Lubrizol : le préfet de Normandie pointe les limites du système d’alerte

Lubrizol : le préfet de Normandie pointe les limites du système d’alerte

Suite à l’incendie spectaculaire de l’usine Lubrizol à Rouen, le préfet de Normandie a été auditionné par la commission d’enquête sénatoriale. Les sénateurs l’ont notamment interrogé sur les failles de la communication adoptée et sur la prise en charge des risques de toxicité.  
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Par Héléna Berkaoui

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Le préfet de la région Normandie a été auditionné par la Commission d’enquête sénatoriale chargée d’évaluer l’intervention des services de l’État dans la gestion de l’incendie de l’usine Lubrizol. À froid, les sénateurs cherchent à identifier les principaux dysfonctionnements et d’établir des recommandations pour améliorer la gestion de ce type d’incident. Sous le feu des questions, le préfet s'est montré évasif sur certains points. 

Le préfet de la région Normandie, Pierre-André Durand, a largement été interrogé sur les failles dans la communication de crise adoptée ce jour-là. Une sénatrice a évoqué « une communication de crise dépassée avec des messages contradictoires et flous qui auraient généré la défiance de la population ». Le préfet de Normandie n’a pas eu de difficulté à reconnaître que sur certains aspects, comme les sirènes, les dispositifs s’avèrent datés et mal adaptés.

« On a su passer du tocsin à la sirène au début du XIXe siècle, je pense qu’au XXIe siècle il faudrait, au moins sur les sites très industriels, que nous passions au cell broadcast »

Scène révélatrice, alors que Pierre-André Durand exposait les consignes à suivre lors du déclenchement d’une sirène, un sénateur l’interrompt : « Mais qui sait cela à part vous, Monsieur le préfet ? » À Rouen, deux sirènes situées près du site ont été activées à 7h45. Le préfet a expliqué n’avoir pas souhaité enclencher ces sirènes plus tôt ni activer toutes les sirènes par crainte de créer un vent de panique. « On a su passer du tocsin à la sirène au début du XIXe siècle, je pense qu’au XXIe siècle il faudrait, au moins sur les sites très industriels, que nous passions au cell broadcast », plaide le préfet de Normandie. Le cell broadcast permet, par le bornage des téléphones, d’envoyer des messages à tous les téléphones qui dépendent d’une zone.

Concernant la communication en direction des maires, Pierre-André Durand préconise de protocoliser le dispositif GALA (gestion de l'alerte locale automatisée). Un outil déjà existant mais qui mérite des améliorations d’après le préfet.

Lubrizol : « Sur la question des risques chroniques, je n’ai pas d’éléments particuliers à vous donner », répond le préfet de Normandie
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Face aux questions de la sénatrice de la Charente, Nicole Bonnefoy, concernant les risques de toxicité, le préfet est resté plus évasif. Faute « d’éléments particuliers », il ne lui a pas répondu sur la question des risques chroniques, invitant la sénatrice à questionner la DREAL (direction régionale de l’Environnement, de l’aménagement et du logement de Normandie). Le directeur de la DREAL sera auditionné cet après-midi par la même commission. Idem, concernant les fûts stockés dans l’usine responsables de l’odeur pestilentielle subie par les Rouennais. Le préfet ne connaît pas la composition chimique de ces fûts (voir la vidéo ci-dessus). 

Pierre-André Durand a également été amené à s’expliquer sur le retard avec lequel la liste des produits chimiques stockés dans l’usine a été portée à la connaissance du public. Selon le préfet, ce retard serait dû à l’exploitant qui par deux fois a transmis des « listes illisibles » aux autorités.

Son audition est suivie de celle du directeur de régionale de l’Environnement, de l’aménagement et du logement de Normandie et celle Jean-Yves Lagalle, Directeur du service départemental d'incendie et de secours de Seine-Maritime.

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