Lutte contre le terrorisme : la « task force » est-elle vraiment nouvelle ?
La création d’un « centre national du contre-terrorisme » a été actée ce mercredi, en Conseil de défense. Il s’agit de la « task force »  chargée de coordonner les services de renseignement, mesure phase du programme d’Emmanuel Macron en matière de lutte contre le terrorisme. Ses contours ont à peine été précisés que déjà la crainte d’une structure de plus dans le « millefeuille » déjà existant se fait entendre.

Lutte contre le terrorisme : la « task force » est-elle vraiment nouvelle ?

La création d’un « centre national du contre-terrorisme » a été actée ce mercredi, en Conseil de défense. Il s’agit de la « task force »  chargée de coordonner les services de renseignement, mesure phase du programme d’Emmanuel Macron en matière de lutte contre le terrorisme. Ses contours ont à peine été précisés que déjà la crainte d’une structure de plus dans le « millefeuille » déjà existant se fait entendre.
Public Sénat

Par Alice Bardo

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Emmanuel Macron s’était engagé à créer une « task force » pour assurer la coordination des services de renseignement, c’est désormais chose faite. Ce matin, le Conseil de défense a acté la création d’un « centre national du contre-terrorisme ». Cette nouvelle structure sera placée au sein du Conseil national du renseignement (CNR), créée en 2008, dont le rôle est … d’assurer la coordination des services de renseignement français. « Si l’objectif est de renforcer le pouvoir du CNR c’est plutôt une bonne orientation (…) Le CNR était une bonne idée mais a eu beaucoup de mal à fonctionner », commente Gilles Sacaze, ancien de la Direction générale du renseignement extérieur (DGSE) et dirigeant du groupe Gallice, une société spécialisée et dédiée à la protection des personnes en France et à l’international.

« Il est indispensable d’avoir une coordination mais celle-ci n’est pas inexistante »

Mais comme  Pierre Martinet, lui aussi ancien de la DGSE, il craint qu’il s’agisse de « rajouter une couche au millefeuille ». En effet, comme le souligne Nathalie Cettina, chargée de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), « il est indispensable d’avoir une coordination mais celle-ci n’est pas inexistante ». Elle cite ainsi le CNR, mais également l’Unité de coordination de lutte antiterroriste (UCLA), rattachée au ministère de l’Intérieur. Gilles Sacaze regrette d’ailleurs que l’exécutif ait choisi de nommer la « task force » centre national du contre-terrorisme, ce qui acte une mission plus ou moins similaire à celle de l’UCLA. « Il ne faut pas limiter la problématique au terrorisme car d’autres choses nourrissent le terrorisme (…) L’approche devrait être plus large et faire du terrorisme une priorité », explique le dirigeant de Gallice.

Nathalie Cettina regrette, quant à elle, qu’il s’agisse d’une « structure de coordination assez institutionnelle alors qu’il y a aussi besoin de coordination opérationnelle, au plus près de la collecte et de la recherche de renseignements », sur le terrain. Une position partagée par Gilles Sacaze : « C’est important de rappeler que les moyens opérationnels méritent toute notre attention et nos efforts. Ils ont été dimensionnés en temps de paix puis renforcés, mais pas encore suffisamment. » Ce matin, l’Élysée a en effet précisé que l’équipe du « centre national de renseignement », composée d’une vingtaine de personnes, sera chargée du « pilotage stratégique des services de renseignement », pour assurer leur bonne coordination, mais « en aucun cas de leur direction opérationnelle ».

« Trois nominations concomitantes pour créer une osmose »

Si ses contours sont encore flous au point que certains doutent tant de sa singularité que de sa plus-value, le « centre national du renseignement » sera, à la différence de l’UCLA, rattaché au président de la République. Et de nouvelles têtes vont faire leur apparition : Pierre Bousquet de Florian, ex-numéro 1 de la Direction de la surveillance du territoire (DST, ex DGSI) qui sera à la tête de cette « task force », ainsi que Laurent Nunez et Bernard Emié, qui dirigeront respectivement la DGSI et la DGSE. « Trois nominations concomitantes (…) pour créer une osmose totale dans notre capacité de renseignement », a précisé Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement. Et d’ajouter : « Ce sont trois personnalités qui travailleront ensemble, qui  se connaissent. » Pour Gilles Sacaze, il s’agit de « gens qui ont incontestablement une expertise. »

Castaner précise les contours de la task force
01:09

Pour sa part, Guillaume Farde, directeur d’Althing Sécurité et Intelligence économique, résume le « centre national du renseignement » en « une force très concentrée avec des correspondants rassemblés pour aider le Président dans un temps très court à prendre la meilleure décision ». Cette nouvelle structure créée par l’exécutif fonctionnera en effet 24 heures sur 24, et sera installée au Palais de l’Élysée, au plus près du chef de l’État. Il soulève cependant une question : « Est-ce que les directeurs de renseignement vont accepter de traiter avec cette structure plutôt que directement avec le Président ou les ministres ? »

Partager cet article

Dans la même thématique

Liffre: Matthieu Pigasse at Le Souffle Breton
12min

Politique

Création d'une fondation, Radio Nova, festivals de musique...Revivez les temps forts de l'audition de Matthieu Pigasse au Sénat

Face à la commission d’enquête sénatoriale sur le financement privé des politiques publiques, ce 11 juin, le banquier d’affaires Matthieu Pigasse dit assumer son engagement en faveur de la « bataille culturelle », tout en affirmant défendre l'indépendance et l’identité des médias dont il est actionnaire. « Nous sommes un peu le petit village gaulois d’Astérix au milieu des milliardaires conservateurs », a-t-il insisté.

Le

Pierre-Yves Bournazel Holds Major Campaign Rally in Paris
8min

Politique

Présidentielle 2027 : « Le comité de liaison a acté qu’il y avait sur la primaire un désaccord entre Edouard Philippe et Gabriel Attal »

Le comité de liaison du bloc central, qui réunit Horizons, Renaissance, Modem, UDI et Parti radical, ne suit pas Gabriel Attal, qui n’écarte pas de recourir à une primaire, début 2027, pour départager les candidats. « Très majoritairement, cette idée de primaire a été plutôt mise de côté », confie un membre du conclave, qui s’est réuni ce mercredi à la questure du Sénat. Prochaines réunions : en juillet, puis les mois suivants.

Le

Lutte contre le terrorisme : la « task force » est-elle vraiment nouvelle ?
2min

Politique

Affaire Lyhanna : le groupe communiste demande une nouvelle fois la création d’une délégation des droits de l’enfant au Sénat

A la sortie des questions d’actualité au gouvernement, la présidente du groupe communiste du Sénat, Cécile Cukierman a indiqué qu’elle avait demandé au président du Sénat, Gérard Larcher, la création d’une délégation des droits de l’enfant au Sénat. Une demande rejetée à plusieurs reprises par la chambre haute ces dernières années.

Le

Lutte contre le terrorisme : la « task force » est-elle vraiment nouvelle ?
3min

Politique

« Liste noire » dans l’Education nationale : « Aucun individu dangereux ne doit pouvoir mettre les pieds dans une école », défend le ministre

Le gouvernement souhaite lister dans un fichier les personnels licenciés par l’administration en raison de comportements inappropriés avec les mineurs, même sans décision de justice. « Ils ne pourront plus rentrer par la fenêtre quand on les a chassés par la porte », défend Édouard Geffray le ministre de l'Éducation nationale.

Le