Masques détournés en Chine : du « gangstérisme sanitaire », pour le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat
La gestion de la crise sanitaire du coronavirus donne du grain à moudre à la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées au Sénat. Nous nous sommes entretenus avec son président, le sénateur LR Christian Cambon.

Masques détournés en Chine : du « gangstérisme sanitaire », pour le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat

La gestion de la crise sanitaire du coronavirus donne du grain à moudre à la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées au Sénat. Nous nous sommes entretenus avec son président, le sénateur LR Christian Cambon.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La pandémie de coronavirus, par sa nature planétaire, pose des enjeux de coopération entre les nations, et crée parfois des tensions, dans la course à l’équipement médical. Pour épauler les personnels de santé, l’armée est également fortement mobilisée. Entretien avec le président de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées au Sénat, Christian Cambon (LR), qui est en contact régulièrement avec des officiers de l’armée.
 

Six militaires français de l'opération Barkhane sont touchés par le Covid-19. Plusieurs centaines dans les forces armées. Cette situation vous inquiète-t-elle ?

Christian Cambon : C’est un sujet que l’on suit pas à pas. Il y a en effet quelques cas identifiés dans la force Barkhane mais le problème ne se pose pas, dans la mesure où il n’y a pas encore de renouvellement. Une prolongation est organisée, pour tenir compte des circonstances. Certains étaient partis en fin d’année.

Mais on est très attentifs à cette problématique. Le porte-hélicoptères Dixmude est parti pour les Antilles. Plutôt qu’un dépistage généralisé, ils vont faire durer la traversée sur 14 jours, au lieu de 12, de telle sorte d’arriver à la phase de quarantaine. C’est aussi ce qu’il se passe dans le détroit d’Ormuz : ils patrouillent 14 jours avant d’être autorisés à réaccoster. Le Charles-de-Gaulle est au Nord de l’Écosse : il n’a plus aucune escale.

Après, on a les risques inhérents aux missions métropolitaines. Pour la Marine, beaucoup de contaminations au Covid-19 sont des marins-pompiers de Marseille par exemple.
 

Le 1er avril, on apprenait qu’une section du 27e Bataillon de chasseurs alpins d’Annecy était affectée à la sécurité de l’usine Kolmi-Hopen (Maine-et-Loire), qui produit des masques. Ce genre d’initiative va-t-elle se multiplier ?

Ça se développe énormément. Il est évident qu’il y a des gens très mal intentionnés qui profitent de la crise pour procéder à des vols, afin de revendre du matériel. Beaucoup d’opérations Résilience consistent à escorter les convois de gel hydroalcoolique, de blouses et surtout de masques, à la demande des préfets.
 

Comment réagissez-vous à ces informations selon lesquelles les États-Unis rachèteraient au prix fort des masques, destinés à la France, dans un aéroport chinois ? Ou encore à cet imbroglio sur les masques suédois à Lyon ? Y a-t-il des conséquences diplomatiques ?

Des contacts que j’ai, ces différents trafics – je parle pour l’aéroport de Shanghai – ne relèvent pas de la volonté des gouvernements mais bien d’une forme de gangstérisme sanitaire. Je ne sais pas qui a commandité cette opération à Shanghai. Sur le petit incident franco-suédois, il y a eu une demande de réquisition des stocks. Cela s’est soldé par un arrangement.
 

Sur la question des rapatriements des voyageurs français à l’étranger, où en sommes-nous ?

Cela se termine actuellement pour les voyageurs français, non-résidents. On est passé de 120.000 fin mars à 11.000 environ. Les derniers cas sont en passe d’être réglés. Il se peut qu’il y ait localement des difficultés. Je pense à ce qui se passe au Pérou : certains ressortissants, dans des régions reculées, n’arrivent à regagner la capitale Lima. Il se peut aussi qu’il y ait des mini-groupes en Asie.

Il y a une solidarité entre les compagnies européennes. Mais on est gênés par la fermeture des espaces aériens. L’évacuation des Français en Russie a été compliquée par la fermeture de leur espace aérien. Il a fallu que le ministre, comme au Maroc, s’en mêle lui-même.
 

Y a-t-il un point qui préoccupe votre commission ?

Un sujet qui peut s’annoncer c’est l’épidémie qui peut se transformer en pandémie en Afrique. Dans chaque grande capitale, il existe des cliniques privées, mais elles risquent d’être vite saturées. Les installations hospitalières locales n’ont rien à avoir avec l’équipement en Europe. À Addis Abeba [la capitale de l’Éthiopie, N.D.L.R.], il n’y a que dix respirateurs.

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le