Macron renoue avec la tradition en invitant la presse à l’Elysée
Une longue conférence de presse à l'Elysée, à l'ancienne, comme François Hollande ou Nicolas Sarkozy: Emmanuel Macron se livrera...

Macron renoue avec la tradition en invitant la presse à l’Elysée

Une longue conférence de presse à l'Elysée, à l'ancienne, comme François Hollande ou Nicolas Sarkozy: Emmanuel Macron se livrera...
Public Sénat

Par Laurence BENHAMOU, Jérôme RIVET

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Une longue conférence de presse à l'Elysée, à l'ancienne, comme François Hollande ou Nicolas Sarkozy: Emmanuel Macron se livrera pour la toute première fois jeudi à cet exercice typique de la Ve République pour sortir de la crise des "gilets jaunes".

A 18H00 dans la salle des fêtes de l'Elysée, plusieurs centaines de journalistes se retrouveront face au chef de l'Etat en présence de nombreux ministres. Après une introduction, il se prêtera au jeu des questions-réponses sur ses mesures destinées à répondre à la crise des "gilets jaunes" qui ébranle l'exécutif depuis cinq mois.

Sur le ton de la boutade, Daniel Cohn-Bendit a averti lundi sur LCI les journalistes: "Amenez vos sandwiches parce que ca va durer longtemps". La conférence de presse devrait en effet dépasser les deux heures, retransmise en direct à la télévision.

En acceptant un échange direct avec les journalistes, "c'est une rupture assez forte, une revanche de l'ancien monde", estime un conseiller proche de l'exécutif. C'est aussi, selon lui, "une main tendue à la presse" après un début de quinquennat marqué par des relations tendues avec le 4e pouvoir.

En poussant la porte de l'Elysée au printemps 2017, Emmanuel Macron avait en effet voulu tourner le dos à une présidence Hollande jugée trop bavarde et proche des journalistes. Son credo: contourner les médias pour parler directement aux Français via les réseaux sociaux, comme le prônaient son conseiller spécial Ismaël Emelien et sa conseillère presse Sibeth Ndiaye, tous deux partis aujourd'hui.

Ni conférence de presse donc, ni même d'interview au JT de 20 heures. Emmanuel Macron a annulé dès son arrivée la traditionnelle interview télé du 14 juillet.

A l'étranger, il n'a pu échapper aux points de presse avec les chefs d'Etat étrangers ni aux conférences de presse post-sommets. Mais il a immédiatement averti qu'il refuserait de répondre aux questions sur la politique française. Il est vrai que François Hollande, interrogé sur sa vie privée jusque dans ses déplacements, s'y était laissé piéger. Au final, Emmanuel Macron a suivi à son gré cette règle auto-proclamée, selon la question posée.

- "En rupture" -

Mais il a été loin de rester muet. Il s'est exprimé énormément par des canaux différents: entretiens dans des journaux choisis comme l'hebdomadaire Le Point à qui il parle longuement en 2017, allocutions, vidéos officielles ou de coulisses, tweets, médias peu conventionnels (BFMTV et Mediapart ensemble, Brut, Konbini). Il a cependant accepté le très populaire JT de 13 heures de TF1.

C'est surtout à l'occasion de ses nombreux bains de foule, filmés en direct, qu'il a parlé librement, en répondant aux Français qui l'interpellaient par des petites phrases parfois cassantes qui ont fait le buzz et forgé son image clivante.

Le grand débat lui a offert une nouvelle scène pour défendre ses choix pendant des dizaines d'heures. Mais sans faire d'annonces ayant marqué les mémoires.

Après le départ d'Ismaël Emelien et de Sibeth Ndiaye de l'Elysée, le chef de l'Etat, actuellement sans conseiller en communication officiel, a choisi un retour à la tradition des conférences de presse dans la salle des fêtes de l'Elysée.

Celles de Charles de Gaulle ou de François Mitterrand sont restées fameuses. Nicolas Sarkozy en donnait une par an environ. La dernière en date, donnée par François Hollande en 2015, avait tourné à son désavantage et il avait renoncé à celle de 2016 pour éviter des questions sur la primaire à gauche ou sa candidature.

"Chaque nouveau président adopte une communication en rupture avec le précédent et finit par faire exactement la même chose", commente l'expert en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet. "Il voulait tenir la presse à distance et la réinvite à l'Elysée. Chassez la cinquième République, elle revient au galop."

Partager cet article

Dans la même thématique

Macron renoue avec la tradition en invitant la presse à l’Elysée
4min

Politique

« On surmonte nos rancœurs » : Agnès Evren (LR) défend un mariage de raison entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel pour battre la gauche à Paris

À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.

Le

Macron renoue avec la tradition en invitant la presse à l’Elysée
5min

Politique

Municipales à Montpellier : sécurité, gestion des déchets, transports… Que retenir du débat d’entre deux tours ?

A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.  

Le

FRA – LR RETAILLEAU – ELECTION MUNICIPALES 2026
8min

Politique

Municipales : en lâchant Christian Estrosi à Nice, Bruno Retailleau enflamme toute la droite, avec 2027 en ligne de mire

À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.

Le

Paris : Sarah Knafo – Meeting au Dome de Paris
6min

Politique

Municipales : le retrait calculé de Sarah Knafo recompose le jeu à Paris

Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.

Le