Mai 68 vu par l’AFP – Place de la Concorde, « Vive de Gaulle », « A bas l’anarchie ! »
"Je ne me retirerai pas !" : le 30 mai 1968, le général de Gaulle annonce à la radio qu'il reste à son poste, dissout l'Assemblée nationale,...

Mai 68 vu par l’AFP – Place de la Concorde, « Vive de Gaulle », « A bas l’anarchie ! »

"Je ne me retirerai pas !" : le 30 mai 1968, le général de Gaulle annonce à la radio qu'il reste à son poste, dissout l'Assemblée nationale,...
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

"Je ne me retirerai pas !" : le 30 mai 1968, le général de Gaulle annonce à la radio qu'il reste à son poste, dissout l'Assemblée nationale, maintient son Premier ministre Georges Pompidou, et reporte le referendum.

Après l'annonce du chef de l'Etat, des centaines de milliers de Parisiens se mettent à défiler sur les Champs-Elysées, de la place de la Concorde vers l'Etoile, en criant "La France au travail", "De Gaulle n'est pas seul", "A bas l'anarchie" ou "Le communisme ne passera pas".

Le 31 mai, le gouvernement est profondément remanié. Une semaine plus tard à la télévision, le général de Gaulle confiera avoir "eu la tentation de (se) retirer" la veille de son allocution.

La manifestations de la Concorde

PARIS, 30 mai 1968 (AFP) - Au chant de la "Marseillaise", plusieurs centaines de milliers de personnes - certains avancent le chiffre d'un million - ont remonté en fin d'après-midi, à l'appel des Comités d'action pour la défense de la République, les Champs-Elysées, de la place de la Concorde à l'Etoile, durant près de trois heures.

Le président Charles (g) explique le 7 juin 1968, lors d'une interview télévisée à l'Elysée, qu'il a hésité, le 29 mai 1968, à se retirer du pouvoir
Le président Charles (g) explique le 7 juin 1968, lors d'une interview télévisée à l'Elysée, qu'il a hésité, le 29 mai 1968, à se retirer du pouvoir
AFP/Archives

Hérissée de drapeaux tricolores et de banderoles, la foule massive en rangs serrés, devait ainsi déferler sur l'avenue la plus célèbre du monde, scandant des slogans tels que "La France au travail", "Avec nous les Français", "Le communisme ne passera pas", "De Gaulle, De Gaulle", "Pompidou Bravo", et aussi des cris hostiles à l'endroit de François Mitterrand.

Très nombreux étaient les jeunes, garçons et filles, celles-ci portant des robes tricolores. Dans cette foule faite de gens de toutes conditions, peu de brassards. Le service d'ordre paraissait improvisé, constitué par des volontaires recrutés sur place.

Des grévistes des PTT sont regroupés autour d'un transistor à Paris, le 30 mai 1968, pour écouter l'allocution de Charles de Gaulle
Des grévistes des PTT sont regroupés autour d'un transistor à Paris, le 30 mai 1968, pour écouter l'allocution de Charles de Gaulle
AFP/Archives

En tête de cortège, roulant au pas, des automobiles pavoisées, des motocyclettes et dans leurs petites voitures de grands mutilés, puis les drapeaux des anciens combattants.

Dans les premiers rangs on reconnaissait des ministres, André Malraux - lorsqu'il apparut à l'Etoile émergeant d'une escorte de parlementaires ceints de leur écharpe tricolore, il fut l'objet d'une longue ovation -, Maurice Schumann très acclamé lui aussi, Michel Debré, Louis Joxe, Georges Gorse, Yvon Bourges... D'anciens ministres, Alain Peyrefitte, Alexandre Sanguinetti, de nombreux députés, des sénateurs, des compagnons de la Libération, du balcon de l'ancien ministère de la Marine, François Mauriac avait assisté au rassemblement des manifestants. Acclamé, il se joignit à eux et les suivit en voiture un long moment.

