Loi sécurité : le Sénat durcit les peines pour les refus d’obtempérer, les rodéos urbains et les violences faites aux élus
C’est l’un des apports de la majorité sénatoriale de droite en commission. Ce jeudi, lors de l’examen en séance publique du projet de loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur (LOPMI), le Sénat a durci les peines pour trois délits en forte augmentation ces derniers mois.

Loi sécurité : le Sénat durcit les peines pour les refus d’obtempérer, les rodéos urbains et les violences faites aux élus

C’est l’un des apports de la majorité sénatoriale de droite en commission. Ce jeudi, lors de l’examen en séance publique du projet de loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur (LOPMI), le Sénat a durci les peines pour trois délits en forte augmentation ces derniers mois.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Il ne s’agit pas d’un texte sur la justice et pourtant la majorité sénatoriale LR a fait passer un nouvel article 7 bis en faveur d’un durcissement des peines pour trois délits. L’article 45 de la Constitution dispose que tout amendement pour être recevable, doit présenter un lien, même indirect, avec le texte.

Pour mémoire, le groupe socialiste n’est pas parvenu, en commission et en séance à faire passer un amendement visant à instaurer de juridictions spécialisées sur les violences sexuelles et sexistes, au motif que ce sujet concernait la justice.

Se défendant de toute interprétation à géométrie variable de cet article, rapporteur LR, Marc-Philippe Daubresse s’est senti obligé de préciser qu’il avait même refusé en commission un amendement du président du groupe Les Républicains, Bruno Retailleau.

« Améliorer la réponse pénale sur trois sujets essentiels »

Le rapporteur rappelle que ce sont les auditions qui ont conduit la commission à « améliorer la réponse pénale sur trois sujets essentiels » : le refus d’obtempérer en augmentation de 17 %, les violences faites aux élus en augmentation de 35 %, et les rodéos urbains. Pour ces derniers, « depuis le 1er janvier 2022, nous avons constaté 3808 infractions contre 2237 en 2021 sur la, même période », a précisé Gérald Darmanin constatant une très forte hausse du phénomène.

La version du Sénat réprime les violences faites aux élus sur les peines prévues de la même manière que les violences commises sur les forces de l’ordre ou les pompiers. Cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende, si elles ont entraîné une incapacité totale de travail pendant plus de huit jours.

Actuellement puni de 3 ans de prison et 15 000 euros d’amende, le refus d’obtempérer serait puni de 3 ans de prison et 30 000 euros d’amende avec une réduction de peine limitée. Gérald Darmanin a indiqué qu’il y avait un refus d’obtempérer « toutes les 20 minutes » en zone police ou gendarmerie.

Le nouvel article sanctionne, enfin, plus spécifiquement les rodéos urbains « qui exposeraient autrui à un risque de mort ou à une infirmité permanente ». La peine passerait à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende, contre un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende, hors circonstances aggravantes, actuellement.

Le ministre de l’Intérieur confirme le constat sur le fond mais s’interroge sur la forme. « C’est peut-être un cavalier législatif ». C’est pourquoi le gouvernement a émis un avis e sagesse sur l’ensemble des amendements à cet article.

A gauche, le sénateur socialiste Jérôme Durain s’est montré favorable à « à ce que les élus soient protégés au même titre que d’autres dépositaires de l’autorité publique ». « En revanche, nous estimons sur les refus d’obtempérer et sur les rodéos urbains que le simple durcissement des peines ne conduit pas à l’efficacité ».

« Une mesure d’affichage » pour la gauche

Guy Benarroche (écologiste) a alerté la commission sur l’impact de la diminution des crédits de peine pour les refus d’obtempérer. « C’est un des outils de gestion de la réinsertion qui est aussi le rôle de la prison ». Sur les rodéos urbains, le sénateur rappelle qu’une loi votée en 2018 prévoit déjà de les sanctionner, donc c’est plutôt une mesure d’affichage ».

À l’issue du débat, Jérôme Durain a indiqué que son groupe « prendrait ses responsabilités ». « Nous sommes extrêmement attachés à la défense du mandat d’élu mis en cause par des agressions verbales et physiques ».

Le groupe LR avait demandé un scrutin public sur cet article qui a été adopté par 37 voix contre 12.

Quelques minutes plus tard, le sénateur LR, Michel Savin est parvenu à faire adopter un amendement, malgré l’avis défavorable de la commission et un avis de sagesse du gouvernement, qui sanctionne spécifiquement les actes de violence gratuite. Il introduit dans le code pénal une nouvelle circonstance aggravante visant spécifiquement les agressions qui relèvent d’une « réaction disproportionnée de l’auteur qui s’est senti offensé par la victime ».

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Loi sécurité : le Sénat durcit les peines pour les refus d’obtempérer, les rodéos urbains et les violences faites aux élus
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Loi sécurité : le Sénat durcit les peines pour les refus d’obtempérer, les rodéos urbains et les violences faites aux élus
3min

Politique

« Ce sont des centaines de milliers de patients qui sont aujourd’hui en train de mourir », alerte ce médecin généraliste installé en Haute-Vienne

En France, neuf millions de personnes vivent dans un désert médical. L’augmentation de ce chiffre ne cesse d’inquiéter les professionnels de santé qui appellent le personnel politique à agir au plus vite, car derrière les statistiques se cache un véritable enjeu sanitaire. Raccourcir les parcours de formation des médecins ? Aller aux devants des patients avec des bus médicalisés ? Axel De Tarlé reçoit la sénatrice Corinne Imbert et le médecin généraliste Martial Jardel pour en débattre dans l’émission Et la Santé ça va ?.

Le

Documentaire De Gaulle, histoire d’un géant de Jean-Pierre Cottet
4min

Politique

Comment de Gaulle a construit l’image de la France dans le monde

États-Unis, Allemagne mais aussi Sénégal quand le monde apprend la démission du président de Gaulle en avril 1969, c’est une onde de choc politique. Celui qui était au pouvoir depuis 1958 avait en effet tissé des liens avec le monde entier. Construction d’une politique européenne pour se préserver notamment de l’influence de l’Amérique, décolonisation… Charles de Gaulle avait imprimé sa marque, ses opinions en matière de politique étrangère, laissant ainsi son héritage. C’est l’un des chapitres que nous propose de feuilleter le réalisateur Jean-Pierre Cottet dans le documentaire De Gaulle, histoire d’un géant diffusé sur Public Sénat.

Le