raisonnables ».

Cette « inconditionnalité » n’empêchera pas les bénéficiaires d’être accompagnés. Il y a une forme de « contrat social », explique Jean-Luc Gleyze, le président du Conseil départemental de la Gironde, « de manière à ce que nous réalisions l’accompagnement qui remet sur un parcours de vie ou un parcours professionnel ».

Revenu de base : Jean-Luc Gleyze défend l'idée d'un "contrat social"
00:40

Le surcoût pour les 18 départements qui prendraient part à l’expérimentation – conséquence de l’ouverture dès 18 ans par exemple  – est estimé au total à 18 millions d’euros sur trois ans. La proposition de loi prévoit notamment la création d’un fonds abondé par l’État pour compenser cette hausse dans les dépenses des départements.

Alors que la refonte des aides sociales est annoncée pour 2020, le Parti socialiste espère que le gouvernement entendra ses propositions. « Ce sera un bon test sur la volonté politique réelle de ce nouveau gouvernement de considérer que la solidarité n’est pas réservée qu’en faveur des plus favorisés mais doit aussi concerner l’ensemble des populations les plus en difficulté », a déclare le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner.

Revenu de base : « Ce sera un bon test sur la volonté politique réelle de ce gouvernement », déclare Kanner
00:47

Partager cet article

Dans la même thématique

Green party leaders attend Stephane Baly campaign rally in Lille
7min

Politique

Municipales 2026 : l’heure est à « l’introspection » chez les écologistes au lendemain de la perte de plusieurs grandes villes  

Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Annecy… les écologistes ont subi de nombreuses pertes aux élections municipales après leur percée de 2020. Le signe d’un parti qui peine, à l’inverse d’il y a six ans, à apparaitre comme une force motrice à gauche, à l’heure où les propositions écologiques locales sont reprises par ses adversaires, y compris à droite.

Le

Gregory Doucet,Municipal and metropolitan elections in Lyon Vote
6min

Politique

Municipales à Lyon : victoire à la Pyrrhus pour les écologistes, qui perdent la Métropole

La victoire de Grégory Doucet à Lyon a médiatiquement éclipsé la défaite des écologistes à la Métropole, alors que celle-ci dispose d’un budget et de compétences bien plus importantes. La droite conduite par Véronique Sarselli dispose d’une majorité confortable, si la coalition formée autour de Jean-Michel Aulas se maintient telle quelle.

Le

« Un parti déjà solide et bien implanté » : malgré la perte de Nice, Horizons consolide son assise dans les villes et met le cap vers 2027
7min

Politique

« Un parti déjà solide et bien implanté » : malgré la perte de Nice, Horizons consolide son assise dans les villes et met le cap vers 2027

Le parti fondé par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe à l’automne 2021 a remporté 17 villes de plus de 30 000 habitants aux élections municipales. Sa présence dans la France très urbaine est globalement stable, bien que marquée par la perte brutale de Nice, cinquième ville de France. Grâce à son maillage de petites villes, Horizons revendique une progression territoriale.

Le

Paris : Rachida Dati after the results of the first round of France s  2026 municipal elections of Paris
11min

Politique

« On a fait tout ce qu’il fallait faire pour perdre » : Rachida Dati, anatomie d’une cuisante défaite à Paris

ANALYSE – Rachida Dati a perdu son pari électoral dans la capitale, même si elle reste maire du 7e arrondissement. Entre les effets de bord de la loi PLM, qu'elle a elle-même soutenue, et les tensions locales avec Horizons et Renaissance malgré un passage au gouvernement, retour sur une campagne où la cheffe de file de la droite parisienne, réputée pour son franc-parler et sa détermination, semble avoir fini par se couper d’une partie de son électorat.

Le