Longtemps son inspiratrice, Marine Le Pen veut profiter de l’expérience de son allié italien
Marine Le Pen, dont le parti a montré la voie à la droite nationaliste en Europe et a inspiré la Ligue italienne, table désormais...

Longtemps son inspiratrice, Marine Le Pen veut profiter de l’expérience de son allié italien

Marine Le Pen, dont le parti a montré la voie à la droite nationaliste en Europe et a inspiré la Ligue italienne, table désormais...
Public Sénat

Par Anne RENAUT

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Marine Le Pen, dont le parti a montré la voie à la droite nationaliste en Europe et a inspiré la Ligue italienne, table désormais sur l'expérience de son allié au pouvoir pour l'aider aux Européennes de mai 2019.

"Voter pour moi, c'est voter pour elle", vantait il y a cinq ans une affiche de la Ligue du Nord montrant Matteo Salvini, chef du parti italien d'extrême droite, aux côté de la présidente de ce qui était alors le Front national.

"Quand j'ai rencontré Matteo Salvini, la première fois, en 2014, la Ligue faisait 3%. Il était venu me voir à Paris, j'avais trouvé ce jeune homme très combatif et volontaire. Il m'avait demandé de faire un selfie avec lui, et les Italiens en avaient fait une affichette", raconte-t-elle .

Le FN, désormais Rassemblement national (RN), a longtemps été "le fer de lance de la droite nationaliste en Europe, alors que la Ligue était à ses débuts séparatiste. Et c'est en allant vers le logiciel du FN que la Ligue du Nord est devenu un parti nationaliste", explique le politologue Jean-Yves Camus.

Matteo Salvini impulse notamment une ligne sociale et adopte un positionnement national, rappelle Marine Le Pen.

Il est désormais celui qui a "amené au pouvoir une formule idéologique anti-immigration, anti-islam et eurosceptique", résume Gilles Ivaldi, chercheur au CNRS sur les populismes et l'extrême droite.

Au parlement européen aussi, la figure dominante au sein du groupe ENL (Europe des nations et des libertés) a toujours été le FN plutôt que la Ligue.

- Tweet en italien -

Mais Marine Le Pen n'a pas franchi la marche du pouvoir, alors que Matteo Salvini est devenu au printemps ministre de l'Intérieur et figure de proue d'un gouvernement de coalition avec la formation antisystème 5 Etoiles.

"Nos alliés italiens le font. Nous le ferons", pouvait-on lire en juin sur des visuels du RN déclinés au gré des premières décisions italiennes, du rejet des clandestins à celui des accords commerciaux multilatéraux comme le Ceta.

Le 26 août, Marine Le Pen a tweeté en italien pour apporter son "soutien" à Matteo Salvini face aux juges "qui veulent retirer le pouvoir au peuple".

Le ministre italien est visé par une enquête pour séquestration des migrants retenus à bord du navire Diciotti. Marine Le Pen est elle-même mise en examen dans une affaire d'emplois fictifs au Parlement européen, qui a poussé les juges à saisir au RN 2 millions d'euros.

Les ponts entre les deux formations vont bien au-delà de leurs déboires judiciaires. Marion Maréchal, la populaire nièce de Marine Le Pen, qui n'exclut pas un retour en politique, est devenue la compagne d'un des influents théoriciens de la Ligue, Vincenzo Sofo.

Le Niçois Philippe Vardon, ex dirigeant du mouvement radical Génération identitaire (GI) et promu à la direction du RN en mars 2018, est aussi un important relais.

- RN "marginalisé" -

Comme son allié italien et le Premier ministre national-conservateur hongrois Viktor Orban, Marine Le Pen s'inscrit dans un clivage entre "nationaux" et "mondialistes" au scrutin européen. La rencontre entre MM. Orban et Salvini mardi à Milan est à cet égard "fondatrice", selon elle.

Mais "ce qui manque à Marine Le Pen pour accéder au pouvoir, c'est de forger des alliances avec la droite", comme le FPÖ en Autriche ou comme Salvini avec Silvio Berlusconi, note M. Ivaldi.

Aux Européennes de 2014, "avec 25% des voix, le RN avait le leadership au niveau européen. Aujourd'hui, avec ses difficultés financières et les affaires, il apparaît marginalisé par un axe Orban-Salvini".

Marine Le Pen est désormais concurrencée sur le terrain des idées par le Républicain Laurent Wauquiez, à la tête d'une formation qui a déjà exercé le pouvoir, et par Nicolas Dupont-Aignan, qui entend incarner une alternative moins sulfureuse.

"Il ne faut pas surestimer les effets de contagion" à ces élections, qui se joueront sur la question migratoire mais aussi sur des thématiques propres à chaque pays, selon M. Ivaldi.

Reste que "la légitimité accrue des partis nationalistes en Europe sert le RN, car elle le sort du ghetto où les autres partis ont voulu le contenir", soutient Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos.

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