« Manquer d’enseignants c’est aussi grave que de manquer de gaz cet hiver »
La rentrée scolaire aura lieu le 1er septembre prochain pour douze millions d’élèves. Et une question cruciale : y aura-t-il assez d’enseignants dans les classes ? Alors que 4 000 postes restent à pourvoir, le ministère de l’Education nationale fait tout pour pallier la crise de vocation qui touche le métier. 

« Manquer d’enseignants c’est aussi grave que de manquer de gaz cet hiver »

La rentrée scolaire aura lieu le 1er septembre prochain pour douze millions d’élèves. Et une question cruciale : y aura-t-il assez d’enseignants dans les classes ? Alors que 4 000 postes restent à pourvoir, le ministère de l’Education nationale fait tout pour pallier la crise de vocation qui touche le métier. 
Public Sénat

Par Mickael Spitzberg

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C’est un baptême du feu pour le nouveau ministre de l’Education nationale et un premier test pour le gouvernement. La rentrée scolaire, qui aura lieu dans une semaine, sera scrutée à la loupe.
Et déjà pointe le spectre de la pénurie d’enseignants malgré la promesse de Pap Ndiaye, répétée ce mardi lors d’une visite à la cellule de rentrée du rectorat de Créteil : « Il y aura un professeur devant chaque classe dans toutes les écoles de France » à la rentrée.
Au dernier comptage, ils seraient quelque 4 000 à manquer à l’appel. Soit le nombre de postes non-pourvus lors des concours d’enseignants.
Selon les chiffres du ministère, dans le premier degré public, le taux de postes pourvus est de 83,1%, contre 94,7% l'an dernier. Pour les collèges et lycées, il se situe à 83,4%, contre 94,1% en 2021.


 L’Education nationale est devenue la plus grande enseigne de bricolage de France 

 

Des chiffres qui ne disent pas la disparité des situations. « C’est la rentrée de la pénurie », annonce Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU. Ainsi, selon le premier syndicat du secondaire, 25 % des postes ne sont pas pourvus avec de grandes tensions dans les matières scientifiques et en allemand.
Le Snes-FSU dénonce la « grande opération de bricolage du ministère de l’Education nationale pour pouvoir afficher un prof devant chaque classe à la rentrée ».
En ligne de mire, le recours massif à des contractuels recrutés dans l’urgence à coups de job dating et de petites annonces. Et surtout peu formés.
« Enseigner, ça ne s’invente pas, c’est un métier », rappelle à toutes fins utiles le sénateur communiste Pierre Ouzoulias soucieux d’une baisse générale du niveau pédagogique d’enseignement. « Il n'y aura pas un enseignant dans chaque classe à la rentrée, sauf à considérer qu'un contractuel embauché en trente minutes est enseignant », ironise Guislaine David, secrétaire générale du SNUipp-FSU.
Pour Pierre Ouzoulias, vice-président de la
commission de la culture, de l'éducation et de la communication, « un professeur de mathématiques recruté sur le ‘Bon coin’, ça tient deux mois ».
Car pour Sophie Vénétitay, « il n’y aura pas assez de professeurs cette année, quand bien même le ministère parvenait à ses objectifs pour la rentrée. C’est de l’affichage ».

 


Des salaires trop bas
 


Pour le sénateur (LR) Max Brisson, vice-président de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication, il s’agit tout simplement de « la pire rentrée scolaire en termes de recrutement ».
« Ce n’est pas une surprise, c’est structurel », constate le sénateur Ouzoulias. « Il y a un problème général avec le statut de la connaissance et du savoir en France. C’est quelque chose qui a de moins en moins de valeur », déplore-t-il.
Et qui impacte forcément l’attractivité de la profession.  Notamment quand il s’agit de rémunération. Un mal connu et auquel le candidat Emmanuel Macron a voulu répondre, lors de sa campagne, en promettant un effort sur les salaires. Une intention confirmée a
u début du mois d’août, par le ministre délégué aux Comptes publics, Gabriel Attal, qui assurait qu’aucun enseignant « n’entrera dans la carrière à moins de 2000 euros net ». Un effort conséquent de la part du gouvernement. Un premier pas pour les syndicats. Mais qui reste insuffisant.  « Nous demandons une augmentation de tous les enseignants sans contrepartie, revendique Sophie Vénétitay. C’est un dû compte tenu de tout ce que nous avons perdu ». Une référence à un rapport sénatorial de Gérard Longuet. en marge du budget 2022, qui estimait entre 15 % et 25 % le recul de rémunération des enseignants au cours des vingt dernières années.
« Si on veut agir de manière structurelle, l’investissement doit être beaucoup plus lourd », indique Pierre Ouzoulias. Une option à laquelle il ne croit guère, « le quoi qu’il en coûte c’est fini. Nous entrons dans un cycle d’austérité budgétaire avec un contrôle de la dépense publique ».

 


Redonner l’envie d’enseigner



« La revalorisation est nécessaire mais ce n’est pas la seule piste et surtout pas la seule solution. C’est ne pas comprendre les ressorts de la dégradation de l’attractivité du métier », développe Max Brisson.
« Il faut que l’on retrouve du sens dans notre métier », explique Sophie Vénétitay. « La période ‘Jean-Michel Blanquer’ a été très négative pour les enseignants », selon Pierre Ouzoulias. « Le salaire n’a pas changé mais en plus, Jean-Michel Blanquer a noyé les enseignants sous des circulaires, les normes y compris sur la façon de tenir le crayon ».
« La hiérarchie doit être là pour nous soutenir. On ne doit pas être contenu dans notre liberté d’enseigner », surenchérit la secrétaire générale du Snes-FSU qui attend des signaux positifs du ministère.
« La dégradation des conditions de travail est aussi un frein aux vocations », se désole Max Brisson. En cause, selon le sénateur des Pyrénées-Atlantiques, « le bizutage administratif ». « C’est un curieux système où les plus jeunes des enseignants, qui sont les moins bien payés, sont envoyés dans les établissements les plus difficiles, s’indigne-t-il, il ne faut pas s’étonner ensuite que dans un contexte de relatif plein emploi les jeunes cherchent des métiers où les conditions de travail sont moins dégradées ». L’objet de sa colère se trouve du côté de la gestion des ressources humaines de l’Education nationale. Selon lui, « il faut en finir avec le système de l’ancienneté généralisé qui fait que c’est en fin de carrière que vous avez les établissements où les conditions d’enseignements sont les meilleures dans les régions les plus attractives. Il faut une gestion des ressources humaines basée sur la mission »
.
« Manquer d’enseignants c’est aussi grave que de manquer de gaz cet hiver », s’inquiète Pierre Ouzoulias. « Dans un pays confronté à la plus grande crise à laquelle il doit faire face, la crise climatique, la situation actuelle est catastrophique. Car on a besoin d’un haut niveau de connaissance et de formation. Et structurellement on ne peut pas y faire face. »

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