Marie-Pierre de la Gontrie accuse Darmanin d’«écorner notre État de droit et d’assumer une forme d’arbitraire»
La sénatrice PS de Paris, Marie-Pierre de la Gontrie, reproche au ministre ses actions et propos depuis l’assassinat de Samuel Paty. « Je ne suis pas sûr que vous respectiez l’État de droit », en visant les rayons « communautaires » des supermarchés, affirme la socialiste.

Marie-Pierre de la Gontrie accuse Darmanin d’«écorner notre État de droit et d’assumer une forme d’arbitraire»

La sénatrice PS de Paris, Marie-Pierre de la Gontrie, reproche au ministre ses actions et propos depuis l’assassinat de Samuel Paty. « Je ne suis pas sûr que vous respectiez l’État de droit », en visant les rayons « communautaires » des supermarchés, affirme la socialiste.
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Lors des questions d’actualité au gouvernement au Sénat, ce mercredi, la sénatrice PS, Marie-Pierre de la Gontrie, a vertement mis en cause le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, pour son action et ses déclarations suite à l’assassinat contre Samuel Paty.

« Ce n’est pas par des lois et des juridictions d’exception qu’on défend la liberté contre ses ennemis ».

« Dans une période troublée, violente, il est d’autant plus nécessaire d’être clair sur les principes. Le premier principe est que la France est un État de droit. C’est-à-dire où la norme s’applique et où l’arbitraire n’a pas sa place. Or depuis vendredi, le ministre de l’Intérieur dit vouloir intimider, passer des messages (…) et assume une forme d’arbitraire » dénonce la sénatrice PS de Paris.

« Le garde des Sceaux, (…) semble-lui prêt à modifier la loi fondatrice de la liberté de la presse et de la liberté d’expression du 29 juillet 1981 » ajoute Marie Pierre de la Gontrie, qui continue son réquisitoire, en citant Robert Badinter, après l’attentat contre Charlie Hebdo : « Ce n’est pas par des lois et des juridictions d’exception qu’on défend la liberté contre ses ennemis. Ce serait là un piège que l’histoire a déjà tendu aux démocraties. Celles qui y ont cédé n’y ont rien gagné en efficacité répressive, mais beaucoup ont perdu en termes de liberté et parfois d’honneur ». Et de conclure sa question :

Entendez-vous écorner notre Etat de droit, ou au contraire, vous y referrez toujours dans un face-à-face courageux avec les Français ?

« Les 80 actions de police que j’ai demandées ont toutes été autorisées par le juge des libertés ».

Gérald Darmanin lui a répondu qu’il ne fait qu’« appliquer » les lois votées par le Parlement, y compris sous François Hollande. « Les 80 actions de police que j’ai demandées ont toutes été autorisées par le juge des libertés (…) partout sur le territoire » assure-t-il. « J’applique la loi de la République, c’est-à-dire la loi forte de l’État pour protéger les petites gens » ajoute le ministre de l’Intérieur.

Réponse de Marie Pierre de la Gontrie : « Vous étiez enfant, et donc n’aviez pas encore entamé votre vie de jeune homme, quand l’un de vos illustres prédécesseurs, membre du Sénat (Charles Pasqua, ndlr), disait vouloir terroriser les terroristes et que l’insécurité allait changer de camp. Quatre mois plus tard, l’attentat de la rue de Rennes voyait 7 morts et 51 blessés » rappelle la socialiste, qui ajoute encore, au sujet des propos de Gérald Darmanin sur les rayons « communautaires » des supermarchés : « Quand vous allez réglementer la disposition des étals de supermarchés, vous n’êtes pas exactement dans votre rôle, et je ne suis pas sûr que vous respectiez l’État de droit ».

Darmanin : « Les réponses sont difficiles. Il faut beaucoup de courage pour réparer beaucoup d’erreurs du passé »

Le ministre a ensuite été interrogé par le sénateur LR des Hauts-de-Seine, Philippe Pemezec, qui fait un lien entre immigration et terrorisme. « On a fermé les yeux sur les motivations réelles de certains migrants qui viennent porter la haine et le sang » lance le sénateur LR, qui demande la mise en place d’une « immigration choisie ».

« Vous faites un lien, que j’ai déjà entendu plusieurs fois, (…) qui consiste à dire étranger = Islam, Islam = problème, problème = terrorisme » lance Gérald Darmanin, « vous pensez par nature que tout étranger qui viendrait sur le sol national pourrait être un problème ».

Le ministre souligne que les responsabilités sont diffuses et viennent des gouvernements passés. « En regardant bien, la famille du terroriste est arrivée en France sous le Président Chirac. Elle a eu ses papiers sous le Président Sarkozy, elle n’a pas été expulsée sous le Président Hollande. Et a commis un attentat sous le Président Macron. La question est simple à poser, les réponses sont difficiles. Il faut beaucoup de courage pour réparer beaucoup d’erreurs du passé » estime Gérald Darmanin, qui défend les mesures du gouvernement, comme la dissolution de certaines associations ou la lutte contre la haine en ligne.

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