Slogan scandé à la hauteur de l'ELysée "De Gaulle n'est pas seul".

Au fur et à mesure de sa marche, très lente, le cortège s'enrichit de nouveaux éléments qui l'attendaient à chaque carrefour, absorbant au passage des milliers de gens qui s'étaient massés sur les trottoirs, le transistor en bandoulière, applaudissant au passage les manifestants.

Le Président de l'Assemblée Nationale Jacques Chaban-Delmas annonce la dissolution de l'Assemblée Nationale, le 30 mai 1968 à Paris
Le Président de l'Assemblée Nationale Jacques Chaban-Delmas annonce la dissolution de l'Assemblée Nationale, le 30 mai 1968 à Paris
AFP/Archives

Sur le terre-plein de l'Arc-de-Triomphe, le ministre des anciens combattants, M. Henri Duvillard, arborant la médaille militaire sur son veston, attendait ayant à ses côtés ses deux aides de camp en uniforme. Mais fut retardée de près d'une heure pour la circonstance, sur le tombeau du soldat inconnu, la traditionnelle et quotidienne cérémonie de la flamme : dépôt de gerbes, sonnerie aux morts, Marseillaise, l'hymne national devait être repris en chœur par des milliers de voix.

M. Chaban-Delmas était aussi à l'Arc de Triomphe à l'arrivée du cortège, on l'entendit crier "Vive la République, Vive la France".

A 20H30, des groupes compacts arrivaient encore à l'Arc de Triomphe qu'ils contournaient tandis que, par haut-parleur, l'ordre de dispersion était donné. C'est alors que, aux applaudissements d'une foule maintenant déchainée, des jeunes gens se mirent en devoir d'escalader la flèche d'une grue géante servant aux travaux du métropolitain, pour y arracher le drapeau rouge que des grévistes avaient hissé et le remplacer par le drapeau national.

AFP/jba/vdr/dar

Partager cet article

Dans la même thématique

Iran Israel Usa : U.S. and Israeli Forces Strike Tehran as Part of Major Military Offensive
7min

Politique

Iran : « Les institutions iraniennes peuvent continuer de fonctionner quand bien même leurs dirigeants seraient éliminés »

Après la confirmation de la mort du guide suprême ce dimanche 1er mars, l’Iran rentre dans l’après-Khamenei. Que prévoient les institutions iraniennes pour remplacer le guide suprême ? Le régime peut-il tenir après avoir perdu son chef ? Qui pourrait émerger pour le remplacer ? La chercheuse Amélie M. Chelly, auteure de Iran : autopsie du chiisme politique (Ed. du Cerf), répond à nos questions.

Le

President Donald Trump Returns to the White House, Washington, District of Columbia, United States – 01 Mar 2026
8min

Politique

Guerre en Iran : comment Donald Trump peut-il justifier l’intervention auprès des Américains ?

En participant aux côtés de Israel à l’opération militaire en Iran, Donald Trump pourrait déconcerter son électorat qui a voté pour la promesse de la fin des guerres américaines au Moyen-Orient, coûteuses en hommes et en deniers publics. Depuis le début des frappes samedi matin, le président américain et son administration peinent à justifier cette opération tout en n’excluant pas l’envoi de troupes au sol. Rédhibitoire pour une bonne partie de la population américaine.

Le

Mai 68 vu par l’AFP – Place de la Concorde, « Vive de Gaulle », « A bas l’anarchie ! »
3min

Politique

Guerre en Iran : « La France est en guerre depuis ce matin », estime le général Vincent Desportes

Dans un contexte de contagion de la guerre à l’ensemble du Moyen-Orient après l’intervention israélo-américaine en Iran, la France a annoncé mener « des actions défensives proportionnées. » Une position qui implique de « prendre part » à cette guerre, explique le général Vincent Desportes, qui a aussi rappelé que les intérêts politiques et économiques poursuivis par Donald Trump dans cette intervention.

Le