Macron poursuit-il la « Marche » de Ségolène Royal ?

Macron poursuit-il la « Marche » de Ségolène Royal ?

Création d’un mouvement en marge des partis, projet participatif, style « messianique », la campagne d’Emmanuel Macron adopte de nombreux codes à celles de Ségolène Royal de 2007 et 2011.
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Jeudi 19 janvier, Emmanuel Macron réunissait la presse dans son QG pour définir les règles auxquels devront se soumettre les futurs candidats d’ « En Marche ! » aux législatives. 15 minutes de discours et 5 questions sont accordées aux journalistes, dont une concerne le soutien à peine voilé  de Ségolène Royal à son projet. « J'ai toujours eu beaucoup de respect à la fois pour ce qui a été son parcours politique, et nous avons toujours très bien travaillé lorsque j'ai eu le plaisir d'être au gouvernement avec elle » répond le président d’ « En Marche ! » remerciant au passage la ministre de l’Environnement pour « les marques de sympathie » qu’elle manifeste régulièrement à son endroit.

« Un contrat avec la Nation » de Royal repris par Macron

D’habitude plutôt avare en compliments lorsqu’il s’agit des membres du gouvernement dont il faisait partie il y a peu, Emmanuel Macron fait donc exception avec la présidente de Désirs d’Avenir. Oui, l’association, crée en 2006, existe toujours. Si on a souvent reproché à Emmanuel Macron d’avoir tué le « père » François Hollande, force est de constater que les relations avec « la mère » Ségolène Royal sont au beau fixe. Et à écouter ce jour là Emmanuel Macron détailler son plan de bataille pour les législatives, on est alors frappé par ce « contrat avec la Nation » qu’il entend présenter d’ici début mars et que devront signer également les candidats de son mouvement aux législatives. En 2011, en meeting à Montreuil, Ségolène Royal, alors candidate à la primaire du parti socialiste, s’engageait, elle aussi, à « proposer aux Français un contrat avec la Nation ». Un « contrat » dont la rédaction est à l’époque « participatif », celui d’Emmanuel Macron issu « du diagnostic des Français ». Le 4 octobre dernier à Strasbourg, le président d’« En Marche ! » fustigeait «les programmes techniques bâclés sur des candidatures automatiques » pour prôner l’efficacité  de « dix à douze engagements clairs ». Le président de la République pourrait alors répondre de l’avancement de ses engagements, chaque année, devant un jury de citoyens tirés au sort. En 2011, Ségolène Royal détaillait, elle aussi, ses dix engagements contrôlés par un « comité de surveillance » composé de membres de l’opposition désignés à parité.

« Un style assez messianique destiné à amener les gens sur un registre émotionnel »

De là à voir chez Emmanuel Macron  le prolongement de la méthode de Ségolène Royal, il n’y a qu’un pas ou plutôt une « Marche » que l’on franchit aisément. Comment ne pas voir la filiation entre En Marche ! et Désirs d’avenir. « Ces deux mouvements se veulent horizontaux car l’accent est mis sur l’échange et les discussions de la base. Ils sont en fait très verticaux avec une extrême personnalisation du leader. Mais à la différence de Ségolène Royal, Emmanuel Macron a  l’avantage de ne pas être à la fois dedans et au dehors du parti socialiste. On peut dire qu’il radicalise la méthode de Ségolène Royal » note Alain Bergounioux historien, spécialiste du PS. Philippe Moreau Chevrolet communicant, président de MCBG Conseil estime également que le fondateur d’« En Marche ! » « vit sur l’héritage » de la ministre de l’Environnement. « Il ne faut pas oublier que Ségolène Royal a fait une très bonne campagne en 2007 avec un style assez messianique destiné à amener les gens sur un registre émotionnel. Elle aussi avait cette croyance que la data, les réseaux sociaux et toute sorte de dispositifs techniques peuvent faire remporter une campagne électorale. Elle s’inspirait des méthodes de Barrack Obama, lui-même en course à la Maison Blanche, à ce moment là. C’est d’autant plus vrai avec Emmanuel Macron qui a dans son équipe des gens  comme Guillaume Liegey qui a participé en tant que volontaire à la première campagne d’Obama ». Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au CEVIPOF perçoit également une appétence des deux anciens collègues du gouvernement Valls pour l’expérimentation. « En tant que présidente de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal estimait que ce qui marche au niveau local fonctionnera aussi au niveau national. On retrouve cette idée chez Emmanuel Macron qui ne cesse d’avoir des mots élogieux pour les élus locaux tout en fustigeant la classe politique ».

« Des incursions dans le camp d’en face »

Les points communs entre les deux s’arrêtent-ils à des questions de méthode ? Oui, principalement pour Alain Bergounioux : « Ségolène Royal était beaucoup plus républicaine qu’Emmanuel Macron qui passe pour un libéral-libertaire. Ségolène Royal insistait sur l’autorité, ce qu’elle appelait l’ordre juste, ou encore les questions écologiques. A l’inverse d’Emmanuel Macron, son discours portait moins sur l’Europe ou la liberté des mœurs. Néanmoins, Emmanuel Macron est un pragmatique. Il s’adapte. Il lui est arrivé de dire une chose et son contraire, donc son discours peut évoluer » analyse-t-il. Bruno Cautrès note quant à lui que ces différences de fond peuvent s’expliquer par le changement de contexte entre 2007 et 2017. « Ségolène Royal a elle aussi fait des incursions dans le camp d’en face. On se souvient qu’elle proposait que chaque Français ait un drapeau tricolore chez eux. Elle souhaitait aussi un encadrement militaire pour les jeunes délinquants. Des propositions transgressives pour une candidate socialiste qui s’expliquaient aussi par la candidature de Nicolas Sarkozy jugé plus crédible sur les questions d’autorité » analyse-t-il. Pour le moment c’est sur les questions économiques et sociales qu’Emmanuel Macron s’affranchit des valeurs traditionnelles de la gauche. En août dernier à Orléans pourtant, alors qu’il est encore ministre de l’Economie et pas encore candidat, son discours hommage à Jeanne d’Arc, esquissait une  première incursion vers les valeurs de la droite plus « nationalistes ».

Dans une France marquée par le risque terroriste et l’état d’urgence, la gauche de gouvernement n’hésite plus à mettre en avant l’autorité et la sécurité comme thématiques porteuses. Elles sont, pour le moment, préemptées par Manuel Valls. Mais une défaite de l’ancien ministre de l’Intérieur à la primaire de gauche et l’on pourrait voir rapidement Emmanuel Macron « représenter l’autorité », ou pourquoi pas « l’ordre juste »…

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