Marine et Marion (Le Pen) cultivent leurs ambitions aussi hors de France
Sans se croiser, Marine Le Pen, cheffe de l'extrême droite française, et sa nièce, Marion Maréchal, multiplient les déplacements...

Marine et Marion (Le Pen) cultivent leurs ambitions aussi hors de France

Sans se croiser, Marine Le Pen, cheffe de l'extrême droite française, et sa nièce, Marion Maréchal, multiplient les déplacements...
Public Sénat

Par Anne RENAUT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Sans se croiser, Marine Le Pen, cheffe de l'extrême droite française, et sa nièce, Marion Maréchal, multiplient les déplacements à l'étranger: la première pour rallier ses soutiens en vue des élections européennes, la seconde pour faire de la politique sans gêner sa tante.

L'une (Marine) était lundi à Genève, avant de se rendre prochainement en Italie, quand l'autre (Marion) est allée mardi à Oxford, promettant de voyager ensuite en Russie.

Presque dans une inversion des rôles, la présidente du Rassemblement national (RN, ex-FN) a déroulé en Suisse devant la méconnue fondation Spinoza un discours très identitaire et culturel sur l'Europe. Elle y a dénoncé "une soumission au multiculturalisme qui a échoué partout" et défendu "l'héritage de Jérusalem et de Rome, d'Athènes et de Constantinople".

Le lendemain, sa nièce Marion Maréchal, 29 ans, devenue directrice d'une école de sciences politiques, s'exprimait devant le club de débats de la prestigieuse université d'Oxford, où s'était déjà rendue sa tante en 2015. Elle y a comparé les "gilets jaunes" français aux militants britanniques pro-Brexit et appelé à la formation d'une "nouvelle élite" qui se "reconnectera avec le peuple".

- Slogan de Trump -

En février 2018, la petite-fille du cofondateur du FN (devenu RN) Jean-Marie Le Pen avait déjà fait un discours remarqué devant le gratin conservateur américain à Washington, où elle avait souhaité rendre à la France "sa grandeur", reprenant le slogan du président américain Donald Trump.

Marion Maréchal qui vit, selon la presse italienne, avec un militant théoricien de la Ligue (extrême droite), grand allié du RN, a aussi sillonné la péninsule. Le couple a participé en juillet à une soirée de réflexion intitulée "les invasions barbares, souveraineté et pouvoir" sur la côte ligure (nord).

En France en revanche, elle avait promis de ne plus commenter l'actualité, et reste effectivement discrète. Même si elle n'a pas résisté à parler en novembre des "gilets jaunes", soutenus par les partis de droite et d'extrême droite qu'elle rêve de réunir dans un "grand mouvement conservateur".

Marion Maréchal "entretient la flamme. Si elle veut revenir en politique, elle ne peut pas se retrancher derrière les cours de son école", explique le politologue Jean-Yves Camus.

Mais dans le même entretien à BFMTV, Marion Maréchal avait expliqué qu'elle ne "rentrerait jamais dans le jeu d'un conflit" avec sa tante, pour avoir "vu la politique atomiser (sa) famille à toutes les générations".

Une manière aussi pour elle de ne pas s'immiscer dans la campagne des européennes de sa tante. Les conférences à l'étranger "me (permettent) de parler politique sans rentrer dans le débat national", a expliqué lundi au Figaro Marion Maréchal.

- Meeting avec Salvini -

Marine Le Pen, elle, entend profiter de l'arrivée au pouvoir de partis nationalistes alliés dans plusieurs pays d'Europe (Italie, Autriche etc) pour soutenir sa campagne.

Ses déplacements nourrissent "l'idée, chère au RN, qu'un grand vent nationaliste souffle à travers l'Europe", selon M. Camus.

Mais "l'enjeu de la recomposition au Parlement européen ne va pas se résoudre par des déplacements". Elle dépendra surtout du départ des eurodéputés britanniques, "qui forceront les Polonais à se repositionner", ajoute-t-il.

Marine Le Pen veut former au moins une minorité de blocage à Strasbourg afin de changer l'Union européenne "de l'intérieur", sans quitter l'euro dans l'immédiat.

Pour ce faire, elle a rencontré en octobre à Rome son allié ministre de l'Intérieur et homme fort du gouvernement italien Matteo Salvini, avec lequel elle pourrait tenir début février un meeting commun à Milan.

Elle s'est aussi rendue en novembre en Bulgarie et en décembre à Bruxelles aux côtés du sulfureux Steve Bannon, ancien stratège de Donald Trump.

Marion Maréchal prévoit de son côté de s'exprimer fin février à Saint-Pétersbourg, en Russie.

Ce pays ami du parti de sa tante est en même temps une "pomme de discorde" des souverainistes au Parlement européen, rappelle M. Camus, les pays du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie) considérant Moscou comme "un danger existentiel".

Partager cet article

Dans la même thématique

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le

FRA – AN – ASSEMBLEE – COMMISSION AUDITION AURORE BERGE
6min

Politique

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
2min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : « Coup de poignard », rien ne va plus entre Bruno Retailleau et ses alliés centristes

En choisissant de soutenir Valérie Boyer (LR), candidate à sa réélection dans les Bouches-du-Rhône, le président des Républicains, Bruno Retailleau, s'est attiré les foudres de ses alliés centristes au Sénat qui lui rappellent que la sénatrice Brigitte Devésa conduit une liste d'union de la droite et du centre dans le département. Le choix de Bruno Retailleau est qualifié de « coup de poignard » par le compte X des sénateurs centristes.

Le

Le Sénat
16min

Politique

Recul des LR, arrivée d’un groupe RN et la gauche qui veut limiter la casse : les enjeux des sénatoriales

Le Sénat ne devrait pas connaître de grand bouleversement après les élections sénatoriales du 27 septembre, avec le maintien d’une majorité de droite et du centre pour Gérard Larcher, où le groupe Union centriste pourrait cependant voir son poids renforcé. Mais les sénateurs se préparent à une petite révolution : l’arrivée possible du premier groupe RN. A gauche, PS et Écologistes espèrent limiter la casse par des accords « gagnant-gagnant ».

Le