Macron/Le Pen : le débat d’entre-deux-tours peut-il changer la donne ?
Dans quelques heures, Emmanuel Macron et Marine Le Pen vont s’opposer dans le débat d’entre-deux-tours. Jamais le challenger n’a pris l’ascendant sur le favori dans l’histoire de cette confrontation.

Macron/Le Pen : le débat d’entre-deux-tours peut-il changer la donne ?

Dans quelques heures, Emmanuel Macron et Marine Le Pen vont s’opposer dans le débat d’entre-deux-tours. Jamais le challenger n’a pris l’ascendant sur le favori dans l’histoire de cette confrontation.
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Le débat d’entre-deux-tours peut-il inverser la tendance ? La question revient à chaque échéance présidentielle et l’histoire de ces joutes cathodiques a répondu par la négative. « Si on s’en tient au six derniers débats, ils n’ont pas changé grand-chose. Le favori des sondages est toujours donné vainqueur du débat » observe Christian Delporte, historien des médias.

Pour la première fois, le FN participe au débat d’entre-deux-tours

Au Front National, on veut pourtant faire mentir ce retour d’expérience. « Toutes les élections présidentielles se sont jouées sur ce débat d’une importance exorbitante » veut croire Jean Messiha, coordinateur du projet présidentiel FN.  Certes en 2017, la confrontation est inédite. D’abord, aucun candidat des partis dit « traditionnels » ne sont parvenus à se qualifier pour ce deuxième tour, du jamais vu dans l’Histoire de la Vème République. Jamais, non plus, un candidat du Front National n’a participé à un tel exercice. En 2002, le président sortant, Jacques Chirac avait refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen arguant que  « face à l'intolérance et à la haine, il n'y a pas de transaction possible, pas de compromission possible, pas de débat possible ». 15 ans plus tard, les choses ont bien changé. Fort de très bons scores aux élections locales et européennes, de la reprise des thématiques  du parti frontiste d’un bout à l’autre de l’échiquier politique, déchéance de nationalité pour les terroristes, rejet du fédéralisme européen, on ne compte plus les interventions médiatiques des représentants du parti frontiste. Emmanuel Macron, lui-même, a balayé l’hypothèse d’un refus de débattre avec son adversaire. « Puisqu'un débat a eu lieu à cinq puis à 11, je ne voyais pas pourquoi le débat n'aurait pas lieu à deux » a-t-il justifié la semaine dernière, confirmant ainsi « la normalisation » du FN.

« M. Macron n’est quand même pas un poulet de l’année »

Si les deux candidats sont pour la première fois au second tour, du point de vue du Front National, c’est Emmanuel Macron qui endosse les habits du « sortant ». « M. Macron n’est quand même pas un poulet de l’année. C’est un homme qui a un bilan. Il a été le conseiller économique de François Hollande. Ensuite, il a été le ministre de l’Economie (…) Il est l’héritier spirituel de François Hollande. Et Marine fera certainement ressortir ce fait qui est conforme à la réalité » a détaillé à l’AFP, l’eurodéputé FN, Bruno Gollnisch. Une rumeur a d’ailleurs circulé, hier, comme quoi Emmanuel Macron était prêt à quitter le plateau au bout d’une demi-heure si Marine Le Pen allait trop loin dans ses invectives. La candidate FN a d’ailleurs réagi avec ironie sur Twitter.

« Emmanuel Macron va montrer qu’il a l’autorité et la densité politique pour être Président »

Dans l’équipe d’En Marche, on mise sur le calme et la « présidentialité » d’Emmanuel Macron. « Le gros défaut d’Emmanuel c’est qu’il veut convaincre » plaisante le sénateur de la Côte d’Or, François Patriat. « Il le fera avec calme. Il a un ascendant intellectuel et psychologique sur Marine Le Pen. Emmanuel Macron va montrer qu’il a l’autorité et la densité politique pour être Président. Je ne suis pas inquiet. Je le trouve d’ailleurs plus à l’aise en débat qu’en meeting » estime François Patriat. Christian Delporte voit d’ailleurs le débat se dérouler de la manière suivante : « Les deux vont arriver avec leur stratégie d’intimidation. Emmanuel Macron n’a pas intérêt à s’énerver, et va montrer qu’il a toutes les qualités pour devenir Président. Quand à Marine Le Pen, en tant que challenger, elle est obligée d’être offensive. Mais à la télévision, quand on veut être offensif, on apparait très vite comme agressif et ça ce n’est jamais bon. Moins qu’une bataille de projets, le débat d’entre-deux-tours est un choc de personnalités ».

14 caméras et 12 thèmes

Comme l'a déterminé un tirage au sort, la candidate FN ouvrira « 2017, le débat » à 21H00 sur TF1 et France2. Son adversaire d'En Marche!, favori des sondages, le conclura environ 2H20 plus tard. Les journalistes Nathalie Saint-Cricq (France 2) et Christophe Jakubyszyn (TF1) laisseront la priorité à la confrontation entre les prétendants à l'Elysée, articulée autour de 12 thèmes (école, Europe, sécurité...). Quatorze caméras filmeront les candidats, assis face à face dans un studio de la Plaine-Saint-Denis, sans public.

Les plans de coupe « avec parcimonie »

Quid des plans de coupe ? Ces plans ou l’on voit le visage d’un candidat pendant que l’autre s’exprime. Depuis 1981,  ils sont absents des débats d’entre-deux-tours. C’est François Mitterrand qui avait demandé à ce qu’il n’y en ait pas. C’est devenu une règle par la suite. Après d’âpres négociations, la réalisation de ce soir comportera des plans de coupe mais avec parcimonie. « Nous aurons des plans d'écoute  mais modérément », ont confirmé les deux chaînes. Nathalie Saint-Cricq a confirmé, mercredi matin, sur France Inter qu'initialement « c'est Marine Le Pen qui les refusait ». « L'absence de plan de coupe permet de souffler, de regarder ses notes, de ne pas être sous contrôle en permanence ». « Il n'y a aucune raison pour que nous voyions des choses et que les gens ne les voient pas » a-t-elle ajouté.

Si le débat d’entre deux tours n’a jusqu’à présent jamais réservé d’immenses surprises, il a en revanche, permis à ce que certaines répliques rentrent dans l’histoire. (voire notre article).

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