Macron définit une ligne ferme pour la future loi sur l’immigration
"Nous reconduisons beaucoup trop peu": en matière d'immigration, Emmanuel Macron a fixé mardi un cap de fermeté pour la loi qu'il...

Macron définit une ligne ferme pour la future loi sur l’immigration

"Nous reconduisons beaucoup trop peu": en matière d'immigration, Emmanuel Macron a fixé mardi un cap de fermeté pour la loi qu'il...
Public Sénat

Par Claire GALLEN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

"Nous reconduisons beaucoup trop peu": en matière d'immigration, Emmanuel Macron a fixé mardi un cap de fermeté pour la loi qu'il veut voir bouclée début 2018, dans le cadre d'une "refondation complète" prenant l'Allemagne pour modèle.

"Je veux que l'on engage la refondation complète de notre politique d'asile et d'immigration", a déclaré le président de la République dans un discours aux préfets, "comme l'avait engagé le général de Gaulle avec l'ordonnance du 2 novembre 1945".

La référence est ambitieuse, puisque cette ordonnance fixe encore aujourd'hui le cadre général de la politique en matière d'entrée et de droit au séjour des étrangers.

Pour cela, une loi, dont la première mouture est attendue à l'automne, devra être adoptée "au premier semestre 2018", a-t-il ajouté. Les enjeux sont élevés: "Si nous n'agissons pas pour refonder" cette politique, "c'est le consensus républicain autour de notre tradition d'accueil et d'asile qui est remis en cause" et "les seuls gagnants sont les extrêmes", a averti M. Macron.

Du côté de l'asile, il a répété sa volonté de réduire à six mois le délai d'instruction des demandes. Optimisation des moyens, rapidité des procédures... Sur ce "droit imprescriptible", une communication en Conseil des ministres avait fixé des objectifs ambitieux à l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) et son instance d'appel début juillet.

Fidèle à sa dichotomie réfugiés/migrants économiques, M. Macron a répété la nécessité de favoriser l'intégration, chargeant le député REM du Val d'Oise Aurélien Taché d'une mission sur la "refonte" de la politique avec un accent "sur l'apprentissage du français".

Mais l'heure est aussi à la fermeté. "Nous reconduisons beaucoup trop peu", a-t-il martelé, et nous "laissons s'installer des centaines de milliers" de personnes dans un "no man's land administratif".

- 'Modèle allemand' -

Le projet de loi piloté par l'Intérieur comportera "plusieurs dispositions pour permettre d'améliorer les retours vers les pays d'origine", comme le font "nos voisins, en particulier l'Allemagne".

Car il faut désormais "que le modèle français se rapproche du modèle allemand. Nous avons des défis communs. Rapprochons nos droits, soyons plus efficaces", a-t-il affirmé.

Avec cette référence, Emmanuel Macron inscrit son action dans le sillage de la politique généreuse d'Angela Merkel, qui avait ouvert la porte à un million de réfugiés en 2015. Mais l'Allemagne a aussi pris des mesures beaucoup plus fermes depuis : soutien à l'accord décrié UE/Ankara de 2016 permettant le retour de réfugiés en Turquie, renvoi en Grèce de migrants déjà enregistrés dans ce pays, asile plus strict qu'en France pour les Afghans et les Albanais notamment...

Au 1er semestre, l'Allemagne a expulsé 12.545 personnes. C'est autant que la France en 2016, alors que 91.000 personnes en situation irrégulière avaient été interpellées.

"Nous sommes inefficaces dans la reconduite", a affirmé M. Macron devant les préfets qui ont reçu dans l'après-midi leur feuille de route du ministre de l'Intérieur.

Celles-ci fixent des lignes fermes: "Revisiter les régimes de la retenue" pour vérification du droit au séjour (possible pendant 16 heures) et "de la rétention administrative" (cela pourrait allonger les 45 jours autorisés).

Gérard Collomb évoque aussi des "moyens spécialisés" pour accélérer le transfèrement des "dublinés" vers le pays européen où ils sont déjà enregistrés, conformément au règlement Dublin. Ces migrants ont pu représenter deux tiers des arrivées à Paris en début d'année, venus d'Allemagne notamment. Or la procédure, complexe, fonctionne peu (10% de transferts l'an dernier).

Il s'agit aussi de convaincre les pays d'origine de reprendre leurs ressortissants déboutés: "Un ambassadeur sera nommé dès demain (mercredi) en Conseil des ministres" pour "accélérer la délivrance" des documents nécessaires par les pays "récalcitrants", a annoncé M. Macron.

Enfin, selon la feuille de route, la législation devra être "plus constructive en matière d'accompagnement des retours volontaires", moins coûteux que les expulsions mais décriés par des ONG. Depuis le début de l'année 4.500 personnes en ont bénéficié (+40% en un an) et le pécule a été porté à 1.850 euros.

Partager cet article

Dans la même thématique

International Women’s Day – Demonstration – Lyon
6min

Politique

Masculinisme : « Le mode de radicalisation est exactement le même que lorsqu'on radicalisait des gens pour les faire partir en Syrie », alerte Dominique Vérien

Les sénatrices de la délégation aux droits des femmes appellent à faire de la lutte contre le masculinisme « une priorité de politique publique ». Après sept mois d’enquête, elles décrivent un mouvement politique structuré, alimenté par les réseaux sociaux, qui menace l’égalité entre les femmes et les hommes et constitue, selon elles, un risque croissant pour « la démocratie ».

Le

Sammy Baloji, Clémentine Samba Mushidi, Kasaji, province du Lualaba, 2018 – Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Imane Farès, Paris
4min

Politique

« Les festivals de l’été » : Aux rencontres photographiques d’Arles « Nous apportons le doute sur ce qu’on voit » revendique son directeur 

C’est le rendez-vous estival des amateurs de photographie. Pour leur 57ème édition, les Rencontres de la photographie d'Arles mettent à l’honneur le travail de photographes africains. Des nouveaux regards sur un continent central et une invitation renouvelée à une compréhension complexe de la réalité du monde, loin des images et des vérités assénées par les médias sociaux, comme le revendique son directeur Christoph Wiesner.

Le

Macron définit une ligne ferme pour la future loi sur l’immigration
4min

Politique

« Dans le monde politique et de l’entreprise, le pouvoir dénature les gens », observe Elisabeth Moreno

Si devenir ministre lui a permis de faire avancer la cause des femmes, elle a aussi, pendant deux ans, découvert l’envers du monde politique. Entre « carriérisme », environnement masculin et manque de soutien pour faire avancer le féminisme, Elisabeth Moreno revient sur ses combats, son expérience gouvernementale et les travers du pouvoir au micro de Rebecca Fitoussi, dans l’émission Un monde, un regard.

Le