Maintien de l’ordre : « L’idéologie est contreproductive »
La France, habituée aux manifestations, est-elle un modèle en matière de maintien de l’ordre ? Les récentes mobilisations des Gilets Jaunes ont semé le doute. Gendarmes et policiers ont parfois semblé dépassés, et leur modèle usé, face à la présence de « black blocs », ou l’absence de cortège organisé. Le modèle doit-il est repensé ? Jérôme Chapuis et ses invités ouvrent le débat, pour Un Monde en Docs. 

Maintien de l’ordre : « L’idéologie est contreproductive »

La France, habituée aux manifestations, est-elle un modèle en matière de maintien de l’ordre ? Les récentes mobilisations des Gilets Jaunes ont semé le doute. Gendarmes et policiers ont parfois semblé dépassés, et leur modèle usé, face à la présence de « black blocs », ou l’absence de cortège organisé. Le modèle doit-il est repensé ? Jérôme Chapuis et ses invités ouvrent le débat, pour Un Monde en Docs. 
Public Sénat

Par Hugo Ruaud

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Près de 2 500 blessés chez les manifestants, plus de 1 700 chez les policiers en un an : ces seuls chiffres révèlent combien les manifestations des Gilets Jaunes, entre 2018 et 2019, furent violentes. Moins encadrées, plus spontanées, ces mobilisations ont marqué un tournant dans la gestion du maintien de l’ordre en France. La doctrine ne serait-elle plus adaptée ? Non, au contraire explique Philippe Cholous, ancien officier supérieur de gendarmerie nationale : « lors des événements récents, chaque fois qu’il y a eu des dérapages, c’est parce que les principes fondamentaux et traditionnels du maintien de l’ordre n’ont pas été respectés ».

En effet, alors que la France compte des spécialistes du maintien de l’ordre avec les CRS (du côté de la police) et les Gendarmes mobiles, ce ne sont pas ces unités qui ont toujours été en premières lignes lors des rassemblements de Gilets Jaunes. Johann Cavallero, délégué national CRS pour le syndicat de police Alliance, le regrette : « On n’a pas utilisé les forces mobiles spécialistes du maintien de l’ordre pour la gestion du maintien de l’ordre, on a utilisé la BAC ou d’autres unités, qui ne sont pas rompues aux manifestations ».

« L’acceptabilité sociale », un enjeu capital

Reste que « l’évolution de la nature même de ces rassemblements nécessite de modifier la manière d’intervenir » selon Loïc Hervé, sénateur (Union centriste), pour qui « l’effondrement des grands corps intermédiaires et donc de l’organisation par les syndicats d’une partie de la sécurité des manifestations, qui n’existe pas du tout dans le mouvement des Gilets Jaunes, change la donne ». L’absence des syndicats et la présence des black blocs ont empêché toute forme de dialogue, et abouti « à des scènes de guérillas », comme les qualifie Johann Cavallero.

Alors que faudrait-il changer ? Eric Mirguet, porte-parole de l’ACAT, évoque l’idée de médiateurs, qui ne seraient pas forcément des policiers, afin d’ouvrir le dialogue avec les manifestants. Se montrer pragmatique, tout en restant ouvert au « dialogue » est aussi ce qui importe au sénateur Loïc Hervé, car « c’est bien l’acceptabilité sociale, la sensibilité des Français qui fait aussi évoluer les choses en matière de maintien de l’ordre ».

« Le maintien de l’ordre est une matière essentiellement technique »

Mais qui doit dicter la doctrine du maintien de l’ordre ? Qui peut la faire évoluer ? Depuis les années 1960, préfets et ministres s’impliquent. Ils donnent bien souvent le « la ». Pourtant pour Philippe Cholous, la question doit avant tout être traitée par les premiers concernés : les forces de l’ordre. « Le maintien de l’ordre est une matière essentiellement technique, professionnelle et toutes les approches idéologiques sont souvent contreproductives » relève-t-il.

Éric Miguet, explore une autre piste. Il met en avant l’exemple de l’Allemagne, où c’est par la justice que le maintien de l’ordre a évolué, pour aboutir à la doctrine de la « désescalade » : « le fait qu’une nouvelle façon d’agir pour les policiers et les militaires soit dictée par un juge donne une certaine valeur » à la décision, « ce qu’on ne retrouve pas encore en France », selon lui. Une logique qui aurait pourtant ses limites pour Johann Cavallero qui rappelle que « c’est en Allemagne que sont nés les Black blocs, donc cette doctrine n’a pas forcément marché longtemps ».

 

Retrouver le débat d’Un monde en docs consacré au maintien de l’ordre en replay sur notre site.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris mouvement des avocats contre le projet de loi SURE
6min

Politique

Justice criminelle : devant le Sénat, les avocats, en colère, dénoncent « un problème démocratique » et demandent le « retrait du texte »

Plusieurs centaines d’avocats ont manifesté leur rejet du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes, qui démarre son examen au Sénat lundi. Au premier rang des griefs du texte soulevés par la profession, l’instauration d’un plaider-coupable, une nouvelle procédure judiciaire plus rapide quand l’accusé reconnaît les faits.

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
6min

Politique

Justice criminelle : que contient le projet de loi controversé en examen au Sénat ?

Le Sénat entame l’examen du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes. Le texte prévoit notamment la mise en place d’un plaider-coupable, une nouvelle procédure judiciaire plus rapide quand l’accusé reconnaît les faits. Une réforme qui divise les magistrats et est surtout contestée par de nombreux barreaux qui manifestent, ce lundi, devant la haute assemblée. Que prévoit le texte ?

Le

Maintien de l’ordre : « L’idéologie est contreproductive »
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le