Loi Avia : le Sénat rétablit sa version du texte et supprime le délit de « non-retrait » pour les plateformes Internet
Si les sénateurs ne veulent pas créer un nouveau délit en cas de « non-retrait » de contenus haineux sur Internet, ils maintiennent en revanche l’objectif d’un retrait en 24 heures pour les plateformes de type Facebook par une « obligation de moyens ».

Loi Avia : le Sénat rétablit sa version du texte et supprime le délit de « non-retrait » pour les plateformes Internet

Si les sénateurs ne veulent pas créer un nouveau délit en cas de « non-retrait » de contenus haineux sur Internet, ils maintiennent en revanche l’objectif d’un retrait en 24 heures pour les plateformes de type Facebook par une « obligation de moyens ».
Public Sénat

Par Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Faute d’accord en commission mixte paritaire entre députés et sénateurs, la proposition de loi Avia sur la lutte contre les contenus haineux sur Internet a fait son retour au Sénat pour une nouvelle et dernière lecture. Ce mercredi matin, en commission, les sénateurs ont rétabli leur version du texte. La proposition de loi a été ensuite adoptée par le Sénat en séance, en fin de journée.

Pouvoirs de contrôle du CSA plus étendus

La proposition de loi prévoit que les plateformes (type Facebook ou Twitter) et moteurs de recherche auront l'obligation de retirer les contenus « manifestement » illicites en 24 heures, sous peine d'être condamnés à des amendes jusqu'à 1,25 million d'euros. Sont visées les incitations à la haine, la violence, les injures à caractère racistes ou encore religieuses. Le texte est très critiqué par de nombreux acteurs, comme la Quadrature du Net mais aussi la Commission européenne.

Comme en première lecture, le Sénat a de nouveau supprimé la création de ce nouveau délit de non-retrait. Les sénateurs le jugent juridiquement fragile. Ils craignent aussi un risque de surcensure de la part des plateformes. La mesure pourrait « déléguer aux géants américains du numérique la police de la liberté d’expression » souligne la commission des lois dans un communiqué. Le Sénat garde l’objectif d’un retrait en 24 heures, mais préfère imposer une « obligation de moyens mise à la charge des réseaux sociaux et sanctionnées par le régulateur français : le CSA ». « Il disposera de pouvoirs de contrôle plus étendus (la communication des algorithmes) et d’un pouvoir de sanction renforcé (une amende administrative jusqu’à 4 % du chiffre d’affaires annuel) » précise le communiqué. Les sénateurs ont aussi exclu les moteurs de recherche du champ d’application de la loi.

Lutte contre « les usines à trolls »

Le Sénat a aussi rétabli en commission un amendement visant à lutter contre « les usines à trolls » pour mieux lutter contre la viralité. Amendement également pour favoriser l’interopérabilité entre plateformes, pour faciliter le passage de l’une à l’autre pour les victimes.

Les sénateurs ont aussi supprimé une mesure introduite à l’Assemblée qui vise à obliger à retirer, non pas en 24 heures, mais en une heure, les contenus à caractère terroriste ou pédopornographique notifiés par les autorités publiques, sous peine de lourdes sanctions pénales (un an de prison, 250.000 € d’amende, portés à 1.250.000 pour les personnes morales). Le rapporteur du texte au Sénat, le sénateur LR Christophe-André Frassa, « estime que la gravité du sujet mérite mieux que l'adoption précipitée d'un dispositif aussi fragile juridiquement » selon son amendement de suppression, arguant aussi du fait que des discussions sont encore en cours au niveau européen sur le sujet.

Les députés ayant le dernier mot, la proposition de loi fera son retour devant l’Assemblée nationale pour son adoption définitive. La majorité présidentielle pourra rétablir la version du texte du gouvernement.

Partager cet article

Dans la même thématique

Loi Avia : le Sénat rétablit sa version du texte et supprime le délit de « non-retrait » pour les plateformes Internet
2min

Politique

Mazarine Pingeot sur François Mitterrand : « J'étais insolente avec mon père »

Grandir dans l’ombre du pouvoir oblige à se construire autrement, a fortiori lorsque votre existence relève du secret d’Etat. Mazarine Pingeot, « fille cachée » de François Mitterrand y est parvenue. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, la philosophe publie ces jours-ci Inappropriable (ed. Climats Flammarion), un essai ambitieux sur la relation entre l’homme et l'intelligence artificielle. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle revient sur une enfance hors du commun.

Le

Loi Avia : le Sénat rétablit sa version du texte et supprime le délit de « non-retrait » pour les plateformes Internet
6min

Politique

Crise du Groenland : "Quand l'Europe montre ses muscles, Trump recule" se félicite l'eurodéputé Bernard Guetta

La tension est redescendue après l'inquiétante escalade de Donald Trump sur le Groenland. Mais l’épisode n’est peut-être pas clos, tant le contenu du fameux accord conclu à Davos reste opaque. Il a laissé des traces et beaucoup de questions. Emmanuel Macron parle d'un appel à un réveil stratégique pour les 27. À l'inverse, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a mis en garde les Européens contre toute tentation de divorce. Alors jusqu’où devons-nous et pouvons-nous nous émanciper des États-Unis ? Faut-il en particulier s’empresser de ratifier l'accord commercial conclu au mois de juillet ? Ici l'Europe ouvre le débat avec les eurodéputés Bernard Guetta (France, Renew), Zeljana Zovko (Croatie, PPE) et Rasmus Nordqvist (Danemark, Verts/ALE).

Le

Paris: Auditions candidats elections Mairie de Paris sur l exclusion
8min

Politique

Vent de fronde chez Les Ecologistes pour les municipales : une « manœuvre » de « déstabilisation » de LFI, dénonce le sénateur Thomas Dossus

A Paris, Montpellier ou Avignon, quelques élus des Ecologistes prennent leur distance avec le parti pour rejoindre LFI. Ils dénoncent la stratégie d’alliance locale avec le PS. « C’est marginal », minimise le sénateur Thomas Dossus, qui y voit un mouvement d’humeur « opportuniste » de certains. Malgré les tensions, il espère encore des rapprochements avec les Insoumis au second tour.

Le

Deplacement de Anne Rubinstein a Epide de Lyon Meyzieu
6min

Politique

Violence dans le périscolaire : « l’omerta » au cœur de la bataille municipale parisienne

Depuis plusieurs mois, les signalements d’agressions sexuelles et de comportements suspects se multiplient dans le périscolaire. L’enquête de Cash Investigation en a révélé les failles, derrière ce service public du quotidien, fréquenté chaque jour par des millions d’enfants, se dessine un système fragilisé, miné par la précarité des personnels, des contrôles défaillants et une responsabilité politique désormais au cœur de la bataille municipale parisienne.

Le