Macron au Mali: la France doit réorienter sa stratégie, selon la FIDH
La politique française en Afrique, et particulièrement au Mali où se rend vendredi le président Emmanuel Macron, est trop ...

Macron au Mali: la France doit réorienter sa stratégie, selon la FIDH

La politique française en Afrique, et particulièrement au Mali où se rend vendredi le président Emmanuel Macron, est trop ...
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La politique française en Afrique, et particulièrement au Mali où se rend vendredi le président Emmanuel Macron, est trop "purement militaire", et doit prendre en compte le besoin de changement démocratique qui s'exprime sur le continent, estime Florent Geel, de la FIDH.

La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) a publié récemment un rapport alarmant sur le Mali, qui connaît "un niveau d'insécurité sans précédent" près de deux ans après la signature d'un accord de paix.

Q- Quelle est la situation au Mali ?

R- La situation empire, puisque la violence s'est étendue au centre du pays, ainsi qu'aux frontières avec le nord du Burkina et le Niger. C'est conforme à la stratégie des groupes armés qui instrumentalisent, faute d'arbitre étatique, des conflits locaux, et leur donnent une dimension régionale et "terroriste".

Les groupes armés, y compris parmi les signataires de l'accord de paix d'Alger (en mai 2015), entretiennent l'instabilité qui est bonne pour eux et leurs business. Et leur stratégie de harcèlement marche très bien, notamment avec la Minusma (Mission de maintien de la paix de l'Onu), qui a passé plus de temps à se protéger qu'à protéger les civils.

Cela va de pair avec des progrès extrêmement lents dans la mise en œuvre de l'accord d'Alger.

Q- Quel regard portez-vous sur l'action de la France au Mali?

R - La stratégie purement militaire demeure limitée, et il va falloir que la diplomatie française en tire les conséquences. On ne nie pas la nécessaire dimension sécuritaire mais le constat est sans appel: on ne règlera pas la question du terrorisme sans prendre en compte toutes les dimensions.

Jusqu'à présent, la politique africaine française a été marquée par la prépondérance de la vision de Jean-Yves Le Drian (ex6ministre de la Défense devenu chef de la diplomatie) et une stratégie mêlant la présence militaire et les alliances avec les autocrates de la région comme le président tchadien Idriss Deby. Le tout au prix d'un silence important sur les violations des droits de l'homme et les enjeux de gouvernance. Ainsi, rien n'a été dit sur l'élection contestée et contestable de Deby, rien n'a été dit sur le Congo- Brazzaville, rien ou presque n'a été dit sur le Gabon.

Parallèlement, en terme d'aide publique au développement la politique française a atteint un niveau historiquement bas, 0,38% du revenu national brut, et n'est pas forcément bien orientée ou adaptée.

Q- Qu'attendez vous de la nouvelle présidence française ?

R - M. Macron représente au niveau international le pragmatisme, l'ouverture. Il doit savoir que la nécessité de changement est aussi importante en Afrique qu'en France. La gouvernance, la démocratie, et les élections sont les conditions du développement. Il faut faire confiance à l'espoir démocratique en Afrique, investir dans le secteur de la gouvernance.

A cet égard, la lutte contre l'impunité est cruciale, et nous devons réorienter notre aide publique vers la justice. Je vous donne un exemple. La FIDH a déposé deux plaintes au Mali, concernant des crimes sexuels commis à Tombouctou pendant l'occupation jihadiste (en 2012 et 2013). Il y a 130 victimes, et 15 principaux responsables ont été identifiés. Certains sont morts, d'autres sont dans la nature, d'autres sont encore bien connus. C'est le cas de Alfousseyni Ag, dit "Houka Houka", l'ancien juge islamiste de Tombouctou, inculpé pour de graves crimes. Il vit dans la région, c'est quelqu'un qu'on pourrait appréhender sans déstabiliser l'accord de paix. Et pour les habitants de Tombouctou, cela serait un message fort, cela montrerait qu'on ne fait pas la paix à n'importe quel prix.

Partager cet article

Dans la même thématique

Sammy Baloji, Clémentine Samba Mushidi, Kasaji, province du Lualaba, 2018 – Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Imane Farès, Paris
4min

Politique

« Les festivals de l’été » : Aux rencontres photographiques d’Arles « Nous apportons le doute sur ce qu’on voit » revendique son directeur 

C’est le rendez-vous estival des amateurs de photographie. Pour leur 57ème édition, les Rencontres de la photographie d'Arles mettent à l’honneur le travail de photographes africains. Des nouveaux regards sur un continent central et une invitation renouvelée à une compréhension complexe de la réalité du monde, loin des images et des vérités assénées par les médias sociaux, comme le revendique son directeur Christoph Wiesner.

Le

Macron au Mali: la France doit réorienter sa stratégie, selon la FIDH
4min

Politique

« Dans le monde politique et de l’entreprise, le pouvoir dénature les gens », observe Elisabeth Moreno

Si devenir ministre lui a permis de faire avancer la cause des femmes, elle a aussi, pendant deux ans, découvert l’envers du monde politique. Entre « carriérisme », environnement masculin et manque de soutien pour faire avancer le féminisme, Elisabeth Moreno revient sur ses combats, son expérience gouvernementale et les travers du pouvoir au micro de Rebecca Fitoussi, dans l’émission Un monde, un regard.

Le

Heat Wave in the North
5min

Politique

La justice ordonne le démantèlement de « mégabassines » en Charente-Maritime : les agriculteurs condamnés invoquent la loi d’urgence agricole et font appel

Neuf agriculteurs ont été condamnés par la justice, jeudi 23 juillet, à démanteler quatre retenues d’eau qu’ils utilisent illégalement depuis dix-sept ans. Ils ont annoncé faire appel et se fondent sur le prétendu « décalage » entre cette décision et la loi d’urgence agricole tout juste adoptée, très favorable au développement de ces « bassines ».

Le

PARIS, Conseil constitutionnel, Constitutional Council, Palais Royal
7min

Politique

Le Conseil constitutionnel est-il devenu un arbitre sursollicité ?

Longtemps perçu comme le gardien discret de la Constitution, le Conseil constitutionnel s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs incontournables de la vie politique. Jamais autant saisi sur les lois votées par le Parlement depuis une quinzaine d’années, il est devenu le passage obligé des textes les plus sensibles. Loin d'un dysfonctionnement, cette hyper-activité traduit les nouvelles dynamiques du pouvoir sous l'ère de la « majorité relative ».

Le