Macron concentre les pouvoirs à l’Élysée, ébauche de « macronisme »
Il convoque le Congrès lundi et relègue son Premier Ministre au second plan, encadre étroitement ses ministres et son parti étend...

Macron concentre les pouvoirs à l’Élysée, ébauche de « macronisme »

Il convoque le Congrès lundi et relègue son Premier Ministre au second plan, encadre étroitement ses ministres et son parti étend...
Public Sénat

Par Laurence BENHAMOU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Il convoque le Congrès lundi et relègue son Premier Ministre au second plan, encadre étroitement ses ministres et son parti étend son pouvoir à l'Assemblée: Emmanuel Macron concentre à l’Élysée tous les pouvoirs et ébauche le "macronisme", selon les analystes.

Signe d'un prééminence assumée, il s'exprimera lundi devant le Parlement à Versailles pour exposer les grandes orientations de son quinquennat, la veille de la déclaration de politique générale de son Premier ministre Édouard Philippe, lui grillant la politesse.

Un choix critiqué par l'opposition. Les députés de La France insoumise et l’ensemble des parlementaires communistes boycotteront ce rendez-vous.

"Nous n’irons pas à Versailles adouber le monarque présidentiel" et "valider le court-circuit du travail de l'Assemblée", ont fait valoir les élus PCF.

De ce format solennel et exceptionnel -- Nicolas Sarkozy et François Hollande n'y ont eu recours qu'une fois --, Emmanuel Macron a décidé de faire un rituel annuel, abandonnant l'habituelle interview télévisée du 14 Juillet. Le président aurait une pensée "trop complexe" pour les questions réponses des journalistes, a commenté son entourage au Monde.

A l'Assemblée, son parti REM et ses alliés ont raflé mercredi tous les postes du bureau, alors que traditionnellement l'un d'entre eux revenait à l'opposition: Thierry Solère, un "constructif", a été élu à un poste de questeur mercredi, contre le LR Éric Ciotti.

"Une telle concentration au profit de la présidence, qui exerce sa tutelle sur le Premier ministre, le gouvernement, le parti majoritaire et l'Assemblée, est caractéristique du macronisme qui s'invente", analyse Pascal Perrineau, chercheur au Cevipof.

"Dans son livre +Révolution+, Emmanuel Macron expliquait déjà vouloir rétablir la présidence dans toute sa majesté, mais parlait aussi d'un fonctionnement équilibré avec le gouvernement. Or très vite, il a mis en place non pas un équilibre, mais une sujétion".

Ainsi, c'est lui qui engage la réforme du code du travail en recevant tous les syndicats à l’Élysée. Au gouvernement, un ministre allié mais ne venant pas d'En marche, comme Bruno Le Maire, se voit adjoindre un proche du président (Benjamin Griveaux), rappelle le chercheur.

- "Chef d'entreprise" -

Une douzaine de conseillers sont mutualisés entre l’Élysée et Matignon, "ce qui donne les moyens d'éviter une autonomie excessive du Premier ministre". Et "l’Élysée a suivi très attentivement la mise en place des pouvoirs à l'Assemblée", remarque encore Pascal Perrineau.

"Le président, qui sait que sa majorité est fragile quoique pléthorique, étant donné l'amateurisme au sein du groupe et l'abstention, met en place un fonctionnement jamais connu, type entreprise: un patron avec son board, ses jeunes cadres technos, et des corps intermédiaires un peu écrasés. Une conception à l'américaine, en phase avec une des origines du macronisme", conclut-il.

"Il revient aux sources de la Ve République et en utilise toutes les dispositions: un président vertical et le Premier ministre qui est un fusible. Ça nous étonne car nous avons connu une période de rôles brouillés, mais cela fonctionne comme ça", nuance l'historien Christian Delporte. "C'est l'inspiration des présidents américains, et celle d'Obama jusque dans la photo officielle."

L'ex-secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur et à la Recherche Thierry Mandon a aussi épinglé sur Twitter la "fascination" américaine d'Emmanuel Macron, allusion à sa photo officielle où il est debout devant son bureau, comme celle de Barack Obama.

"Ce qui se passe au Parlement est plus inquiétant, car il faut respecter l'opposition et les usages. Si la main de l'Élysée est derrière le choix de la questure à un allié, c'est une erreur politique", tranche Christian Delporte.

Pour l'essayiste Guy Sorman, "le macronisme est l’avatar d’une passion française: le despotisme éclairé, de Bonaparte à de Gaulle, la quête du sauveur". "Emmanuel Macron, qui estime les Français monarchiques dans leur âme, hérite de cette histoire au bilan mitigé", écrit-il dans une tribune au Monde intitulée "un despote éclairé?"

Cette concentration des pouvoirs risque-t-elle d'entamer la popularité d'Emmanuel Macron? les sondages sont contradictoires, ViaVoice faisant état jeudi d'une hausse de 4 points depuis la fin mai, à 53% d'opinions favorables. Mais pour Ipsos Game Changer et Kantar Sofres OnePoint, qui ont publié des enquêtes mercredi et jeudi, il est en retrait de 1 à 3 points,à 45% ou 54% d'opinions favorables.

Partager cet article

Dans la même thématique

Macron concentre les pouvoirs à l’Élysée, ébauche de « macronisme »
5min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou propose l’entrée de 1 500 à 1800 personnes dans le corps électoral en tant que conjoints de natifs 

Alors que se tiendra le 28 juin, les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement s’appuie sur une proposition de loi du Sénat pour parvenir à un consensus sur l’élargissement du corps électoral aux natifs de l’Archipel. Mais l’exécutif compte aller plus loin en y intégrant également leurs conjoints. Auditionnée mercredi par la commission des lois du Sénat, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou s’est vu opposer une fin de recevoir par les élus. 

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
8min

Politique

Gérald Darmanin recule sur le plaider-coupable : « Un mauvais service rendu aux victimes », dénonce la rapporteure du texte au Sénat

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a, largement, revu à la baisse la portée du dispositif de plaider-coupable, la réforme phare et controversée de son projet de loi sur la justice criminelle, adopté au Sénat le mois dernier. Face à la pression des avocats, le ministre propose désormais d’exclure du dispositif tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes passibles de la cour d’assises. « Certains se servent des victimes contre l’intérêt », dénonce Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat et co-rapporteure du texte.

Le

Hearing of French billionaire and majority shareholder of the Canal+ media group Vincent Bollore at National Assembly
7min

Politique

L’offensive de Vincent Bolloré sur le septième art

À la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, une tribune signée par près de 600 professionnels du cinéma dénonce l’extension de l’influence de Vincent Bolloré dans le septième art. L’entrée de Canal+ au capital d’UGC ravive les craintes autour de la concentration des médias et d’une possible emprise idéologique sur la création culturelle française.

Le