Macron prône la « révolution culturelle » devant des centaines d’agriculteurs
Le président Macron s'est posé jeudi comme l'homme qui va mener la "révolution culturelle" dont a selon lui besoin l'agriculture, devant quelque...

Macron prône la « révolution culturelle » devant des centaines d’agriculteurs

Le président Macron s'est posé jeudi comme l'homme qui va mener la "révolution culturelle" dont a selon lui besoin l'agriculture, devant quelque...
Public Sénat

Par Jérôme RIVET, Emmanuelle TRECOLLE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le président Macron s'est posé jeudi comme l'homme qui va mener la "révolution culturelle" dont a selon lui besoin l'agriculture, devant quelque 700 jeunes agriculteurs parfois surpris d'être invités sous les ors de l'Elysée.

"Certains se posent en grands défenseurs de l'agriculture en paroles, mais travaillent dans les actes à maintenir le statu quo. Et le statu quo, il la tue lentement mais sûrement", a déclaré le président.

"Je ne suis pas là pour plaire, je suis là pour faire", a-t-il assuré, en affirmant que cette invitation n'avait pas été lancée pour acheter la paix samedi lors de l'ouverture du Salon de l'agriculture, alors que mercredi encore, des agriculteurs manifestaient dans toute la France contre un accord avec le Mercosur. Il a aussi fustigé les générations de dirigeants qui l'ont précédé et se sont contentés de "tapoter les vaches".

"Ce que nous faisons ne plaît pas à tous ceux qui vivent sur des mensonges et agitent la peur. Je les croiserai samedi et les regarderai dans les yeux", a-t-il lancé en conclusion de son discours.

"Les idées dont il a parlé sont intéressantes. Mais on attend les actes. C'est ça qui compte", a réagi Eloïse Thirouin, 28 ans, maraîchère dans les Landes, qui regrette un peu que le président n'ait parlé que "de viande, de vaches, peu des autres secteurs".

Le président Emmanuel Macron entouré de jeunes agriculteurs dont leur président Jérémy Decerle (c, g) et le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert (c, d), lors d'une rencontre à l'Elysée le 22 février 2018
Le président Emmanuel Macron entouré de jeunes agriculteurs dont leur président Jérémy Decerle (c, g) et le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert (c, d), lors d'une rencontre à l'Elysée le 22 février 2018
POOL/AFP

Au cours d'une heure de discours, prononcé sur le "ton d'un professeur d'école" selon certains invités, M. Macron a déroulé sa vision de l'agriculture moderne: "la valeur ajoutée, l'ouverture, la planète". Il a assuré "qu'il n'y aura(it) jamais de boeuf aux hormones en France", même si des accords internationaux comme celui avec le Mercosur étaient signés, ajoutant "il n'y aura(it) aucune réduction de nos standards de qualité, sociaux, environnementaux, ou sanitaires à travers cette négociation".

Il a également promis la mise en place prochaine de "verrous réglementaires" sur les achats de terres agricoles par des étrangers en France.

Sur le problème plus global de l'accès au foncier pour les jeunes générations d'agriculteurs, le président a demandé "pour le mois de mai" qu'on "imagine" un système de "pré-retraites agricoles avec une sortie progressive de l'activité" afin de permettre à un jeune de prendre la suite de ses parents.

- "j'y crois" -

Toujours pour favoriser les installations, il a annoncé un nouveau dispositif de prêts garantis pour les jeunes entrepreneurs agricoles à hauteur d'un milliard d'euros. Et pour leur assurer un revenu complémentaire, il a également annoncé la création d'un "fonds de prêts à la méthanisation" à hauteur de 100 millions d'euros.

Les jeunes agriculteurs en France
Les jeunes agriculteurs en France
AFP

"Le plan d'aide de cinq milliards ça va faire du bien, mais ça sera pas forcément suffisant. J'ai investi 1,5 million dans deux bâtiments pour faire passer ma production de 50.000 à 120.000 poulets de chair. C'est donc que j'y crois", témoigne Baptiste Dumoulin, 27 ans, exploitant avicole dans la Drôme.

En présence des ministres Stéphane Travert (Agriculture), Nicolas Hulot (Transition écologique), Jacques Mézard (Cohésion des territoires) et de l'épouse du président Brigitte Macron, les jeunes agriculteurs ont déjeuné sous les lustres de cristal de la Salle des fêtes de l'Elysée, parfois un peu impressionnés d'être là.

"Quand j'ai reçu l'invitation de l'Elysée, je n'y croyais pas. C'est quand même un honneur d'être là. On sent une certaine dynamique pour nous aider, mais il y a beaucoup, beaucoup à faire", explique Sébastien Favata, 24 ans, éleveur de vaches Aubrac en Ardèche et producteur de pommes de terre.

"Je suis venue en avion hier, ça me coûte assez cher, mais ça valait le coup car je ne reviendrai sans doute jamais à l'Elysée", dit Lauriane Tournier, 31 ans, viticultrice dans les Pyrénées-Orientales.

"Le discours est un peu rassurant. Mais c'est dommage que ce n'ait pas été un dialogue, qu'on ne puisse pas lui poser des questions au micro. Je lui aurais demandé pourquoi les aides étaient si longues à être versées", regrette pour sa part Thibault Tauzia, 24 ans, éleveur de poulets dans les Landes.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Loi Yadan contre l’antisémitisme : les sénateurs dubitatifs à l’annonce de la reprise en main du gouvernement

Après le retrait à l’Assemblée nationale de la proposition de loi portée par la députée Renaissance Caroline Yadan, le gouvernement va reprendre la main et présentera un projet de loi sur la lutte contre l’antisémitisme devant le Sénat avant l’été. L’exécutif compte sur un accueil plus favorable à la chambre haute où la droite et le centre sont majoritaires. Mais les relations entre la majorité sénatoriale se sont tendues ces derniers temps.

Le

Paris: French Government Weekly Cabinet Meeting
3min

Politique

1er mai : boulangeries et fleuristes « indépendants » pourront faire travailler leurs salariés dès cette année, annonce Sébastien Lecornu

Le Premier ministre a mis sur la table, vendredi, un nouveau projet de loi d’élargissement du travail le 1er mai, uniquement ouvert aux boulangeries et fleuristes « indépendants et artisanaux ». En attendant son adoption formelle, il a assuré que des consignes seront données pour qu’aucun contrôle ne vienne entraver le travail de leurs salariés cette année.

Le

Festival Du Livre 2025
2min

Politique

Crise chez Grasset : au Festival du livre, Emmanuel Macron affiche sa volonté de défendre le « pluralisme éditorial »

En visite ce vendredi au Festival du livre, bousculé par la crise ouverte chez l’éditeur Grasset, Emmanuel Macron a voulu afficher sa défense du « pluralisme éditorial » et de « la liberté des auteurs ». Concernant la création d’une clause de conscience pour les auteurs, le Président a estimé que cela « doit se réfléchir ».

Le

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le